L'Hebdo;
2004-05-06 Cet obscur objet du désir, filmé par Almodovar
Cinéma Le Festival de Cannes s'ouvre avec «La Mauvaise Education». Un film sombre et provoquant, témoignant à nouveau de la gravité du cinéaste espagnol. ParAntoine Duplan.
La seule bonne école de cinéma, c'est l'école de la vie. Les grands cinéastes n'ont pas de diplôme, juste un don et une sensibilité frottée à l'écorce de la réalité. Fellini a été journaliste et caricaturiste, David Lynch peintre, Clint Eastwood pianiste de bar, Tim Burton dessinateur chez Disney, Terry Gilliam dessinateur et pitre chez les Monty Python... Pedro Almodovar a été écrivain public, employé de la compagnie du téléphone et chanteur travesti avant de s'imposer comme un des géants du 7e art. Il sait parfaitement ce qu'il doit à cette formation bigarrée: «Certains cinéastes ont une esthétique qui ne vient pas seulement de la lumière, mais aussi d'un choix d'objets, d'un univers particulier. Il est évident que chez David Lynch il y a un artiste plastique, je ne sais pas de quel niveau mais ses images sont composées picturalement. Chez Tim Burton aussi, et le sommet de cette approche, c'est Fellini.»
Né dans la Manche, comme don Quichotte, le petit Pedro déménage à Orellana la Vieja, en Estrémadure, quand il a huit ans. Pour faire bouillir la marmite, sa mère ouvre une officine d'écrivain public. Doté d'une belle écriture, Pedro rédige les lettres. La maman les lit aux voisines analphabètes, sans omettre de rajouter quelques enjolivements de son cru. A son fils qui s'étonne de ces inventions, elle répond: «Ne vois-tu pas le plaisir que ça lui fait?» C'est la première leçon de cinéma: «Ces improvisations établissaient la différence entre fiction et réalité. Elles me montraient comment la réalité avait besoin de la fiction pour être plus complète, plus plaisante, plus vivable.» En son temps, Fellini se vantait toujours d'être un grand menteur.
Almodovar n'a cessé de cultiver cet élan vers l'affabulation, cette propension à travestir le réel pour le rendre plus affriolant. En 1997, ne promettait-il pas... un western? «Une histoire qui se passe dans un bordel du Far West; une Indienne y travaille, elle a un enfant. Ce fils grandit et les putes le prostituent. Bon, ce sera un western à ma façon, avec de l'homosexualité et de la drogue, mais aussi avec des Indiens et des shérifs.» En fait de western, il a tourné Tout sur ma Mère, une ode à l'amour maternel, mais ceci est une autre histoire...
Quant à la littérature, hormis Fuego en las Entras (1981), un bref roman narrant une épidémie de nymphomanie à Madrid, Almodovar y a renoncé. Il se contente d'écrire sans relâche des scénarios. Son rapport à l'écriture est décontracté: «C'est très bon pour un cinéaste d'avoir une vocation de romancier frustré. Surtout quand on écrit soi-même ses scénarios. Cela signifie que l'on ressent une pulsion forte dans l'écriture, même si elle demeure pour une part insatisfaite.»
Viva la movida En 1968, sans argent ni formation, Pedro Almodovar monte à Madrid. Il a pour projet d'étudier le 7e art. Mais Franco vient juste de fermer l'Ecole officielle du cinéma. Il trouve un job à la Compagnie nationale du téléphone. Il y passe douze ans. Et, à défaut d'apprendre les techniques du cinéma, il s'initie au charme discret de la classe moyenne. Employé modèle le jour, fêtard la nuit, il s'impose comme une des figures de proue de la movida, cette flambée libertaire qui balaie l'Espagne au milieu des années 70, après la mort de Franco. Bande dessinée, rock, mode, drogues et provocations, tout est bon pour conjurer quarante ans de dictature fasciste et d'asphyxie culturelle.
