Chabrol fait le zouave.
«Bellamy», polar goguenard, pourfend le bourgeois avec une férocité qui n’égale que la paresse du scénario.
Claude Chabrol est comme un peintre naturaliste qui, n’ayant plus rien à prouver, se dirigerait vers l’abstraction. Délaissant la mécanique de précision qui faisait l’efficacité de ses meilleurs films, il s’autorise des scénarios nébuleux pour s’adonner à son activité favorite: pourfendre le bourgeois.
Dans ce 57e long métrage, le commissaire Bellamy (Gérard Depardieu), sexagénaire obèse, pépère comme Maigret avec une pointe de Bérurier, enquête sur une escroquerie à l’assurance assortie d’un meurtre. Le temps d’esquisser cette intrigue à la fois ténue et embrouillée, Chabrol suit déjà une autre piste: le frère cadet du commissaire, zonard et pochetron, vient jouer un chapitre inédit de l’éternelle histoire de Caïn et Abel. Féroce, Chabrol met en scène une belle bande de lavedus. Même les décors traduisent la fatuité des personnages, ô tragique caravelle de fer forgé dans un salon étriqué, ô grotesque collection de bilboquets chez le couple homo. «Vous aimez les huîtres chaudes?» demande le bougre à Bellamy qui répond «oui» avec l’air mutin de celui qui préfère laper un bivalve plutôt que de s’enfiler une saucisse... Les astuces du vieux farceur sont souvent plaisantes; elles peuvent aussi tomber à plat: lorsque l’avocat choisit de chanter Brassens en guise de plaidoyer, on se croirait chez Lelouch...
Quant à Depardieu, qui opère pour la première fois sa jonction avec Chabrol, il tient la forme. Enorme et d’une douceur presque féminine, il titube au bord du gouffre et pleure pour un rien. Cet éléphant dans un magasin de porcelaine finit par briser de la faïence (les bols à café rescapés de l’enfance), et son cœur peut-être. Il est étrangement émouvant dans ce film mariolle, goguenard et paresseux.
Bellamy. De Claude Chabrol. Avec Gérard Depardieu, Marie Bunel, Jacques Gamblin, Clovis Cornillac. France, 1 h.
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