JEAN-PIERRE PASTORI
Chevalier des arts vivants

Par Julien Burri - Mis en ligne le 10.10.2012 à 13:06

Fraîchement nommé président de la Fondation Béjart Ballet Lausanne, Jean-Pierre Pastori vient de publier un livre somme sur l’Opéra de Lausanne aux Editions Favre. C’est d’abord un critique renommé, récompensé par le prix Pierre et Louisa Meylan l’an passé, et décoré chevalier de l’Ordre des arts et des lettres en 1999. Fondateur des Archives suisses de la danse, on lui doit une histoire de la danse en deux volumes chez Gallimard, dans la collection Découvertes, ainsi que des monographies sur Serge Lifar, Maurice Béjart, Patrick Dupond... C’est aussi un homme médiatique (ancien directeur-rédacteur en chef de la télévision lausannoise TVRL), et un gestionnaire. Depuis 2008, il dirige la Fondation du château de Chillon et bénéficie, au sein de la vénérable bâtisse, du réputé «plus beau bureau du canton», avec vue plongeante sur le Léman. A 63 ans, travailleur acharné, il dort cinq heures et demie par nuit et carbure aux baies de goji et au ginseng. «Le professionnalisme avant tout, l’amusement en prime!» Dans son havre berlinois, il prépare une biographie de Robert Piguet, couturier suisse oublié qui forma notamment Dior et Givenchy.

 

SES AMIS

GIANNI SCHNEIDER Il aime le côté «virevoltant et péremptoire» du metteur en scène lausannois.

BRIGITTE WARIDEL La cheffe du Service des affaires culturelles du canton de Vaud est «une femme généreuse, drôle et entière. Une très grande amie».

ANNE-MARIE PHILIPPE Journaliste, rencontrée à TVRL. «J’adore son optimisme de battante, son ouverture d’esprit!»

PIERRE KELLER Ils entretiennent une complicité plutôt qu’une amitié. Parfois orageuse. Il faut dire que l’ancien directeur de l’Ecal conspue allégrement la danse. «Je me suis brouillé avec lui, embrouillé, débrouillé… Mais nous nous sommes toujours retrouvés, parce qu’il est fidèle en amitié. J’admire son esprit d’entreprise, d’initiative, son réseau. Son côté infatigable et bon vivant. Il est très critique envers tout le monde, mais sensible et vite atteint. Ce n’est pas un homme fait d’une pièce, froid», estime Jean-Pierre Pastori. Pierre Keller lui renvoie le compliment: «J’ai toujours apprécié son professionnalisme et sa fidélité en amitié. Il a des idées très arrêtées, pointues, et n’aime pas qu’on soit en désaccord avec lui. Par exemple, il m’arrive de plaisanter sur le pape et la religion, et il déteste ça. C’est quelqu’un que l’on découvre petit à petit, avec le temps. Une personnalité riche. Très exigeant avec lui-même.»

 

SES BETES NOIRES

JÉRÔME BEL Certains chorégraphes, comme le Français Jérôme Bel, n’ont pas ses faveurs. «La non-danse, c’est trop conceptuel. Un délire verbal. Tout ce que je déteste!»

MAGUY MARIN Il n’a pas aimé les dernières productions de la Française. «Dans ses spectacles, il n’y a quasiment plus de danse. A ses débuts, elle a produit des chefs-d’œuvre. Maintenant, hélas…»

 

SES REFUGES

BERLIN Son quartier préféré, le Charlottenburg. Il connaît la ville depuis longtemps, mais vient d’y acheter un appartement, préférant délaisser Paris. «J’y passe un week-end par mois. J’y bénéficie de ce que je ne trouve nulle part ailleurs: une offre culturelle très importante, à commencer par la Philharmonie et le Staatsballett, ainsi qu’une présence forte de la nature, en pleine métropole!» Là-bas, il aime travailler dans les bibliothèques, en particulier à la Kunstbibliothek, près de la Potsdamer Platz. «Le service est efficace. Alors qu’a Paris, tout est compliqué!»

LE VALAIS Il possède un appartement à Champex. «Le contact avec la nature m’est indispensable, un bain de jouvence, même si j’y travaille beaucoup. J’y trouve la tranquillité nécessaire pour écrire mes livres pendant le week-end.»

