Qu’elle est jolie, cette villa de La Côte, sur la photo de l’annonce! Mais il sera difficile de faire baisser son prix, plus de 2,9 millions de francs pour 6 pièces et une piscine. En sortant la grosse artillerie pour tenter d’affaiblir le franc au début d’août, la Banque nationale suisse (BNS) a donné une nouvelle impulsion à la hausse des prix de l’immobilier.
L’institut d’émission a livré deux armes aux vendeurs. La première est la mise à disposition de davantage de liquidités: 90 milliards de plus à la disposition de l’économie. La seconde est la compression du loyer de l’argent. En cherchant à amener le taux d’intérêt Libor au plus près de zéro (contre une cible de 0,25% précédemment), la BNS atteint un niveau historiquement bas. Autrement dit: les fonds mis sur le marché atteignent des sommets pour des coûts au plancher.
Bien que cette politique soit destinée aux investisseurs internationaux avides de francs, «le risque existe que les liquidités se dirigent en fait dans l’immobilier suisse, contribuant à élever les prix», s’inquiète Kurt Stoll, de KPMG à Berne. De fait, les experts s’attendent à une progression moyenne des prix des maisons de 4% à 5% dans les 12 mois, en droite ligne de la tendance observée jusqu’à présent, en dépit des risques de plus en plus visibles de ralentissement de l’économie.
Malgré les incertitudes sur l’emploi, le public pourrait quand même se laisser tenter par l’achat d’un logement. Spécialiste du financement hypothécaire à Lausanne, Stéphane Defferrard souligne que «deux critères seulement permettraient de limiter la progression des prix: une hausse des taux d’intérêt ou une augmentation importante de l’offre de logements. Or, on n’en prend pas le chemin.»
Du coup, «dans des régions très demandées comme Genève ou Nyon, les prix pourraient encore bondir de 10% à 15%», anticipe Jérôme Félicité, directeur général de la société de gérance et de courtage Gérofinance-Dunand à Genève. De quoi accroître les inquiétudes de la BNS elle-même, qui craint que le marché ne se mette à commettre des excès?
«Si la hausse se poursuit, nous pourrions nous trouver dans une situation à risques», a prévenu au début d’août l’économiste Matthias Holzhey, responsable de la tenue de l’«indice de bulle immobilière» à UBS.
Risques. Pour tenter de diminuer les prises de risques, la Finma, l’autorité de surveillance des marchés financiers, a durci l’application de sa réglementation. Elle a notamment précisé la règle des 20% de fonds propres que chaque acheteur doit apporter pour financer l’achat d’un bien. Par conséquent, les banques se montrent un peu plus prudentes lors de l’octroi des prêts. Du coup, certains courtiers en immobilier ont créé leurs propres services de financement.
C’est, par exemple, le cas de Gérofinance. Dans une lettre envoyée en juillet à des propriétaires immobiliers susceptibles de vendre leur bien, le courtier souligne que son service ad hoc «permet une étude rapide et sur mesure pour nos clients acheteurs.
Ceci est un réel confort qui évite de se heurter aux réticences des banques.» Interrogé sur ce point, Jérôme Félicité précise que sa société ne prodigue pas ellemême de financement – elle n’en a pas le droit – mais négocie directement avec les banques pour obtenir des conditions plus favorables pour les acheteurs. Sa société n’est de loin pas seule sur le créneau. Des dizaines d’intermédiaires s’activent sur ce marché.
Et si les taux remontent? Et si la Confédération décide de durcir drastiquement les conditions de crédit pour éviter la création d’une bulle immobilière? «Cela peut engendrer un choc sur le marché immobilier indigène», s’inquiète Kurt Stoll. Mais impossible de dire si le prix de la villa mise en vente sur La Côte retrouvera des niveaux plus modestes, et encore moins quand.
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