En bas résille et veste de la Garde civile, outrageusement maquillé, le futur cinéaste chante au sein d'Almodovar y McNamara, un groupe de punk rock parodique. Il participe à des revues underground. Il brûle les planches avec Los Goliardos - c'est au sein de cette troupe de théâtre qu'il rencontre son égérie, la comédienne Carmen Maura. Et puis, il tourne des films. Son salaire chez Telefonica lui a permis de s'acheter une caméra super-8. Avec ses amis des arts et de la nuit, il réalise des courts métrages qu'il présente lors de happenings fameux: planté à côté de l'écran, il fait la voix de tous les personnages...
En 1980, après dix-huit mois de tournage chaotique, il sort Pepi, Luci, Bom et Autres Filles du Quartier, son premier long métrage. Débridé, énergétique, insoucieux des règles de la grammaire et de la bienséance, ce manifeste consacrant dans l'incandescence des nuits madrilènes l'union de l'underground trash et du glamour hollywoodien donne sa tonalité à une oeuvre qui ne cesse de se bonifier avec les années, sans renoncer à son excentricité constitutive.
Rouge ça bouge Dans un pays comme l'Espagne, corsetée par des siècles de catholicisme et des décennies de franquisme, un pays qui a ritualisé à l'extrême l'acte sexuel à travers la corrida, cette cérémonie mettant en scène des machos habillés en danseuses qui glissent une fine lame dans le poil des toros ou alors qui s'empalent sur leur corne, l'amour et la mort sont plus intimement liés qu'ailleurs. Rouge sang, rouge muletta, noir de soutane, noir phalangiste: le rouge et le noir sont les couleurs dominantes des films kitsch et sentimentaux du bouillant Madrilène.
En près d'un quart de siècle d'activité cinématographique, Pedro Almodovar a touché à tous les genres, de la comédie pour femmes hystériques et gaspacho somnifère (Femmes au Bord de la Crise de Nerfs) au mélodrame flamboyant avec Cucurrucucú Paloma lacrymogène (Parle avec elle). Il a barbouillé l'écran de couleurs pétantes, mis en scène des nonnes qui se dévergondent par amour du prochain (Dans les Ténèbres), une mante qui immole ses amants d'un coup d'aiguille à cheveux (Matador), des drag queens, des travestis, des transsexuels capables de dire avec du corazon une réplique aussi saugrenue que «Cette femme, c'est son père».
Avec le temps, Pedro Almodovar a constitué une famille de comédiens emblématiques, Andalouses onduleuses et hidalgos ténébreux. Du côté des chicas, Carmen Maura, la muse des débuts, la pétulante Victtoria Abril, la tragique Marisa Paredes, la blonde Cecila Roth, la fragile Penelope Cruz, la vénérable Julieta Serrano, sans oublier Rossy de Palma, cette réclame vivante pour le cubisme... Du côté des chicos, Antonio Banderas, devenu l'alibi hispanique de Hollywood, le sex symbol Javier Bardem ou Miguel Bosé, star de la chanson. Entre les garçons et les filles, Bibi Andersen, une des plus belles femmes d'Espagne et accessoirement transsexuelle.
La tribu s'étend derrière la caméra. Le frère du cinéaste, Agustin, dirige El Deseo, la maison de production; Alberto Iglesias compose les musiques; Jean Paul Gaultier habille de chic et de trash Victoria Abril dans Kika et coud la peau de femme pailletée qu'enfile Gael Garcia Bernal dans La Mauvaise Education. Soumis à la loi du désir, tous les acteurs de la geste almodovarienne cueillent la fleur du secret dans le labyrinthe des passions.
