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PASSIONNÉ A 66 ans, Claude Logean n’envisage pas d’arrêter de travailler. L’architecte devenu conducteur de chantiers aime trop son métier. Il incarne cette nouvelle génération de seniors qui refusent de partir à la retraite.
David Prêtre / Strates

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Retraite
Ceux qui travaillent à plus de 65 ans

Par Linda Bourget - Mis en ligne le 13.07.2011 à 13:58

Un tiers des Suisses continuent de travailler passé l’âge de la retraite. La plupart le font par choix, pas par nécessité.

A plus de 80 ans, le milliardaire George Soros est encore à la tête du fonds d’investissement qui a fait son immense fortune. Du haut de ses 76 printemps, le 14e dalaï-lama cumule toujours les casquettes de chef spirituel et politique des Tibétains.

Tandis que Brigitte Fontaine, 71 tours de Soleil au compteur, vient de sortir son dix-septième album, aussi déjanté que les précédents.

Peu importe que le visage soit lacéré de rides et la silhouette affaissée: on peut être vieux mais diablement dynamique, productif et compétent.

Cette énergie grise, l’élite n’en a pas le monopole. En Suisse, Madame et Monsieur Tout-le-Monde n’entendent désormais plus mettre un terme à leur activité professionnelle parce qu’ils entrent dans le troisième âge.

Les chiffres sont éloquents: le tiers des 65-69 travaillent encore, selon l’Office fédéral des assurances sociales. Sur l’ensemble de la population des 65 et plus, l’OCDE estime que 27% des Suisses sont encore actifs.

La réalité helvétique n’a rien d’exceptionnel: en France, 28% de la population de plus de 65 ans continue de turbiner. En Allemagne, le taux atteint 32%. Au Japon, 35,5%.

Enjeu démographique. En hausse depuis les années 90 sur le plan national, ce taux jette une lumière nouvelle sur la très sensible question de l’âge de la retraite, établie à 64 ans pour les femmes et 65 ans pour les hommes. Un seuil comme gravé dans le marbre, sur lequel butent les tentatives d’assouplissement.

La 11e révision de l’AVS s’est ainsi brisée sur la question du rehaussement d’une année de l’âge de la retraite pour les femmes. Quand bien même les seuils actuels ne correspondent pas, de facto, à la réalité (un autre tiers des Suisses partent à la retraite avant 64/65 ans).

La révision enterrée, le ministre de l’Intérieur devra, une fois de plus, avancer des propositions autour de l’âge de la retraite, puisque le vieillissement de la population l’impose.

En 2010, l’espérance de vie des hommes suisses a franchi la barre des 80 ans, tandis que la génération des baby-boomers entre petit à petit dans le troisième âge.

L’équilibre des assurances sociales doit donc passer par davantage de cotisations. Mais le terrain est trop miné pour que Didier Burkhalter s’y aventure en année électorale.

Peur d’être inactifs. La bonne nouvelle, côté suisse, c’est que la majorité de ces seniors maintiennent leur activité par choix. «Nous pensions que les retraités actifs l’étaient essentiellement par nécessité.

En réalité, cette catégorie de personnes est minoritaire», explique Philippe Wanner, professeur de démographie à l’Université de Genève et auteur d’une étude traitant de la situation économique des retraités publiée en 2008.

«J’estime que le quart à peu près des retraités qui restent actifs le font par nécessité. Les autres travaillent par choix.»

Un choix dicté par le goût de l’activité professionnelle, l’envie de se concentrer sur les pans les plus intéressants de celle-ci, le besoin de reconnaissance sociale, ou encore la cohabitation avec un conjoint plus jeune toujours actif.

Le facteur déterminant étant sans surprise celui de l’état de santé. «Aujourd’hui, la santé se détériore plutôt vers 75 ans que vers 65, nous avons gagné une dizaine d’années», relève Philippe Wanner.

A cela s’ajoute souvent la peur de tout arrêter. «Le système actuel engendre en général une cessation brutale de l’activité qui peut être très déstabilisante», observe le patron d’AvantAge, Guy Bovey, organisateur de séminaires de préparation à la retraite.

Temps partiel. Les seniors qui choisissent de travailler au-delà de 65 ans tendent toutefois à lever le pied. Une baisse des heures de travail qui se traduit par un revenu mensuel moyen de l’ordre de 2500 francs chez les 65-69 ans – des chiffres tirés des registres fiscaux auxquels s’ajoute encore le travail non déclaré.

