Est-ce lorsque Figrin D’an et son groupe ont commencé à jouer dans la Cantina de Mos Eisley (Star Wars 1977)? Lorsque Walter Carlos a passé Purcell au Moog pour la bande-son d’Orange mécanique? Ou lorsque les grandes orgues du vaisseau mère ont retenti dans Rencontres du 3e Type? Un jour, l’affinité entre extraterrestres et guitar heroes que l’on pressentait depuis longtemps s’est avérée, ô sublime interaction de deux sous-cultures.
Ce lien évident pose toutefois un problème sémantique: «La science-fiction doit être conjecturale, rationnelle et narrative, ce que la musique n’est pas», rappelle Patrick Gyger, directeur de la Maison d’Ailleurs à Yverdon. Les partitions pompières de John Williams pour Star Wars ne relèvent pas particulièrement de l’épopée spatiale et ce n’est guère que par «contagion thématique» qu’une œuvre comme Le Danube bleu se retrouve liée à la SF dans l’imaginaire collectif via 2001, L’Odyssée de l’Espace.
Bip bip. Puisant dans son riche fonds de vinyles, la Maison d’Ailleurs propose d’explorer de façon chronologique et thématique la tangente de la science-fiction et de la musique. A travers des sons, des concepts et des images, sont invités le Martien vert qu’incarne Henri Salvador dans un scopitone, le Major Tom qu’invoque David Bowie dans Space Oddity, Magma, le groupe qui chantait en kobaïen, le Jefferson Airplane et autres groupes psychédéliques adeptes de voyages intérieurs, Klaus Schulze et autres tenants du krautrock s’ingéniant à dissoudre le rythme, Inca Roads, cette chanson dans laquelle Frank Zappa raille l’ufologie et George Duke imite au synthétiseur le sifflululement typique d’une tuyère subluminique.
L’imagerie que développent de nombreux films de science-fiction dans les années 50 contamine le rock’n’roll émergent. De grands illustrateurs comme Druillet, Guy Peellaert ou Giger signent des pochettes marquantes - et les paysages que Roger Dean brosse pour Yes préfigurent les décors grandioses d’Avatar. C’est aussi parfois un triste pis-aller: les trois soucoupes volantes que Crosby, Stills & Nash affichent sur Daylight Again peinent à dissimuler une inspiration moribonde.
Les innovations électroniques définissent les sonorités de l’avenir. Tour à tour, le Thérémine (inventé en 1918), les ondes Martenot ou le Moog ont exprimé les profondeurs infinies du cosmos et l’étrangeté des exoplanètes. Mais, ces sonorités futuristes vieillissent vite. La bande-son de Planète interdite est charmante et effroyablement datée. Et les solos de synthétiseur exécutés par Rick Wakeman au sein de Yes irrémédiablement périmés!
Le Thérémine exposé à Yverdon exprime bien ce paradoxe avec son couvercle en bois, ses grosses ampoules et sa petite plaque précisant qu’il «peut être joué en public sans autorisation spéciale»...
Un message de Dick. Pour mener à bien Galactic Hits, la Maison d’Ailleurs s’est associée à La planète bleue, émission de Couleur 3 ouverte aux nouveaux espaces sonores, et à Vibrations. Le magazine câblé en matière de musique noire propose un dossier sur l’afrofuturisme, ou comment le funk a puisé une part de son inspiration dans la science-fiction. Et un CD rassemblant vingt curiosités qui, entre musique mécanique, concerto pour machines à vapeur, blip-pop, trip-hop sith et générique de feuilletons pop dessine le visage musical de la SF. A signaler If you find this world bad, de Richard Pinhas, qui intègre la voix de Philip K. Dick pour un saisissant message d’outre-tombe: «Si vous trouvez ce monde mauvais, vous devriez en voir quelques autres...»
Galactic Hits, Musiques et science-fiction. Yverdon. Maison d’Ailleurs. Du di 7 mars au di 1er août, me-ve 14-18 h, sa-di 11 h-18 h. www.ailleurs.ch
«LA SCIENCE-FICTION DOIT ÊTRE CONJECTURALE, RATIONNELLE ET NARRATIVE. CE QUE LA MUSIQUE N’EST PAS.» Patrick Gyger, Maison d’Ailleurs
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