SOCIÉTÉ
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > SOCIÉTÉ >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

Chessex, le professeur

Par Chantal Tauxe - Mis en ligne le 19.10.2009 à 16:45

De 1969 à 1996, l’écrivain a enseigné au Gymnase de la Cité à Lausanne. Témoignage.

Août 1978. Je suis au Gymnase de la Cité, classe 1D22. Une classe de filles qui ont choisi langues modernes, comme on dit alors, c’est-à-dire l’italien. Pour deux ans, notre professeur de français sera Jacques Chessex. Bruissement d’admiration et de crainte. Etudier la littérature française avec un écrivain, quel privilège! Mais côtoyer un grand homme dont on susurre, à Lausanne, qu’il peut être rugueux suscite un peu d’appréhension.

Jacques Chessex nous initie d’abord à Maupassant et nous parle très vite de Flaubert. Nous étudierons aussi Baudelaire, Verlaine, Malraux, Constant, Voltaire, Yourcenar… Je mesure notre chance: Chessex parlait des écrivains avec une telle familiarité, une telle connaissance de leur œuvre et de leur vie, qu’on avait l’impression qu’il en avait été l’ami intime, le confident, et qu’il nous conviait en son salon pour nous donner les dernières nouvelles.

Une classe de filles est toujours un microcosme particulier. Parfois, Chessex se moque de nous, de nos fous rires d’adolescentes, il nous traite de «chèvres», sans que cela nous vexe, référence sans doute à la beauté des cabrioles, plutôt qu’à nos aptitudes intellectuelles. Car il a à cœur notre image de jeunes filles sérieuses. Il nous conseille un jour: «Quand vous traversez la cour de l’Ancienne Académie, serrez bien vos piles de livres contre vous, on pensera que vous êtes appliquées.» Longtemps, j’ai porté mes livres comme dans une étreinte, ce geste de protection de ce qu’on possède de plus précieux, ce geste qui est naturel lorsqu’on devient mère, et que j’avais reçu de Chessex comme un rempart. Quel meilleur bouclier dans la vie, contre sa propre timidité ou les agressions extérieures, que l’usage quotidien des livres!

En début d’année, il nous dicte une liste des écrivains qu’il faut avoir lu, du Moyen Age à nos jours, une sorte de viatique, une manière de nous lancer dans le monde avec un bagage minimal.

Chessex, le professeur, est très soucieux de nous faire partager sa passion de la littérature. D’un ton doux, serein et souverain, il guide nos découvertes. Il encourage chez celles qui en manifestent l’envie l’écriture. Je conserve pieusement les dédicaces et les petits mots qu’il m’a offerts pour m’inciter à manier la plume. Je crois lui devoir le goût du mot juste, scintillant au milieu d’une phrase ordinaire, l’exigence de la pépite stylistique qui sauve un texte de la pure banalité.

Chessex est pour moi un professeur extraordinaire, mais il a ses têtes. Gare à celles qui ne sont pas dans ses petits papiers. Il peut se montrer féroce, odieux, injuste. Il joue parfois avec nous comme un chat avec des souris, tantôt matois, le regard perçant, tantôt le coup de griffe cinglant.

Samedi à la rédaction, une collègue me propose de rédiger quelques lignes sur le thème J’ai été l’élève de Chessex. Je trouve ce titre présomptueux, nous sommes plusieurs centaines. Il a surtout été mon professeur. Pas un professeur qui apprend des choses, mais un professeur qui élève, c’està- dire qui porte ses étudiants plus haut, élargit leurs horizons, les conduit dans d’autres dimensions, leur apprend à aimer l’abîme, à jouir des vertiges.

Avec les écrivains qui nous grandissent, le mot «fin» n’existe pas. Je veux donc ici me souvenir d’une citation du Dictionnaire philosophique de Voltaire que Chessex scandait souvent avec une distance amusée pour conclure un propos: «Tout est bien.»

IL JOUE PARFOIS AVEC NOUS COMME UN CHAT AVEC DES SOURIS TANTÔT MATOIS, LE REGARD PERÇANT, TANTÔT LE COUP DE GRIFFE CINGLANT.