«Il s’agit typiquement d’anciens cadres qui se mettent à leur compte pour pratiquer en tant que consultant, avec un taux d’occupation de 20% à 50%», note Philippe Wanner. A leurs côtés, beaucoup de représentants des professions libérales: architectes, avocats, médecins. Ou encore des entrepreneurs qui refusent de lâcher la société qu’ils ont créée.

Une majorité de bien lotis à laquelle s’ajoute une minorité en situation précaire (lire le témoignage d’Edith). Au sein de celle-ci, «beaucoup de personnes seules», note Julien Bourgnon, étudiant à l’Université de Lausanne, qui rédige un mémoire de master sur la question.

«Beaucoup de gens connaissent aussi un défaut de prévoyance en raison de leur parcours professionnel». Cela inclut des personnes restées longtemps au chômage (en particulier à la fin de leur carrière), des veuves ayant cotisé par intermittence, des travailleurs immigrés arrivés tard en Suisse.

Confort financier. Les autres bénéficient au contraire d’une situation confortable. S’ils décident de toucher leur AVS (et, lorsqu’ils en ont, leurs 2e et 3e piliers) à 65 ans, ils dopent leurs revenus. S’ils diffèrent l’âge de la perception de leur rente (possibilité de repousser pendant cinq ans), ils bénéficient d’un rehaussement des mensualités au moment de la perception.

La rente AVS oscille aujourd’hui entre 1160 et 2320 francs par mois, mais chaque année de report gonfle les mensualités. Ainsi, celui qui perçoit son AVS à 70 ans voit-il ses mensualités grimper de 31,5%.

Le 2e pilier fonctionne de manière similaire depuis le début de cette année. Une modification qui s’inscrit dans la logique d’incitation au maintien de l’activité pour laquelle a opté le Parlement. Le 3e pilier connaît un régime similaire depuis 2008, grâce à une ordonnance du Conseil fédéral.

Trouver sa place. Encore faut-il trouver sa place sur le marché du travail. Un univers dans lequel les retraités ne sont pas égaux. Si certains secteurs et employeurs accueillent les seniors à bras ouverts, d’autres refusent de conserver les 65 et plus, quitte à fortement favoriser le départ anticipé.

A l’instar d’UBS qui – en dehors de son directeur général et de son président tirés de leur retraite dans l’urgence – encourage ses employés à partir tôt. «La retraite se prend en principe à 62 ans. L’employé n’est pas pénalisé au niveau de sa rente», pose Jean-Raphaël Fontannaz, porte-parole de la plus grande banque de Suisse.

D’autres cherchent à retenir les compétences des aînés, avec plus ou moins de succès. «A la Confédération, nous avons clairement l’idée d’inciter les gens à travailler plus longtemps, en particulier depuis 2008», indique David Gerber, de l’Office fédéral du personnel.

Conserver les collaborateurs plus longtemps fait partie de la stratégie 2011-2015. Mais les résultats sont pour l’heure modestes: sur 37 000 employés, l’Etat fédéral n’en compte que 90 ayant atteint l’âge de la retraite.

«C’est que cela implique un véritable changement de mentalité», analyse le fonctionnaire. «Pendant longtemps, il était question de partir à la retraite anticipée dès que cela était possible.»

Un indicateur, toutefois, rend compte d’une légère évolution: de 61,5 ans en 2008, l’âge moyen du départ à la retraite des fonctionnaires fédéraux est passé à 62,4 ans en 2010.

Migros exemplaire. Le constructeur Implenia a lui aussi amorcé le changement. De ses 6000 employés, une trentaine ont passé l’âge de la retraite. Essentiellement des personnes affectées à la planification financière des chantiers.

Mais la construction est par essence un secteur dans lequel la flexibilisation s’opère davantage vers le bas que vers le haut. En vertu de la pénibilité de la plupart des métiers du bâtiment, employeurs et syndicats se sont accordés sur le principe d’un départ à 60 ans.

L’effort porte davantage de fruits chez Migros, premier employeur privé du pays. Sur les 83 000 employés de la coopérative, 3000 ont déjà dépassé l’âge de la retraite, soit 3,6% de ses effectifs. Un niveau qui traduit une politique active de maintien des salariés âgés.

A une autre échelle, Hublot lançait en 2006 un programme d’intégration des 65 et plus. Dix pour cent des 70 employés de l’horloger faisaient alors partie de cette équipe. «Nous n’avons plus que trois personnes qui ont dépassé 65 ans. Les autres sont parties car elles avaient en général plus de 70 ans», indique Jean-Claude Biver.