L'oeuvre au noir La movida appartient à l'histoire. Almodovar a 52 ans. Son imagination reste vivace mais, avec la maturité, l'exubérance des débuts s'est apaisée. L'enfant terrible du cinéma ne s'est pas assagi, il s'est assombri. Carmen Maura le souligne: «En voyant ses films, je sens qu'il ne doit plus rigoler beaucoup. Alors j'espère qu'il va avoir à nouveau envie de rire, et qu'on se retrouvera.»
En attendant ces retrouvailles dont rêvent tous les aficionados, Pedro Almodovar sort le plus sombre, le plus tourmenté de ses films: La Mauvaise Education. Cette oeuvre qui fait l'ouverture du Festival de Cannes arrive nimbée d'une aura sulfureuse. En France, une association catholique a déjà exigé que le «trailer» ne soit plus diffusé avant La Passion du Christ: cette «bande annonce abominable contre l'Eglise catholique et pour l'homosexualité» serait susceptible de blesser l'âme simple des zélateurs de Mel Gibson.
En Espagne, lors de la conférence de presse accompagnant le lancement de son film, Pedro Almodovar a fait scandale en reprenant une rumeur propagée par internet selon laquelle, après les attentats du 11 Mars, le Parti populaire d'Aznar aurait demandé au roi Juan Carlos de signer deux communiqués, l'un décrétant l'état d'exception, l'autre repoussant à l'automne la date des élections législatives. Le PP a porté plainte contre le cinéaste pour diffamation et quelques milliers de militants ont défilé en scandant «Almodovar hijo de puta».
Almodovar intime Dans l'auto-interview joyeusement schizophrénique qu'il s'est accordée à l'occasion de la sortie de La Mauvaise Education, Pedro Almodovar précise que «le film raconte trois histoires, de trois triangles concentriques, qui finalement ne font qu'une histoire... L'histoire d'un réalisateur-scénariste qui cherche une histoire..., avance-t-il. "Et qui la trouve", se répond-il du tac-au-tac. Comme disait Truman Capote citant sainte Thérèse: "Le pire dans les prières, c'est quand elles sont exaucées."»
Autrement dit, La Mauvaise Education raconte comment, en 1980, Enrique, réalisateur à succès, est approché par un jeune comédien. C'est Ignacio, le garçon dont il était amoureux seize ans plus tôt et qui a été mis à la porte du collège par le directeur: le père Manolo ne voulait partager Enrique, petit chanteur à la voix d'or, avec personne. Entre passé et présent, réalité et fiction, ce film «très intime mais pas forcément autobiographique» retrace quelques étapes importantes de la vie du cinéaste, sans chercher à régler des comptes «avec les curés qui m'ont mal élevé, ni avec le clergé en général. Si j'avais eu besoin de me venger, je n'aurais pas attendu quarante ans pour le faire. L'Eglise ne m'intéresse pas, pas même comme adversaire.»
Pour la seconde fois seulement, Almodovar met en scène le franquisme. Jusqu'à En Chair et en Os , il se refusait à évoquer les années noires. «Par souci de vengeance, mes films ont toujours nié l'existence de Franco: je ne voulais pas lui reconnaître le droit à la mémoire. Je l'abhorre tellement que je m'étais fait une règle de ne jamais en parler dans mes films. Je voulais faire comme si nous avions toujours été modernes. Et frivoles! Et puis, avec le temps, la peur s'en est allée. Simplement, un jour, en croisant un policier, je me suis rendu compte que j'avais perdu la peur de la police.»
Homosexuel affiché, Pedro Almodovar est un des cinéastes qui a le mieux su exprimer le mystère de la femme. Malheureusement, il n'y a pas de femme au générique de La Mauvaise Education - hormis une vieille maman. Avec ses travestis et ses transsexuels, le film est tout sauf un manifeste de la cause gay. Subissant l'implacable loi du désir, écrasés par la fatalité, Enrique, Ignacio, le père Manolo, Angel et les autres ne font que vivre dans leur chair ce fait divers qui a retenu l'attention du cinéaste: une femme se jette dans le bassin aux crocodiles; elle enlace un des sauriens tandis que les autres la dévorent... |
La Mauvaise Education (La Mala Educacion). De Pedro Almodovar. Avec Gael Garcia Bernal, Fele Martinez, Daniel Gimenez Cacho. Espagne, 1 h 40.
