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PROJET PRIMÉ: Réalisé en 2008 aux Diablerets (VD), ce chalet est «relié à l’expérience constructive locale».
Patrick Tondeux

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Vision
Charles pictet, architecte non spectaculaire

Par Mireille Descombes - Mis en ligne le 08.09.2010 à 17:29

Deux de ses projets viennent d’être primés par la Distinction romande d’architecture 2010. Rencontre avec un Genevois épris de liberté et de culture.

Indifférent aux modes et au star-system, Charles Pictet, 47 ans, se présente en adepte d’une architecture non spectaculaire. Un parti pris qui lui réussit et a séduit le jury de la Distinction romande d’architecture 2010 (DRA II).

Avec trois projets nominés, dont deux primés (une maison individuelle à Genève et un chalet de vacances aux Diablerets), le Genevois s’impose avec évidence comme la personnalité qui émerge dans cette édition pleine de surprises (pour les autres résultats, consulter le site www.dra2.ch).

Nous avons rencontré cet humaniste chaleureux, brillant et modeste, dans son bureau genevois rempli de magnifiques et fascinantes maquettes. Fils de diplomate, né à Ankara en 1963, notre interlocuteur précise d’emblée avec humour qu’il n’est pas de la branche de la banque, même s’il appartient à la même famille que les fameux banquiers privés.

«UN PROJET DOIT D’ABORD RACONTER UNE HISTOIRE EN RELATION AVEC LE LIEU»

A l’époque de ses études d’architecture – qu’il entreprend après avoir fait du droit et écrit un mémoire sur le droit d’auteur – son patronyme lui vaut d’ailleurs quelque hostilité: «On me voyait comme le grand bourgeois qui débarquait là pour s’amuser», se souvient-il.

Charles Pictet est aujourd’hui professeur invité à l’EPFL, mais c’est à l’Ecole d’architecture et d’urbanisme de Genève (EAUG) qu’il s’est formé, une institution tournée vers l’enseignement de l’histoire de l’architecture. «Une très bonne école, précise-til, où quelques professeurs promouvaient une culture humaniste allant de la sociologie au cinéma en passant par la littérature.»

Renaissance italienne. Pour voir autre chose, ce passionné d’art et de culture qui a passé son enfance à visiter églises, bâtiments et musées avec ses parents, poursuit ensuite sa formation à Florence. Il n’y fréquente pas assidûment l’université, mais sillonne l’Italie pour étudier la Renaissance et chercher à mieux comprendre cette époque.

Avant de décrocher son diplôme, il séjourne ensuite deux ans à Berlin comme collaborateur stagiaire, puis chef de projet, chez Klaus Theo Brenner. «Quelqu’un qui était assez libre dans son expression», apprécie-t-il en connaisseur.

Intuition. Cette liberté, il la revendique en effet aujourd’hui pour lui-même. Et c’est elle qu’il voit encouragée par cette double distinction.«Un projet, pour moi, doit d’abord raconter une histoire en relation avec le lieu qu’il occupe et l’usage auquel il est destiné. Quand je conçois un bâtiment, je puise dans mes ressources personnelles. J’utilise tout ce qui est en moi de connaissances et de vécu en recherchant quelle analogie est à même de renseigner mon travail. Les références me viennent souvent de façon intuitive. Je me nourris aussi beaucoup d’art, notamment contemporain.»

On comprend qu’avec une telle vision de l’architecture, Charles Pictet ait de nombreux collaborateurs avec lesquels il entretient un dialogue très fructueux (son bureau, ouvert en 2002, réunit aujourd’hui 19 personnes), mais pas d’associé. Construire, pour lui, reste quelque chose de très intime.

Grande variété. N’allez pas en déduire qu’il se revendique d’un style ou d’un langage propres. Au contraire, et il est même très heureux que ses bâtiments ne se ressemblent pas. Parmi ses réalisations, pour l’instant essentiellement situées en Suisse romande, on trouve surtout des habitations.

Des maisons, d’anciennes propriétés restaurées ou agrandies, une orangerie et des écuries à Vandœuvres, un immeuble à Nyon. «Et des logements pour étudiants à la Coulouvrenière, à Genève, insiste-t-il fièrement. Un bâtiment qui fait la suture entre deux stratégies urbaines contradictoires et dont le traitement dialogue avec le Bâtiment des forces motrices et l’Usine qui encadrent la place de Volontaires.»