Le directeur de la maison, qui dit vouloir réengager des seniors qualifiés s’il en trouve, loue l’expérience, le savoir, la sagesse et le réseau qu’apportent ces travailleurs particuliers.

Davantage de repos. Les cas de Migros et Hublot restent toutefois exceptionnels. D’une manière générale, les employeurs méconnaissent la gestion des travailleurs seniors. «En Suisse, il existe très peu de chose», observe Brigitta Danuser, directrice de l’Institut universitaire romand de santé au travail.

«Il faut par exemple savoir que les capacités cognitives restent solides. En revanche, le temps de réaction devient plus long et les gens se fatiguent beaucoup plus vite.» En conséquence, il est «important de flexibiliser le temps de travail à partir de 60 ans déjà».

Une mesure qui permettrait notamment aux aînés d’économiser leurs ressources et de prolonger leur activité de quelques années. «Cela ne concerne pas que les professions physiques. On sous-estime l’exigence du travail cognitif», insiste Brigitta Danuser.

Autant de paramètres dont les employeurs ont peu conscience. Selon une étude d’Adecco de 2008, les entreprises suisses sont «les moins préparées d’Europe» à faire face au changement démographique, caractérisé par le vieillissement.

«La moitié des entreprises suisses ne connaissent pas l’âge de leurs effectifs», souligne le spécialiste du secteur de l’emploi.

Groupements de seniors. Face à des employeurs au cadre trop rigide, se sont constitués des groupes de retraités qui mettent en commun leurs compétences. Ces réseaux permettent aux seniors, essentiellement des personnes hautement qualifiées, d’être visibles pour leurs clients potentiels, tout en gérant leur temps de travail à leur guise.

Ainsi les cadres supérieurs des entreprises ABB, Alstom et Bombardier se regroupent-ils au sein de Consenec, à Baden, dès l’âge de 60 ans. Un réseau d’une quarantaine d’experts, actifs comme consultants pour des clients tels que Renault, Orell Füssli, ou leurs anciens employeurs.

A 65 ans, Jacques-André Perrothon est membre du groupement. «Cela permet de réduire le temps de travail tout en relevant de nouveaux défis. De cette manière nous ne sommes pas comme posés sur une étagère à ne servir à rien», explique l’ancien cadre d’Alstom. «C’est aussi une forme d’engagement quasi citoyen. Nous transmettons ce que nous avons appris.»

Le discours fait écho à celui de Régis Gross, 67 ans, responsable de la région romande pour Adlatus, qui fédère 400 retraités qualifiés en Suisse, tous domaines confondus. «Notre philosophie est de faire profiter l’économie de ce que la vie nous a appris. Tout en continuant à nous sentir utiles et actifs.»

Ainsi la génération des babyboomers continue-t-elle de refaçonner le rapport aux âges. Après avoir donné une vraie place aux jeunes dans les années 60, elle transforme aujourd’hui celle que la société laisse aux seniors... qu’eux-mêmes taxaient autrefois de «vieux».


En chiffres...

33% des hommes travaillent encore à 66 ans, selon l’Office fédéral des assurances sociales.

27% de tous les Suisses de plus de 65 ans maintiennent une activité professionnelle, selon l’OCDE.

35% des hommes touchent au moins une partie de leur retraite dès 60 ans, selon l’Office fédéral de la statistique.

2500fr. par mois de salaire moyen pour les 65-69 ans actifs, selon l’Office fédéral des assurances sociales.


A savoir pour prolonger son activité

Il existe deux options: toucher l’AVS, le 2e et le 3e pilier normalement tout en maintenant une activité, ou repousser la perception de l’une ou l’autre rente (cinq ans maximum) en continuant à cotiser. Les versements mensuels seront alors revus à la hausse au moment de leur perception.

Pour l’AVS, les seniors ne cotisent que si leurs revenus dépassent 16 800 francs par an. Pour le 2e pilier, caisses de pension et employeurs n’ont pas encore tous introduit de possibilité d’ajournement, il convient donc de se renseigner.

Le calculateur de la Confédération (www.acor-avs.ch) permet de mesurer la variation de sa pension AVS en fonction de l’âge de la retraite. Pour le 2e pilier, chaque fonds de pension a son système de calcul. Idem pour le 3e pilier, dont les cotisations restent déductibles des impôts.

La personne qui souhaite un ajournement doit l’indiquer dans le cadre de sa demande d’AVS, à remplir au plus tard un an après le début de son droit à la retraite.

