CFF et grande vitesse, la Suisse se réveille
Les CFF doivent-ils croire à la grande vitesse? Le professeur Daniel Mange et le responsable Grandes lignes aux CFF Vincent Ducrot en débattent.
Une bombe dans le petit monde ferroviaire helvétique. Dans une interview à Sonntag, il y a dix jours, le président du conseil d’administration des CFF Ulrich Gygi s’est mis à esquisser une ligne directe Berne-Zurich avalée en 28 minutes. La proposition tombe à pic. Professeur honoraire de l’EPFL, Daniel Mange et son groupe de travail de la Communauté d’intérêts pour les transports publics (Citrap-VD) viennent de publier un plaidoyer pour la grande vitesse ferroviaire dans le cadre d’une vision «Rail 2050».
Jusqu’ici pourtant, la Suisse n’a pas cru à la haute vitesse. Elle a vite enterré le projet de Nouvelles transversales ferroviaires dans les années 70 avant d’ignorer Swissmetro dans les années 90. Pourquoi ce désintérêt alors que les pays voisins ne jurent que par les lignes ultrarapides? L’Hebdo a organisé un débat contradictoire entre Daniel Mange et le responsable des Grandes lignes aux CFF Vincent Ducrot.
Ulrich Gygi a relancé l’idée d’une ligne directe Berne-Zurich, alors que le directeur général des CFF Andreas Meyer ne croit pas à la haute vitesse. Qui faut-il croire aux CFF?
Vincent Ducrot (V.D.) Les deux. Si vous étudiez l’histoire des CFF, vous vous apercevez qu’il y a toujours une génération qui investit dans les lignes, suivie d’une autre qui adapte les gares en conséquence. Aujourd’hui, Andreas Meyer s’engage dans le projet Rail 2030, qui porte un gros accent sur la transformation des gares de Genève et de Lausanne notamment. Ulrich Gygi, pour sa part, a développé une vision à plus long terme en imaginant un tronçon permettant la grande vitesse à 300 km/h. C’est cohérent.
Daniel Mange (D.M.) Pour moi, c’est un coup de théâtre que cette vision avancée par Ulrich Gygi. Jusqu’à présent, les CFF, de même que l’Office fédéral des transports d’ailleurs, ont toujours prétendu que la grande vitesse n’est pas faite pour la Suisse. Selon eux, ce pays serait trop petit, de sorte qu’à peine un train a-t-il atteint sa vitesse maximale qu’il doit freiner pour s’arrêter dans sa prochaine gare. Rien n’est plus faux. C’est une vraie légende urbaine que cette affirmation. Avec le matériel moderne, on passe de 0 à 240 km/h en 70 secondes.
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