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ÉD. DIANE DE SELLIERS Le«Ramayana» de Valmiki illustré par des miniatures indiennes du XVIe au XIXe siècle. Prix: 850 euros.

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Livre
Ces très chers objets du désir

Par Stéphane Gobbo - Mis en ligne le 23.11.2011 à 14:37

A l’image de Diane de Selliers, de nombreux éditeurs publient des beaux livres aux prix prohibitifs pour une partie des lecteurs. Mais ces livres-objets ont la cote.

A près la saison des prix littéraires, voici celle des beaux livres. S’il y a un secteur de l’édition qui, à l’approche des Fêtes, est en ébullition, c’est en effet bien celui des livres d’art, encyclopédies et autres anthologies. Arts visuels, architecture, cuisine, tourisme, médecine ou encore sport, les étals des librairies sont remplis d’ouvrages en tous genres qui pèsent leur poids.

Dans cette avalanche de nouveautés ou rééditions, il y a forcément à boire et à manger. Et il y a aussi, au milieu de titres vendus à des prix abordables, des livres valant plusieurs centaines de francs. Des objets exclusifs qui, depuis une bonne dizaine d’années et malgré une crise économique faisant souffler un vent de récession sur le marché du divertissement, ont le vent en poupe.

L’éditrice française Diane de Selliers s’est lancée il y a une vingtaine d’années dans ce secteur avec un concept très affûté. Chaque automne, elle édite un classique de la littérature qu’elle accompagne d’un corpus iconographique rare ou inédit. Parmi les titres phare de sa collection, on trouve les Fables et les Contes de Jean de la Fontaine illustrés par Jean-Baptiste Oudry et Fragonard, Les fleurs du mal par la peinture symboliste et décadente, La divine comédie par Botticelli ou encore Faust par Delacroix.

Vendus sous coffrets, ces beaux livres valent en moyenne entre 160 et 300 euros (prix selon catalogue pour la France). Et remportent un franc succès puisque plus de la moitié des titres sont épuisés.

Cette année, Diane de Selliers publie l’intégralité d’un texte sacré indien, le Ramayana. Les 48 000 vers qu’il compte occupent sept volumes, réunis avec un livret dans un imposant coffret. Du côté de l’iconographie, l’éditrice et son équipe ont retenu sept cents miniatures indiennes, dont de nombreuses sont reproduites pour la première fois. Forcément, tout cela a un coût: le prix de lancement du Ramayana, limité à 3000 exemplaires, est de 850 euros. Dès février 2012, il vaudra 90 euros de plus.

Un investissement. L’éditrice admet que le prix est élevé. «Mais vous savez, si voulez vous offrir une lithographie digne d’intérêt, vous dépenserez au minimum 800 euros. Notre Ramayana coûte certes beaucoup d’argent, mais il s’agit d’un véritable objet d’art. Et nous n’avons même pas inclus dans ce montant les frais de recherche. Ce sont nos bénéfices qui, au fil des ans, les ont absorbés.

Si on avait voulu les reporter sur le prix, le coffret coûterait 1500 euros.» Au fil des ans, Diane de Selliers a en tout cas su fidéliser un public qui, désireux de posséder tous les titres de sa collection, cherche désespérément à mettre la main sur tel ou tel coffret. «Lorsqu’on récupère quelques exemplaires auprès de diffuseurs, on fait une lettre d’information à nos clients.

Et tout part en moins de vingt-quatre heures.» Sur des sites de vente en ligne, il n’est pas impossible de dénicher des titres épuisés. Mais il faut mettre le prix: les ouvrages les plus recherchés se négocient entre 1000 et 3500 euros. «Nos livres sont des collectors. Cet argmuent nous aide, forcément.»

Directeur commercial chez Taschen, Thomas Vivien admet qu’acheter un livre cher, «c’est un investissement. Ce genre d’ouvrages prennent au fil du temps de la valeur. Chez nous, ils représentent au minimum 10% de nos nouveautés. Il s’agit toujours de tirages limités. Et c’est ce que l’on vend très bien, voire le mieux.

Plus le produit est exclusif, plus il plaît.» Cet automne, Taschen met en vente un beau livre contenant les dernières photographies de Marilyn Monroe, prises par Bert Stern et accompagnées de la fameuse biographie signée en 1973 par Norman Mailer. Son prix: 750 euros. Cinéma encore avec Les archives de Pedro Almodóvar, un ouvrage à 150 euros, mais aussi proposé dans une édition collector à 750 euros.

Pour Thomas Vivien, ces titres peuvent intéresser des passionnés qui ne mettraient pas autant d’argent pour un autre livre. «Mais c’est clair que pour une bonne partie des gens qui s’intéressent aux beaux livres chers, le prix n’est pas un problème.» Ce qui importe en tout cas du côté de Taschen, c’est de ne pas se contenter d’un marché. La maison d’édition s’intéresse à tous les sujets et propose des livres pour toutes les bourses. «Nous sommes cosmopolites et nous nous devons de toucher à tout.»

Contenu irréprochable. Matthieu de Waresquiel, directeur général de Citadelles & Mazenod, connaît bien ce domaine. Sa maison est en effet historiquement l’une des premières a avoir misé sur des ouvrages exclusifs. «Et depuis une dizaine d’années, beaucoup d’éditeurs font comme nous», constate-t-il. Citadelles & Mazenod sort annuellement une douzaine de livres à plus de 180 euros.

Plus un ou deux titres très chers, comme cette année une édition abondamment illustrée des Mille et une nuits (290 euros) et un Bestiaire médiéval (395 euros). «Ces livres très haut de gamme font partie d’un marché de niche, admet Matthieu de Waresquiel. Et pour nous, ils nécessitent des investissements importants. On les programme souvent trois ou quatre ans à l’avance car on se doit de proposer un contenu irréprochable. Notre but, c’est de surprendre et de faire rêver le lecteur.» Mais Citadelles & Mazenod ne se contente plus du seul marché haut de gamme. La maison propose également, à l’instar de

Taschen, des livres bon marché. Certains sont des traductions, d’autres des créations. «Il faut des thématiques larges pour un large public, souligne le directeur général, de même qu’il faut proposer de belles choses aux amateurs d’art. Le métier d’éditeur consiste à savoir anticiper. Car s’il fut un temps où l’on sortait ce que l’on voulait, il faut aujourd’hui être à l’affût des tendances et des attentes du public. Si ces livres marchent bien même en période de crise, c’est parce qu’on ne déçoit pas le lecteur.

Mais plus le livre est cher, plus le risque financier est grand. Et ce n’est pas là que la rentabilité est la meilleure.» A la différence de Diane de Selliers, qui ne réédite ses titres épuisés que dans une petite collection, Citadelles & Mazenod cherche par contre toujours à réimprimer ses beaux livres chers. «Ce sont des fondamentaux de nos collections qui doivent toujours être disponibles. Dire au lecteur que tel titre n’existe plus est une hérésie lorsqu’on est éditeur.»

Comme dans tous les domaines, il y a l’exclusif et le «super exclusif»: La Martinière vient de mettre en vente, pour la modique somme de 2100 euros, un coffret réunissant l’oeuvre intégral d’Yves Saint Laurent. Si le marché du beau livre cher ne semble donc pas connaître la crise, c’est tout simplement parce qu’il en va des livres comme du secteur du luxe en général. «Les choses exceptionnelles fonctionnent bien car il existe un type de clientèle qui ne recherche que cela», résume Thomas Vivien.




Tags: Beaux livres,

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