 

SES RELAIS DANS LE MILIEU DE LA DANSE

CHARLES GEBHARD Le président du conseil d’administration de Bobst aime le ballet. Ancien président du Prix de la danse de Lausanne, il préside la Collection suisse de la danse (née des Archives suisses de la danse, fondées en 1992 par Jean-Pierre Pastori).

ALFIO AGOSTINI Le rédacteur en chef du magazine trilingue Ballet 2000 à Turin estime qu’il est le meilleur critique de Suisse. «Je le croise à Londres, à La Havane, à Saint-Pétersbourg... Partout où on peut voir des chorégraphies de qualité! Son écriture est à la fois pointue et grand public.»

 

SES PAIRS

GLORIA CAPT Députée au Grand Conseil vaudois, présidente du Musée suisse de la mode d’Yverdon et avocate. «Il m’a approchée pour me proposer d’écrire un livre sur Robert Piguet, grand couturier suisse méconnu auquel nous avions consacré une exposition au musée. On connaît peu de chose sur ce couturier, qui a fondé sa maison à Paris en 1933 et formé Christian Dior ou Hubert de Givenchy. Jean-Pierre Pastori a dû faire des recherches poussées. C’est un homme intelligent, crocheur et tenace. Impressionnant, et intimidant au premier abord. Je crois qu’il est motivé par la quête de beauté, d’épure, de grâce et d’équilibre. Que ce soit dans la danse ou l’œuvre de Piguet. Il est ému par la beauté.»

ANDRÉ LOCHER Le vice-président de l’Association des châteaux vaudois (présidée par Jean-Pierre Pastori), trouve que ce dernier fait merveille à Chillon. «Il est arrivé sans idées préconçues, ce qui lui donne la possibilité d’innover et de proposer des choses auxquelles ses prédécesseurs n’ont peut-être pas pensé. C’est un homme ouvert à la discussion et qui vient avec des idées. Ensuite, il se donne les moyens de les réaliser.»

 

SES REPERES

ANNE-CATHERINE LYON La cheffe du Département de la formation, de la jeunesse et de la culture du canton de Vaud est aussi présidente de la Fondation vaudoise pour la culture, où il siège. «Elle est d’une intégrité complète et d’une grande humanité. Une travailleuse acharnée. Pour moi, c’est une référence, même si je ne suis pas socialiste!»

CLAUDE RUEY L’ancien conseiller national est président de la Fondation du château de Chillon. Les deux hommes ont étudié ensemble à l’Université de Lausanne. Ils se sont également rapprochés dans le cadre de la Fondation vaudoise pour la culture, présidée à l’époque par Claude Ruey. «Un véritable président à la forte personnalité, qui ne laisse pas les choses aller à vau-l’eau.»

GIL ROMAN Le chorégraphe et directeur artistique et Jean-Pierre Pastori collaborent très étroitement depuis sa nomination cette année comme président de la Fondation Béjart Ballet Lausanne. «J’ai une immense estime pour Gil, un grand talent.»

 

SES ALLIES

PIERRE-MARCEL FAVRE Son éditeur, avec qui il a publié dix livres, dont une monumentale histoire de l’Opéra de Lausanne. «Je l’apprécie beaucoup, c’est un esprit très entreprenant. Il a publié certains livres, dont je suis fier, alors qu’il savait d’avance qu’ils ne seraient pas des succès commerciaux. Et c’est un fou de Chillon. A peine nommé à mon poste de directeur, il me proposait déjà de publier un album sur le château.»

MARIE-CLAUDE JEQUIER Pour l’ancienne cheffe du Service de la culture de la ville de Lausanne (qui a soutenu les Archives suisses de la danse, qu’il a créées), c’est «un homme assez délicieux. Il est très curieux et va jusqu’au bout des choses. Généreux de son temps, il est un peu secret. Ce n’est pas un défaut. Il reste pudique, et même si l’on partage beaucoup, il reste en lui des territoires secrets. Mais cela ne l’empêche pas de dire ce qu’il pense!»

ÉRIC VIGIÉ Le directeur de l’Opéra de Lausanne, «que j’admire, est un artiste, mais aussi un meneur d’entreprise. Très amusant, avec ça!»

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