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Par Luc Debraine - Mis en ligne le 12.09.2012 à 13:27 |
«La tuerie des Alpes: comment la presse française a enterré l’affaire», titrait le 10 septembre le quotidien The Guardian à Londres. C’était cinq jours après l’affreux drame de Chevaline en Haute-Savoie, qui a vu trois membres de la même famille britannique et un cycliste français mourir sous les balles d’un tueur. De fait, les différences de traitement et de méthode entre les deux presses nationales ont été impressionnantes. Et pas à l’avantage des médias français. Au lendemain du drame survenu le mercredi 5 septembre, les journaux britanniques saturaient leurs unes avec l’événement. A Paris, Libération y consacrait un court article en page 14. Le Figaro faisait de même en page 8. Ce n’est que le vendredi, lorsque le malheureux cycliste arrivé au mauvais endroit au mauvais moment s’est avéré être Savoyard (une information donnée, relevons-le, par la presse locale) que le massacre a commencé à gagner de l’espace médiatique en France. Les journaux régionaux et le quotidien Aujourd’hui (la version nationale du Parisien) mettaient enfin le quadruple assassinat en couverture.
LES JOURNAUX BRITANNIQUES DICTAIENT LE RYTHME. EUX À L’AVANT, LES FRANÇAIS À L’ARRIÈRE.
Pendant ce temps, en termes d’informations, la raclée était sévère. Alors que le procureur de la République d’Annecy se refusait à identifier le père de famille tué, les médias britanniques donnaient le nom de Saad al-Hilli, de sa femme Iqbal, de ses deux filles survivantes et bientôt de sa bellemère. La photo de Saad al-Hilli était rapidement publiée. Mieux encore, malgré l’interdiction de survoler le lieu du crime, le Daily Mirror et le Sun faisaient équipe pour louer un hélicoptère et photographier le break BMW des Al-Hilli dans la forêt, au-dessus du lac d’Annecy. Les chaînes BBC, Sky News et ITV recourraient, elles aussi, à un hélicoptère pour filmer les lieux. En revanche, obéissant à l’interdiction, les médias français s’abstenaient d’utiliser le même procédé, à l’exception de Paris Match, toujours pugnace en pareilles circonstances. Un peu médusée par l’agressivité et l’efficacité britannique, la presse française se montrait plutôt admirative. Même si Aujourd’hui relevait que son homologue se «déchaînait» contre la France et critiquait à l’envi les méthodes naïves de la gendarmerie. Laquelle a perdu huit heures avant de découvrir la plus jeune des deux fillettes en vie, blottie sous sa mère à l’arrière de la voiture familiale. The Telegraph évoquait, cruel, «le côté mortel de la France profonde», relevant que la sécurité n’était plus assurée dans la première destination touristique mondiale. Certes, à l’exception de magazines comme Paris Match, les médias hexagonaux ont moins la culture du fait divers que leurs collègues britanniques. Mais, en contradiction avec leur réputation crapoteuse, depuis l’affaire Murdoch, les journaux de sa Majesté ont fait ici étalage d’un impressionnant professionnalisme. Habitués à travailler en équipe en cas de coups durs, organisés, rapides, les reporters british sont aussi agressifs. Au matin du 6 septembre, le maire de Chevaline se plaignait de recevoir dix appels par heure, en majorité de Grande-Bretagne. Cette efficacité dans le feu de l’action n’empêchait pas les fausses informations de circuler, comme le fait que Saad al-Hilli était surveillé par les services secrets de l’île. Mais les tabloïds et quality papers dictaient le rythme de l’information, eux à l’avant, les médias français à l’arrière. Cela n’a pas toujours été le cas. Dans les années 50, à l’époque de l’affaire Dominici (l’assassinat sauvage d’une famille britannique en Haute-Provence), la presse française avait été autrement plus efficace, n’hésitant pas à envoyer l’écrivain Jean Giono au procès du principal accusé. Autre temps. Autre presse? |