Certains employeurs, privés ou publics, refusent de garder leurs salariés. Ceux-ci peuvent alors poursuivre une activité à leur compte. Le régime de la raison individuelle permet à une personne seule de travailler sans inscription au registre du commerce, tant que le revenu annuel est inférieur à 100 000 francs. Il est aussi possible de créer une société (SA, Sàrl, etc.).


Claude Logean, conducteur de travaux, 66 ans

"Ce travail, c'est presque un hobby"

Tout gamin, Claude Logean fabriquait des maisons miniatures pour les lézards. Alors évidemment, lâcher la passion qui l’habite depuis toujours pour cause de retraite, l’architecte n’en a pas eu l’envie. A 66 ans, il est désormais à son compte et effectue des mandats de conduite de travaux pour des entreprises générales.

Une manière de continuer à construire, comme il l’a toujours fait. Quitte à réduire un peu le nombre d’heures à turbiner: son taux d’activité est à présent de 80%. «J’ai envie d’aller decrescendo, d’arrêter petit à petit.» Le Glandois se verrait bien lever définitivement le pied à 70 ans... en se réservant la possibilité de changer d’avis d’ici là.

«Pour moi, ce travail c’est presque un hobby, explique-t-il. Et puis, dans ce métier, vous ne piquez pas le boulot des jeunes.» L’expérience des seniors est au contraire très recherchée, «parce qu’il y a plutôt pénurie de main d’œuvre, en particulier de gens qui ont appris le métier à force de le pratiquer».

Son activité, le sexagénaire la conserve donc plus pour le plaisir que par nécessité. Son 2e pilier investi dans l’immobilier, Claude Logean fait partie de ces retraités plus à l’aise financièrement qu’avant 65 ans.

«Bien sûr, travailler met du beurre dans les épinards. Mais la rente AVS tombe de toute façon et le reste, c’est du bonus. Cela me donne un sentiment de légèreté que je n’avais pas auparavant.»


Rolland-Yves Mauvernay, Président de Debiopharm, 89 ans

"Baigner dans la recherche est une cure de jouvence permanente"

Rolland-Yves Mauvernay a beau frôler les 90 ans, son regard est encore celui d’un adolescent: à la fois vif, espiègle et curieux. L’âge qu’il a, le président de Debiopharm le fait donc oublier d’un coup d’oeil et d’une poignée de main.

Oui, il bosse tous les jours comme avant. Oui, il dirige toujours une société de 300 salariés, active dans le développement de molécules pour l’industrie pharmaceutique. Non, il ne voit pas ce qu’il y a d’anormal à cela. Après tout, il a déjà travaillé pendant plus de septante ans. Et sa fortune, estimée à plus de 400 millions de francs par Bilan, n’est pas une raison pour arrêter.

«Le travail est une série de défis vis-à-vis de moi-même. Et j’adore les défis. Bien sûr, il y a des jours où j’ai moins envie, comme tout le monde. Mais vous comprenez, je suis encore en éducation. En permanence», explique-t-il avec une humilité déconcertante.

Alors, dans ses bureaux de Lausanne, l’entrepreneur écoute sans relâche ses cadres, ses chercheurs, ses correspondants, pour saisir les grandes tendances du secteur de la santé et repérer les molécules dans lesquelles il est judicieux d’investir.«Pour faire de la recherche, il faut toujours être plongé dans le futur. Ici nous sommes déjà en 2030», lance-t-il l’œil malicieux.

Pas pour rien que le bâtiment qui abrite sa société s’appelle le «Forum après-demain»: Rolland-Yves Mauvernay vit déjà à l’heure d’une médecine individualisée, dans laquelle chacun saura, grâce à des analyses ADN, quelles maladies il est susceptible de développer, quels médicaments sont aptes à les traiter, comment son organisme répondra à ces traitements.

Toujours être à la pointe, toujours faire la course en tête, tant pis si cela fatigue. «Baigner dans la recherche est une cure de jouvence permanente», observe l’octogénaire.

Le patron, féru de séminaires de développement personnel et de philosophie japonaise, ne fait pourtant pas mine d’ignorer le temps qui passe. Sa succession, il l’a déjà réglée: son fils Thierry, actuel vice-président exécutif de l’entreprise, pilotera un jour seul le navire Debiopharm. Lui arrêtera quand il ne sera «plus efficace».

En attendant, il fait le plus possible, le plus vite possible. Parce qu’il sait malgré tout, qu’«il n’y a plus beaucoup de temps».


