Il n’y a pas si longtemps, les écolos étaient des gens mal coiffés et mal habillés, bref des ringards pas très attirants, dont le credo était: «Arrêtez la voiture, le shopping et l’eau chaude, et venez nous rejoindre dans les joies simples de la nature et du mayen sans chauffage central.» Ils prédisaient la fin de la planète pour bientôt et surtout, surtout, gonflaient tout le monde. On traitait cette secte de doux allumés, mi-babas attardés mi-tiers-mondistes, par le mépris le plus froid – une indifférence complète.
Le problème, c’est que depuis, la secte s’est trouvé des prophètes charismatiques comme Al Gore, Nicolas Hulot ou Bertrand Piccard, elle a suivi la même évolution que le christianisme en Occident: elle est devenue la religion majoritaire – désormais tout le monde y croit, au credo pas drôle. Et on sait ce qui arrive aux minorités qui prennent le pouvoir. Voyez les ouvriers et paysans opprimés de Russie quand ils ont instauré la dictature du peuple, comme ils étaient ouverts à la contradiction.
Avec les écolos c’est pareil: maintenant que leurs prêtres arpentent le World Economic Forum et convertissent les puissants de ce monde, le fondamentalisme, qui les menaçait depuis les origines, suinte de partout. Vous commandez un steak au bistrot? Sacrilège, hurle un camarade d’études récemment converti. Qui vous explique sans rire que, considérant le bilan écologique de la vache, l’attitude politiquement responsable consiste à aller brouter l’herbe et le colza directement dans le pré. Vous jetez votre vieille paire de baskets à la poubelle et achetez les dernières Nike?
L’excommunication menace. Vous arrivez tout juste à l’éviter en expliquant à votre collègue de bureau que non, on ne peut pas ressemeler des chaussures de jogging. Vous utilisez les bas tarifs des compagnies low-cost pour vous offrir des petits week-ends aux quatre coins de l’Europe? Là c’est le bûcher: rien ne peut justifier un acte aussi vil. Emettre autant de CO2 juste pour le PLAISIR, c’est simplement mal.
Car, comme toute religion qui se respecte, l’écologie a su instiller le poison de la morale dans ses principes: il y a le Bien et le Mal. Pour la première fois dans l’histoire, on peut en plus les mesurer scientifiquement. Avec l’écobilan, vous savez tout de suite si vous et votre frigo/ voiture/ maison êtes du côté obscur de la Force. Et la nouvelle déesse (eh oui, enfin Dieu est une femme), Gaïa, est bien plus intransigeante que Notre Père qui êtes aux cieux: on a beau confesser ses crimes écologiques à la Terre, point de pardon ni de rédemption. L’opprobre de vos proches pèsera sur vous pour les siècles des siècles.
Car ici, le contrôle social marche mieux encore que dans l’Est du temps de Staline: vos enfants aussi ont été endoctrinés. Ils vous surveillent, et ils n’hésiteront pas à vous dénoncer. Vous laissez couler l’eau pendant les deux minutes du brossage de dents? «Maman, la maîtresse elle a dit que c’est pas bien, ça gaspille l’eau qui est une ressource précieuse et pas inépuisable de notre Terre.» Paf, au réveil. Seule option pour regagner un minimum de crédit auprès de votre descendance, sacrifier au culte et exhiber huit poubelles dans la cuisine: papier, alu, conserves, verre, PET, organique, plastique et autres.
Les publicitaires ont d’ailleurs bien compris le sentiment de faute originelle qui taraude les fidèles: respirer, manger, boire, se reproduire, se déplacer, bref vivre, horreur, ça pollue! Désormais, tout produit, carottes, couches-culottes, détergents, savons, vêtements, voitures, est labellisé «green», «bio», «éco», ou «earth friendly» – l’équivalent commercial d’une bénédiction. Et le monde entier de se précipiter sur ces indulgences contemporaines pour soulager sa conscience et s’acheter le paradis.
Malheureusement, ce matraquage médiatique a une influence certaine sur l’ambiance, toute d’austérité, d’anticroissance, d’anticonsommation et quelque part d’avarice qui règne en ce moment. C’est lourd, et c’est tout sauf jouissif. Avec ces caractéristiques, pas étonnant d’ailleurs que le nouveau culte prenne mieux en terre protestante qu’au Sud. Mais comme toute religion, celle-ci porte en elle les germes de sa chute: suivons son enseignement et recyclons les adorateurs de Gaïa. Reste une question que les principaux intéressés pourront peut-être m’aider à résoudre. Est-ce qu’un écolo est biodégradable?
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