Vous demandez-vous pourquoi des teintes se retrouvent simultanément sur les podiums, en design industriel ou dans la cosmétique? Pourquoi des matériaux sont mis en avant par les créateurs ou comment des phénomènes culturels deviennent des tendances?
La réponse tient dans les mains d’une petite poignée de personnes. Analystes des courants émergents, grands gourous du style, les bureaux de tendance dictent les modes à l’échelle planétaire et font la pluie et le beau temps sur ce que nous aimerons demain.
Parmi ces grands prêtres du style, il en est un d’un nouvel ordre. Un concept novateur se nichant à Londres, dans une étroite maison de briques rouges de l’ouest londonien, au coeur du quartier huppé de Marylebone. Dans une ambiance de fourmilière en ébullition se tient le siège mondial de la société Stylus, lancée en septembre 2010 par Marc Worth, pionnier des médias online.
Big Brother des courants émergents. Affairés derrière leurs ordinateurs, sillonnant Londres à la recherche de sources d’inspiration; basés à New York, Los Angeles, Tokyo, São Paulo et Buenos Aires, les 80 employés, correspondants et contributeurs de Stylus déploient leur toile et créent l’air du temps en compilant compulsivement images et informations de spécialistes dans différents domaines de la création.
Mode, beauté, design, habitat, couleurs, industrie, gastronomie, événements culturels, urbanisme, tourisme... Rien n’échappe à l’oeil acéré de Stylus, véritable Big Brother des courants émergents. Délibérément à contre-pied des bureaux de tendances conventionnels s’adressant essentiellement à l’industrie de la mode par le biais de carnets d’inspirations mainstream, la société londonienne cherche à atteindre tous les secteurs où prend corps un processus créatif: de l’industrie automobile au commerce de détail, en passant par la mode, les institutions financières, l’architecture d’intérieur et l’électronique.
«A l’heure actuelle, il est complètement obsolète de ne penser qu’à un seul secteur à la fois, explique Marc Worth, directeur de Stylus. Dans un monde totalement interconnecté, où tout le monde a accès facilement à l’information, on ne peut imaginer se couper d’autres sources d’inspiration.»
Boule de cristal pour économies substantielles. L’objectif de Stylus est clair et incroyablement complexe à la fois: comprendre les tendances à l’échelle globale, mais dans la perspective du consommateur. Une plongée dans l’inconscient collectif débouchant sur une analyse aussi vertigineuse que transversale. Un vertige stimulant, certes, mais qui a un prix. La taxe d’inscription à cette bible online s’élevant à 10 000 livres par an (13 300 francs). Pas de quoi toutefois effrayer les entreprises qui, de surcroît, réaliseraient d’importantes économies grâce à la firme anglaise.
«A l’heure où l’internet offre une source inépuisable et globale d’informations, Stylus endosse le rôle de filtre pour les créatifs, en convertissant des tendances pointues en analyses concrètes et commerciales», dixit Marc Worth. Boule de cristal online, la société anglaise permet de prédire – à ceux qui savent le décrypter – ce qu’achèteront les consommateurs, aidant les marques à prendre de meilleures décisions en termes de marketing.
Autre atout: Stylus offre la possibilité de voyager virtuellement dans tous les lieux à la pointe de Las Vegas, Tel-Aviv, Melbourne, Milan ou encore Shanghai. Autant de destinations décortiquées par des insiders trendy, faisant émerger aux yeux du monde entier des lieux tels Le Campari Bar à Bâle, où les fêtes se succèdent durant Art Basel; le Z Hotel à New York, enclave artistique sur l’île de Long Island; ou encore le Blue Lagoon en Islande, centre de wellness devenu icône écologique.
Des découvertes inspirantes, mais aussi une aubaine pour les entreprises qui y trouvent leur compte financièrement: «Pour parvenir à de nouvelles idées, les compagnies dépensent des centaines de milliers de francs pour parcourir le monde. Grâce à nous, ils ont accès, en ligne, à de nombreuses données détaillées et spécialisées sur ce qui se fait ailleurs. Vous imaginez l’économie que cela représente!» argumente Ryan Ross, directeur artistique de Stylus.
Après moins d’une année d’exploitation, Stylus compte quelque 150 clients, parmi lesquels Marks & Spencer, The Conrad Shop, Marriott International, Intel, Columbia, Habitat ou Converse. Et Marc Worth ne compte pas s’arrêter là. Prochaine étape: la Chine, où un bureau de Stylus pourrait voir le jour en 2012. «C’est un marché très important par la qualité de sa création et de son design. Il y a encore dix ans, c’était un pays où l’on faisait essentiellement de la copie. Ce n’est plus du tout le cas aujourd’hui. On se doit d’y être présents.»
Des tendances mais pas d’uniformité. Site en constante mutation, Stylus se pose en précurseur de concepts clés dans différents domaines. A titre d’exemple, la mode de la saison printemps-été 2012 sera notamment axée sur le développement durable et les couleurs neutres, en parallèle au style vintage glamour. L’été 2013 sera inspiré par l’esthétique de la science, le postmodernisme et le cinéma muet.
Voyant s’imposer les couleurs industrielles et métalliques, le rose fluo et une combinaison de matières naturelles et synthétiques. Quant à l’habitat et au design, 2012 confirmera les tendances vintage et industrielle ainsi que la combinaison de différents matériaux: verre, bois, métal, et finition laquée. Changement de décor durant l’été 2013 qui verra nos inté-rieurs se parer de couleurs d’inspiration nomade.
Prescripteurs de tendances, les rapports de Stylus n’ont toutefois pas une vocation de diktats. «Contrairement aux bureaux de tendances conventionnels, poussant les gens à regarder les mêmes choses, nous ne disons pas à nos clients ce qu’ils doivent faire, confirme Ryan Ross.
Nous leur donnons des outils qu’ils peuvent utiliser pour créer leurs propres concepts. Nous cherchons ainsi à générer une certaine forme d’individualité pour éviter que tout finisse par se ressembler.»
Le glas de l’homogénéisation globalisée serait-il en passe de sonner?
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