Conversations avec Pedro Almodovar. De Frédéric Strauss. «Cahiers du Cinéma», 192 p.
Pedro Almodovar Quatorze films. Rouges comme l'amour et noir comme la mort.
1980 Pepi, Luci, Bom et Autres Filles du Quartier.
1982 Le Labyrinthe des Passions.
1983 Dans les Ténèbres.
1984 Qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça?
1986 La Loi du Désir.
1987 Femmes au Bord de la Crise de Nerfs.
1989 Attache-moi!.
1991 Talons Aiguilles.
1993 Kika.
1995 La Fleur de mon Secret.
1997 En Chair et en Os.
1999 Tout sur ma Mère.
2002 Parle avec elle.
2004 La Mauvaise Education.
femmes au bord de la crise de nerfs Avec Rossy de Palma en rouge.
parle avec elle Rosario Flores, torera amoureuse.
«En voyant ses films, je sens qu'il ne doit plus rigoler beaucoup.» Carmen Maura, comédienne
tout sur ma mère Cecila Roth en rouge, Marisa Paredes en affiche.
«La Mauvaise éducation» dans la tradition du film noir
Pedro Almodovar a pour habitude de rédiger personnellement les dossiers accompagnant ses films. Pour le dernier, il propose ce «Fondu au noir».
Noires sont les soutanes des curés, noires les nuits dans le dortoir des élèves, noirs les destins des personnages et noir le genre auquel appartient l'histoire qui est racontée dans La Mauvaise Education. Noir, en français, pour rendre justice au pays qui a sauvé le genre, défini ses signes distinctifs et stimulé son développement en tant que genre majeur.
Le noir (comme presque tous les genres nobles) accepte bien le métissage avec d'autres genres, pourvu que la narration dégage ce souffle fatal sans lequel le noir serait gris.
Le noir en tant que genre se mélange bien au mélodrame dans sa version la plus dure (Péché mortel, de John M. Stahl, Le Roman de Mildred Pierce de Michael Curtiz); au romantisme le plus désespéré (Laura de Preminger, La Sirène du Mississippi de Truffaut, La Griffe du Passé/Pendez-moi haut et court de Jacques Tourneur, etc.); à la critique sociale (Dashiell Hammett, Raymond Chandler, James Ellroy, Vasquez Montalban); ou à la peur engendrée par les films d'horreur-sans-petits-monstres, à savoir celle qui vient du fond du coeur humain (La Bête humaine et son remake Désirs humains; Fritz Lang quand il colle au genre; Crime passionnel et Un Si Doux Visage, les deux de Preminger, etc.); ou encore à la mélancolie des violents, si à cette caractéristique on peut assigner un genre (Nicholas Ray: Le Violent, La Maison dans l'Ombre). Le genre noir se mélange aussi bien au western, ceci étant la plus grande contribution de Clint Eastwood en tant que réalisateur (Impitoyable est vraiment un thriller et Mystic River un western).
Dans les films noirs, il peut ne pas y avoir de policiers, ni de pistolets, ni même aucune violence physique, mais il doit y avoir des mensonges et de la fatalité, qualités que normalement incarne une femme: la femme fatale. La femme fatale (ce n'est pas indispensable au genre, mais c'est quand même un de ses grands symboles) est une femme consciente de son pouvoir de séduction, hypotendue, qui ne perd jamais son sang-froid, qui n'a plus de scrupules et ne voit aucun intérêt à les récupérer. Pour elle, le sexe n'est pas une source de plaisir, sinon de douleur pour les autres.