Edith, couturière, 67 ans

"Si je ne peux plus travailler, il m'arrive quoi ? Je n'ai rien, aucune réserve"

De la chambre qui lui sert d’atelier jaillissent les couleurs vives des robes multicolores qu’elle a créées. Sur son plan de travail, un bustier de dentelle argentée inachevé, destiné à compléter la jupe enfilée sur son mannequin de toile et de bois. Plus de soixante heures de travail pour un ouvrage qui se vendra 800 francs.

Couturière à la retraite, Edith n’ose pas faire le calcul: son travail ne lui rapporte même pas... 13 francs de l’heure. «C’est comme ça, je ne peux pas facturer ce que cela coûterait réellement.» La faute au «made in China», qui a fait oublier la valeur du métier de la Genevoise de 67 ans.

En travaillant à 100%, l’artisane gagne moins de 3000 francs par mois. Pas suffisant pour vivre, mais nécessaire à compléter une rente AVS elle aussi trop menue.

Edith n’a pas le choix: indépendante depuis presque toujours, elle n’a ni 2e ni 3e pilier. «Ma pension est de 1933 francs par mois.» Son appartement, modeste, lui en coûte 1680. Si bien qu’elle hésite à retourner dans le canton de Vaud voisin, terre de ses origines, pour trouver à se loger à meilleur marché.

«Mais quel propriétaire voudrait louer quelque chose à une personne dont le revenu fixe est si bas? Et puis, ma clientèle est ici, ce serait compliqué de s’en éloigner. Je suis un peu coincée.»

Contrairement à de nombreuses femmes de sa génération, Edith a pourtant exercé sa profession toute sa vie mais «sans jamais gagner assez pour mettre de côté».

Divorcée en 1977, elle a élevé et nourri seule ses trois filles. «Pour sortir trois sous, j’enchaînais les nuits blanches à coudre sans fin. J’ai tellement cousu que des fois je me dis que j’ai assez donné. Je n’ai plus envie de travailler comme une bête.»

Edith, pour autant, ne se plaint de rien. Elle ne critique pas le système, pas plus qu’elle ne revendique quoi que ce soit. Simplement, elle s’inquiète. En particulier depuis cette chute, il y a quelques semaines, qui lui a blessé le poignet. «Ça m’a fait prendre conscience de ma fragilité. Si je ne peux plus travailler, il m’arrive quoi? Je n’ai rien, aucune réserve.»

Alors Edith s’interroge. Son statut lui donne droit aux prestations complémentaires destinées à aider les retraités qui ne parviennent pas à nouer les deux bouts. Peut-être qu’un jour, elle pourra les toucher. «Mais je ne suis pas décidée. Je n’ai pas l’habitude de demander quoi que ce soit. Ça me ferait bizarre.»


David Stucki, gynécologue-obstétricien, 66 ans

"Je devais rester actif... et je ne sais rien faire d'autre"

Passé l’âge de la retraite, David Stucki a décidé de s’accorder le temps de vivre. Résultat, le gynécologue-obstétricien a réduit son temps de travail à… 100%.

C’est que, médecin-chef à l’Hôpital cantonal de Fribourg pendant vingt-cinq ans, le Jurassien d’origine abattait auparavant 15 heures de travail quotidien cinq jours par semaine. Et assurait des permanences à peu près tous les week-ends.

«Les années ont passé tellement vite… un jour vous atteignez 65 ans, et c’est “Ciao bello”! Mais moi, je ne pouvais pas passer de 200% à zéro d’un jour à l’autre.» Le médecin a donc décidé d’ouvrir sa propre consultation, installée dans les locaux de la Clinique Générale, établissement privé de Fribourg.

«Je devais rester actif… et je ne sais rien faire d’autre.» C’est que la cadence à laquelle il a toujours exercé ne lui a guère laissé le loisir de s’épanouir ailleurs qu’au travail.

«J’ai négligé toutes mes amitiés, faute de temps. Et je ne fais pas de golf ou de sport comme certains. Heureusement que ma femme travaillait avec moi. Cela nous a toujours permis de passer du temps ensemble», raconte le médecin.

«Pour autant, je ne regrette rien! J’ai formé 160 gynécologues, pratiqué des milliers et des milliers d’interventions, amené en Suisse de nouvelles techniques opératoires. C’était passionnant.»