Parallèlement, Charles Pictet s’engage dans le débat sur le développement de l’agglomératon genevoise (lire encadré). Il ne s’exprimera pas, en revanche, sur le lancement du concours pour le futur Musée cantonal des beaux-arts de Lausanne dont il est membre du jury. Des débats qui, vu la qualité et l’intérêt du site, s’annoncent passionnants.

Avant de quitter le bureau, difficile ne pas s’attarder encore un peu devant l’une ou l’autre de ses maquettes qui semblent faire de l’œil à notre âme d’enfant. «Je me méfie de la photographie d’architecture, explique-t-il. Elle peut être très séduisante, mais reste souvent un outil de communication quasi promotionnel. La maquette me semble bien plus appropriée pour expliquer à quelqu’un qui ne l’a jamais vu un bâtiment destiné à être visité par le corps.»

Pour Charles Pictet et son équipe, les maquettes sont par ailleurs plus qu’un outil de travail. Elles deviennent des projets automes. Il les compare à des petits cabinets de curiosités et il lui arrive même de les réaliser une fois le projet terminé.


Trois questions à Charles Pictet sur la Genève de demain

En 2005, vous avez fait partie du groupe d’architectes de la section genevoise de la FAS (Fédération des architectes suisses) qui a lancé le concours «Genève 2020». Quel était son but?

Nous pensions qu’il fallait absolument lancer une réflexion sur la densification du quartier Praille-Acacias-Vernets. Comme les politiques n’avaient pas répondu à nos sollicitations, nous avons choisi de lancer nousmêmes un concours international d’idées, et réussi à réunir des fonds et un jury d’exception.

Nous avons obtenu plus de 50 propositions et primé 5 stratégies différentes. Bien sûr, comme nous n’étions pas maîtres du sol, ce concours n’avait pas la vocation de donner un mandat à qui que ce soit, mais il a été un important détonateur.

«Il nous faut absolument un architecte cantonal»

L’idée d’établir une zone d’activités à Colovrex s’inscrit-elle en prolongement de ce concours?

En effet, le concours de la FAS m’a donné à réfléchir sur les instruments à forger pour y donner suite, une réflexion que j’ai développée seul et sans mandat. En travaillant sur un projet à Genthod, j’avais constaté que l’on disposait au bout de l’aéroport de Cointrin d’un grand replat desservi par la route, le rail et l’aéroport – où se trouvent actuellement les bisons – très propice pour accueillir les activités susceptibles d’être déplacées de la Praille-Acacias-Vernets.

Cela permettrait de libérer des terrains en ville tout en développant de nouvelles synergies entre Genève, Vaud et Ferney-Voltaire. J’ai présenté cette idée lors d’un débat culturel à l’espace Attitudes auquel j’étais invité. Je n’ai jamais, par la suite, essayé de la promouvoir mais on m’a beaucoup sollicité à ce sujet. Je n’étais pas vendeur et c’est peut-être justement ce qui a fait le succès de ce projet auquel, si je ne m’abuse, l’Etat de Genève s’intéresse encore.

On parle souvent de Genève comme d’une ville où rien n’est possible, où la moindre tentative de changement se heurte aussitôt à des oppositions. Qu’en pensez-vous?

Je crois qu’il nous faut absolument un architecte cantonal – nous sommes l’un des seuls cantons à ne pas appuyer sa politique de planification sur cette fonction – afin de réintroduire la culture du projet dans les services de l’Etat et réussir à faire travailler ensemble des gens qui ne se parlent plus.

On a besoin de quelqu’un qui fonctionne plus comme un curateur que comme un créateur, qui sache communiquer et mettre en place des processus garantissant une qualité culturelle aux projets. A mes yeux, en effet, seule la culture a une valeur politiquement transversale. Elle seule permet de dépasser les clivages d’une politique partisane qui place dos à dos ceux-là mêmes qui devraient œuvrer ensemble à développer les infrastructures qui nous font aujourd’hui cruellement défaut.



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Tags: Charles Pictet, Distinction romande d'architecture 2010, Genève, EPFL, DRA II, Diablerets,

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