Dossier 'Littérature'
LIVRE. Sándor Márai, au coeur de la douleur (15.12.2011)
LIVRE. Ananda Devi: La rage et le sucre (07.12.2011)
ARCHITECTURE. Geninasca Delefortrie: l’architecture en questions (30.11.2011)
DAVID FOENKINOS. Une coqueluche littéraire française (30.11.2011)
Anthologie. Un parfum d’histoires (23.11.2011)
Livre. Ces très chers objets du désir (23.11.2011)
Art. Mentors et protégés (16.11.2011)
Entretien avec David Bosshart. «Dire non au “toujours plus” sans renoncer au bonheur» (16.11.2011)
Beau livre. De belles histoires de bêtes (09.11.2011)
Livre. Les larmes du Canadian Pacific Railroad (09.11.2011)
Livre. Bit-lit, la romance sanglante (09.11.2011)

Dossier 'Canton de Vaud'
EXPOSITION. Sorcellerie, une odeur de roussi (15.12.2011)
URBANISME. Des logements à côté du musée (15.12.2011)
DANSE. B & B & B (07.12.2011)
INTERVIEW. André Kudelski: "La Suisse ne s’est pas encore réveillée" (23.11.2011)
PORTRAIT. Guy Parmelin: le pleutre patelin (23.11.2011)
ARCHITECTURE. Centre des congrès: le joyau de l’EPFL (23.11.2011)
Tournée mondiale. Les sœurs de la miséricorde (16.11.2011)
Spectacle. Montreux Comedy Business (16.11.2011)
Terre de fantasmes. Ile de Pâques (16.11.2011)
Nouvelle formule. «Montres passion», changements à l’heure (16.11.2011)
Ernest Biéler. En route vers les sommets (26.10.2011)



Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


SOCIÉTÉ
Parti de Payerne, Solar Impulse s'est posé dans la nuit à Madrid
Solar Impulse a franchi sans encombre la première étape de son premier vol intercontinental. Parti jeudi matin à 08h24 de...
SOCIÉTÉ
Parti de Payerne, Solar Impulse s'est posé dans la nuit à Madrid
Solar Impulse a franchi sans encombre la première étape de son premier vol intercontinental. Parti jeudi matin à 08h24 de...
SOCIÉTÉ
Tous les finalistes connus - la favorite Loreen s'est qualifiée
La représentante de la Suède Loreen Keystone
Les femmes donneront le ton samedi à Bakou en finale de l'Eurovision. La grande favorite, la Suédoise Loreen, s'est qualifiée...
SOCIÉTÉ
Travail.Suisse: le congé paternité fait lentement son chemin
Les parents bénéficient toujours plus de congés lors de la naissance d'un enfant (archives) Keystone
Même si le congé paternité a peu progressé depuis l'an dernier, l'enquête annuelle de Travail.Suisse montre que les employeurs publics...


SOCIÉTÉ
 C’est donc cela, la solution? A 29 ans, se recouvrir d’un voile noir pour marcher dans la rue, comme le montrent les photos volées prises par Paris Match cette semaine?
C’est donc cela la réponse à la douleur, à l’abandon, aux coups, aux insultes? Diam’s, tu disais que tu ne...
SOCIÉTÉ
 Image brouillée
Les paresseux dans mon genre sont ravis de constater que le commentaire politique est un exercice qui gagne chaque jour...
SOCIÉTÉ
 «M’approcher de lui a été un cadeau»
«Regardez, d’ici on voit la place et ceux qui la traversent, mais nous ne croiserons personne de votre monde ni...
SOCIÉTÉ
 La paix intérieure
Jacques était comme une montagne à l’aube d’un grand jour, quand un versant baigne encore dans les mystères et les...
SOCIÉTÉ
 L’esprit aérien de Jacques Chessex
Jacques, je le pensais immortel. Depuis vingt ans que je le connaissais et que, à la suite d’Yves Berger, je...
SOCIÉTÉ
 Ces jours, j’imagine mon enterrement…
L’unique fois où je dînai avec le messager, l’été entrait par bouffées dans la salle des banquets du Buffet de...
SOCIÉTÉ
 L’éternel fumet du scandale
Du romancier Hervé Bazin, qui soulignait son âge en tentant de le dissimuler, Jacques Chessex m’avait dit un jour: «Il...
SOCIÉTÉ
 Jacques, Maître Jacques, ne vois-tu rien venir?
Il marchait pieds nus, comme un vivant. Il avait le regard bleu délavé d’une vieille âme morte mille fois. Le...
SOCIÉTÉ
 ÇA ALORS! LES FEMMES GÈRENT LEUR ARGENT
Je vous l’annonce avec ménagement, car c’est apparemment une découverte de la Harvard Business Review qui avait échappé aux grands...
SOCIÉTÉ
 beLa crédibilité perdue des scientifiques
Où est donc passée cette satanée grippe A? Ce virus H1N1 tant redouté qui aurait dû nous clouer au lit...
12