Vous avez aimé MySpace, Facebook et autre Meetic? Vous allez adorer Chat Roulette. Et si vous détestez ces sites, alors vous abhorrerez le petit nouveau.
Comme ses prédécesseurs, l’essence de Chat Roulette réside dans son nom. Petit exercice de traduction. Sur Myspace vous avez votre espace. Sur Facebook les visages de vos amis forment un drôle de Yearbook. Sur Meetic vous rencontrez l’âme sœur. Et sur Chat Roulette? Vous conversez?chattez, dans le jargon ? façon roulette de casino, sans savoir sur qui vous allez tomber. Depuis la création du site en novembre 2009, ce sont près de 30 000 personnes qui s’y connectent simultanément, 24 heures sur 24.
Sexe et hasard. L’interface du site est pourtant des plus basiques. A droite, un bref mode d’emploi et quelques règles de bonne conduite. A gauche, une colonne avec deux rectangles noirs. On se connecte, on branche sa webcam et soudain les écrans noirs s’animent. En bas, votre image. En haut, celle d’un interlocuteur, choisi au hasard par Chat Roulette. «Ce côté aléatoire rappelle certains logiciels qui permettent d’envoyer des photos ou des SMS à des personnes au hasard, relève Olivier Glassey, sociologue à l’Université de Lausanne. Comme une métaphore de la bouteille à la mer.»
L’idée est séduisante. Mais si chaque connexion permet à la bouteille d’être ramassée, celle-ci retourne très souvent ? et très vite ? dans les flots. Un visage apparaît, mais on a à peine le temps d’en distinguer les traits que l’on a été zappé (ou «nexté», comme on dit sur Chat Roulette). Et à force, on finit aussi par zapper son interlocuteur à une cadence affolante, rejetant ces brèves relations dans les limbes de l’internet.
Images-chocs. «En un sens, il faut abandonner son amourpropre à l’entrée du site, observe Olivier Glassey. La violence des commentaires, des insultes et du dénigrement est aussi forte que les images choquantes sur lesquelles on peut tomber.» Car si Chat Roulette est initialement dévolu aux conversations filmées, chaque visite offre son lot de vignettes- chocs, de masturbations masculines en gros plans à des images extrémistes en passant par des vidéos sexy faites pour piéger l’internaute.
Une situation qui amène aujourd’hui à une levée de boucliers de la part des parents et des politiques, soucieux de protéger les plus jeunes de ces contenus peu ragoûtants. Mais ce n’est peut-être que la pointe de l’iceberg. A moyen terme, le vrai danger de Chat Roulette pourrait bien être l’usage que font certains internautes des images de ceux qu’ils ont piégés.
Déjà sur YouTube on retrouve des vidéos issues du site. Et là, difficile de défendre son droit à l’image. «Chat Roulette ne présente pas de conditions générales d’utilisation, explique l’avocat valaisan Sébastien Fanti. De plus, si un utilisateur ne respecte pas le droit d’un autre utilisateur, il est quasiment impossible de l’identifier et donc de se retourner contre lui.»
Brassant exhibitionnistes patentés ou du dimanche, curieux ou amateurs de speeddating, Chat Roulette révèle les pires tendances des utilisateurs, mateurs et zappeurs à la fois. Un succès grandissant que n’imaginait pas son créateur, un jeune Russe de 17 ans.
Sa «créature» lui a échappé, jusqu’à créer un nouveau mode de réseau social, royaume de la communication-kleenex. Reste que les vieilles habitudes ont la dent dure. Des sites de petites annonces ont déjà fait leur apparition, histoire de permettre aux utilisateurs de Chat Roulette de retrouver leur interlocuteur d’un instant. Un paradoxe de plus sur la Toile...
«EN UN SENS, IL FAUT ABANDONNER SON AMOURPROPRE À L’ENTRÉE DU SITE.» Olivier Glassey, sociologue à l’Université de Lausanne
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