Longtemps représentant de la Société suisse de gynécologie et d’obstétrique, David Stucki est une sommité dans sa spécialité. «C’est bien. Mais d’une certaine manière, ça se paie un peu.»

Aujourd’hui, l’homme lève donc – modérément – le pied. Il prend le temps de déjeuner le matin, de regarder le téléjournal le soir, de vivre pendant le week-end. Il apprécie de ne plus avoir d’équipe médicale à conduire, même s’il souhaite terminer de former deux ou trois jeunes au talent desquels il croit avant de quitter la profession.

Il apprécie de continuer à opérer, même s’il ne passe plus qu’un jour par semaine au bloc. L’obstétrique, ça a toujours été sa grande force. David Stucki présente ses deux mains. «Voyez, elles ne tremblent absolument pas.»

Si bien qu’il envisage de continuer pendant quatre, cinq, six ans... Il faut dire que l’homme a des antécédents familiaux. Son père, gynécologue également, a tenu son cabinet jusqu’à 83 ans.


Jean-François Chassot, chauffeur de taxi, 66 ans

"J'avais la nostalgie de la route"

Quand il était jeune chauffeur de bus, Jean-François Chassot militait dans le syndicat des Transports publics fribourgeois (TPF). Parmi les combats qu’il est le plus fier d’avoir remportés, il y a celui de la retraite anticipée. Soit le droit, pour ses collègues et pour lui, de cesser de travailler à 62, voire 60 ans.

Ironie de la vie, c’est lui qui, à 66 printemps, refuse désormais de lâcher le volant. Oh bien sûr, les TPF et la ligne Fribourg-Treyvaux qu’il a sillonnée quotidiennement pendant quarante et un ans, c’est de l’histoire ancienne.

Mais l’homme aux yeux rieurs avait trop besoin d’avaler les kilomètres pour arrêter de rouler. «J’avais quand même la nostalgie de la route», explique-t-il dans un haussement d’épaules. «Et puis on ne peut pas faire des marches en montagne ou des sorties à vélo tous les jours. Je me suis donc mis chauffeur de taxi.»

Trois jours par semaine, de 6 à 17 heures, dans les rues de Bulle. Presque un nouveau métier, pour lequel il a dû apprivoiser le détail des artères de la ville, la gestion des appels de clients sur son portable, les longues périodes sans course à poireauter dans son véhicule en plein hiver…

«Vous comprenez, je suis encore en excellente santé. J’ai toujours eu des horaires réguliers, je n’ai travaillé que de jour. Conduire dans ces conditions-là, ce n’est pas un métier particulièrement pénible. La retraite à 65 ans ou avant, c’est plutôt pour ceux qui, physiquement, n’en peuvent plus», raconte-t-il le sourire jusqu’aux oreilles.

Lui a pourtant testé la vie de rentier pendant quelques mois, mais sans grande conviction. Alors lorsqu’une petite annonce lui est tombée sous le nez, il a foncé. «C’était écrit dans le journal qu’ils cherchaient un retraité pour faire le taxi quelques heures par semaine. J’ai appelé pour voir. Et j’ai recommencé à travailler la semaine d’après.»

La paie est plus que modeste, concède-t-il. Peu lui importe: avec son AVS et son 2e pilier, ses revenus sont plus élevés aujourd’hui que lorsqu’il n’était pas retraité. Et puis, socialement, rester actif permet de garder une identité.

Vis-à-vis de certaines personnes, Jean-François Chassot se déclare retraité, sans complexe. Vis-à-vis d’autres, il préfère se présenter comme chauffeur de taxi. Enfin, pour le moment... Car dans quelques années, le Fribourgeois aimerait bien, peut-être, se lancer dans la conduite de camions.




Tags: retraite, 65 ans, carrière,

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Réaction de JuanPablo
le 19.07.2011 à 12:05
à slimnature Un saint, moi ? Pas du tout. Faut-il absolument...
 
Réaction de slimnature
le 19.07.2011 à 10:21
Pour ma part, je fais du bénévolat à raison d'une...
 
Réaction de JuanPablo
le 19.07.2011 à 00:43
M. moulino, je ne sais pas si vous êtes retraité,...
 
Réaction de moulino
le 18.07.2011 à 21:55
Ce sont ceux qui n'ont rien foutu avant… ou alors...
 
Réaction de JuanPablo
le 18.07.2011 à 12:03
Lorsque vous êtes à la retraite, vous savez que le...
 
Réaction de slimnature
le 15.07.2011 à 10:31
Un tiers des Suisses continuent de travailler passé l’âge de...
 



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