Dans La Mauvaise Education, la femme fatale est un enfant terrible, le personnage interprété par Gael Garcia Bernal, qui suit au pied de la lettre l'exemple de Barbara Stanwyck, Jane Greer, Jean Simmons (Un Si Doux Visage), Joan Bennett (La Rue rouge), Ann Dvorak, Mary Windsor, Lisbeth Scott, Veronica Lake et tant d'autres malédictions en forme de femme. |
Pedro Almodovar
Gael Garcia Bernal Le jeune comédien mexicain dans La Mauvaise Education.
«Par souci de vengeance, mes films ont toujours nié l'existence de Franco.»
Cannes met le cap sur le cinéma
Un vent de sinistrose avait soufflé sur Cannes l'an dernier. Le plus glamoureux des festivals s'était ouvert avec un navet indigne, le remake de Fanfan la Tulipe produit par Luc Besson, et clos sur une pochade sénile, Les Côtelettes de Bertrand Blier (autre production Besson). Entre ces deux jalons, les festivaliers regrettaient la disparition des fêtes et la raréfaction des Américains, écoeurés par l'antibellicisme des Froggies. Ils pratiquaient le culte de Matrix Reloaded et adoraient les galbes de Monica Bellucci. Enfin, si le jury, présidé par Patrice Chéreau, avait justement palmé d'or Elephant de Gus Van Sant, il avait tragiquement ignoré le fabuleux Mystic River de Clint Eastwood. Au terme de l'exercice 2003, il était loisible de s'interroger sur l'avenir du raout cannois, vendu aux amuseurs.
Cette année, le monstre aux 30 000 accrédités redresse la barre. Cap sur la cinéphilie. Le président du jury est un cinéphage compulsif, capable de citer dans le texte le plus obscur des films de kung-fu comme le plus abstrus des Godard. On a reconnu Quentin Tarantino. A ses côtés siégeront entre autres les comédiennes Emmanuelle Béart, Tilda Swinton et Kathleen Turner, ce grand fou de Benoît Poelvoorde, les réalisateurs Jerry Schatzberg (L'Epouvantail) et Tsui Hark (Time and Tide)...
Le festival s'ouvre avec un film complexe et osé, La Mauvaise Education, d'Amoldovar, et se clôt sur De-Lovely, une biographie de Cole Porter. Il fait la part belle à la comédie (The Ladykillers, des frères Coen, Shrek 2), aux arts martiaux (Les Poignards volants, de Zhang Yimou), au manga (Innocence), voire au péplum (Troie). Il accueille les plus grands auteurs: Jean-Luc Godard (Notre musique), Wong Kar-Wai (2046), Michael Moore (Fahrenheit 911), Emir Kusturica (La vie est un miracle). Même les Français en compétition sont prometteurs, puisqu'il s'agit de la merveilleuse Agnès Jaoui (Comme une image), du cérébral Olivier Assayas (Clean) et de Tony Gatlif, le gitan musicologue (Exils). Enfin, fidèle à sa vocation de découverte, le festival fait la part belle aux nouveaux talents, comme Lucrecia Martel (Argentine), Park Chan-wook et Hong Sang-soo (Corée), Paolo Sorrentino (Italie) ou Apichatpong Weerasethakul (Thaïlande)...
A travers les différentes sections, 3562 courts ou longs métrages sont présentés, soit 42,5% de plus que l'an dernier - effet collatéral de la technologie numérique. Ce foisonnement prodigieux laisse peu de temps pour participer à la Journée de l'Europe, en compagnie de Jean-Claude Carrière et Milos Forman (ma 18); à la rencontre des studios (di 16); à la Leçon de cinéma de Stephen Frears (ma 18); à la Leçon d'acteur de Max von Sydow ou à la Leçon de musique de Lalo Schiffrin (lu 17), voire simplement flâner sur la Croisette en évoquant le temps révolu des starlettes. |
Quentin Tarantino Président du jury et cinéphage boulimique.
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