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Edito
Chères lectrices, chers lecteurs,

Par Alain Jeannet - Mis en ligne le 21.12.2011 à 11:15

L’année du grand basculement... Ce pourrait être, à l’avenir, l’expression usitée par les historiens quand ils évoqueront 2011. Douze mois qu’ils compareront sans doute à 1989 et à l’implosion du monde communiste. Avec cette différence qu’il s’agit, cette fois, d’une transformation en quatre ou cinq dimensions et transmise en direct et en multimédia sous toutes ses facettes, à l’entier de la planète.

L’immolation du jeune Tunisien Mohamed Bouazizi qui provoque les soulèvements dans le monde arabe et la chute des dictateurs. L’horreur du réveil de Fukushima. Les jeux d’ombres à Moscou et Pékin. Une crise de la dette qui révèle une gouvernance politique et économique au bord du burn-out, des deux côtés de l’Atlantique. Le taux d’incertitude monte en flèche. Et les leaders répètent au diapason le même refrain: je n’ai jamais rien vécu de pareil.

Comme s’ils se préparaient à une année «Titanic», cent ans après le méga-accident du navire mythologique. Les images de violence obscène sur la place Tahrir refroidissent, c’est vrai, les espérances démocratiques. Les chrétiens d’Orient ont choisi l’exode par millions. Au Liban, le patriarche de l’Eglise maronite Mgr Béchara Raï parle d’«épuration ethnique».

LES DIRIGEANTS RÉPÈTENT AU DIAPASON : JE N’AI JAMAIS RIEN VÉCU DE PAREIL . FAUT - IL SE PRÉPARER À UNE ANNÉE “TITANIC ”?

La Chine, qui tirait la croissance mondiale, commence elle aussi à avoir des ratés. Les suppressions d’emplois dans les usines mettent le régime sous pression. Comme la chute des prix de l’immobilier où la nouvelle classe moyenne avait placé ses économies. Ces tensions et la vitalité des réseaux sociaux nourrissent une opposition impensable il y a peu – on parle de «révolution des pivoines». La Chine tangue, pour reprendre l’expression de Guy Sorman.

La contestation ne faiblit pas non plus aux Etats-Unis. Que les militants d’Occupy Wall Street ne fassent pas de propositions structurées, c’est une réalité. Ce mouvement a pourtant l’immense mérite d’envoyer un message clair: ça ne peut plus durer.

Si le rêve américain est bien vivant sur l’île de Silicon Valley, il s’étiole dans le reste du pays. Les Apple, Google, Facebook et autres Amazon inventent peut-être l’avenir numérique du monde et transforment en profondeur les sociétés. Dans le même temps, les Etats-Unis se révèlent parfaitement incapables de réparer leurs ponts, leurs routes, leur système de santé, leurs écoles...

Surtout, les inégalités ont atteint un seuil qui ridiculise le contrat états-unien et met en danger la démocratie. On connaît les chiffres, ils méritent d’être répétés: entre 1979 et 2006, la classe moyenne américaine a vu son revenu augmenter de 21%. La classe défavorisée de quelque 11%. Alors que le pour cent le plus riche a profité d’une hausse de 256%.

Les Indignés de Wall Street ont un but qui est aussi, au final, le meilleur des programmes: enrayer le déclin social et empêcher le retour au Moyen Age sous la poussée des marchés financiers.

L’Union européenne donne aussi une bien déroutante image d’elle-même. Et l’on sait que les années qui viennent iront forcément de pair avec une refonte des systèmes sociaux. En ce sens, les déclarations des politiciens français sur l’âge de la retraite, à commencer par le candidat François Hollande, manquent encore de réalisme et de courage.

Une France qui apparaît comme particulièrement fragile: aujourd’hui, la part du secteur secondaire dans la création de richesses n’est plus que de 12,5%. Elle se situe désormais derrière l’Angleterre et l’Espagne.

Il existe deux Europe: celle qui laisse partir, sans rien tenter, ses usines en Asie. Et celle qui défend sa base manufacturière, comme l’Allemagne et les pays scandinaves. Jusqu’ici, la Suisse a appartenu à cette deuxième catégorie. Mais le franc fort et l’essoufflement annoncé de l’industrie pharmaceutique nous incitent à la vigilance.

On comprend que le négoce des matières premières et leur financement par les banques suisses vont jouer un rôle crucial. Parce qu’il faudra remplacer les emplois perdus dans la gestion de fortune. Genève est ainsi devenue un carrefour du trading, comme en témoigne le développement au bord du Léman du géant azéri SOCAR.

Une société qui assure par ailleurs 30% de l’approvisionnement de la Suisse en pétrole brut. Le négoce des matières premières est un secteur d’activité fort prometteur. Il comporte toutefois de sérieux défis éthiques et un risque politique.

Pour la Suisse, 2012 c’est surtout le passage à l’acte post-nucléaire. Et l’élaboration d’une feuille de route réaliste. Il aurait été irresponsable de ne pas prendre la décision de fermer les centrales atomiques. Il serait tout aussi déraisonnable de ne pas tout mettre en oeuvre pour assurer la sécurité de l’approvisionnement du pays, sur la durée.

Planifier à temps la construction de centrales à gaz, une énergie de transition incontournable – quelques fermes d’éoliennes ne suffiront pas à remplacer le courant nucléaire. Investir massivement dans la recherche et le développement des nouvelles technologies – les hautes écoles sont dans les starting-blocks, mais il leur manque encore quelques centaines de millions pour accélérer le mouvement.

Enfin, pour L’Hebdo, 2011 aura été l’année de ses 30 ans. Un anniversaire célébré par la publication, en octobre, d’un numéro très spécial, qui dessinait déjà en 30 reportages quelques-uns de nos futurs possibles. Dans la présente édition, qui vous accompagnera jusqu’au 5 janvier, nous concluons par un grand quiz sur les meilleurs moyens de sauver le monde, ces prochains mois. Une façon ludique, dans un océan peuplé d’icebergs menaçants, de vous présenter nos voeux les plus chaleureux. Et de vous remercier de votre fidélité. Nous espérons la mériter encore bien audelà de 2012.




Tags: Edito, Alain Jeannet,

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Réaction de JuanPablo
le 02.01.2012 à 08:55
30 ans déjà.... Je me souviens du premier numéro et...
 
Réaction de evo
le 28.12.2011 à 19:02
Je souhaite également une belle 31ème année à toute la...
 



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