Romands, vous croyiez être de vrais Suisses? Détrompez-vous, vous n’êtes que des Suisses de l’extérieur. A Ernen, un village de 540 habitants dans la vallée de Conches où les maisons de bois sont aussi sombres qu’anciennes, on est soit un Valaisan, soit un Usserschwyzer (Suisse de l’extérieur). Et encore.
«UN “USSERSCHWYZER” EST UN “USSERSCHWYZER”.» Une habitante d’Ernen
L’expression concerne principalement les autres Suisses alémaniques, même si certains villageois collent l’étiquette à tous les non-Valaisans, Romands compris.
L’Usserschwyzer typique vient de Berne, de Zurich, ou de Bâle, salue en disant «Grüezi» au lieu de «Guete Tag», une caractéristique extrêmement comique qui lui vaut en plus le surnom moqueur de «Grüezeni». Les ressortissants de cantons montagnards s’en sortent mieux. Un Uranais est un Uranais, pas un Suisse de l’extérieur.
Connotation négative. Si la plupart des habitants d’Ernen affirment que l’expression est uniquement géographique, il est difficile d’en savoir plus, car ils ne parlent pas volontiers de ce sujet. La réponse de cette vieille femme qui arrose ses légumes est éloquente: «Un Usserschwyzer est un Usserschwyzer.» Punkt schluss.
Le directeur des Services industriels Willy Clausen, qui est né et a grandi à Ernen, admet que le terme peut aussi avoir une connotation négative. «C’est le premier argument utilisé pour discréditer un nouveau venu qui voudrait changer les habitudes locales. – De quoi se mêle-t-il, cet Usserschwyzer?», imite-t-il, en prenant une grosse voix ronchonne, fronçant les sourcils sur ses yeux rieurs. Pourtant, il assure que les habitants aiment beaucoup les nouveaux arrivants «pour autant qu’ils veulent bien s’intégrer».
«Il ne faut pas venir faire la loi ici» prévient en souriant Markus Hänni, le président de l’Office du tourisme d’Ernen, d’origine bernoise. «Les gens se méfient au début, mais si on se comporte correctement, on finit par être accepté», dit-il en buvant son Rivella.
Aldo Herzog, propriétaire d’un café à Mühlebach (un village avoisinant) et venu de Zurich confirme: «Il faut prendre part activement à la vie de la commune, s’engager mais sans vouloir changer les choses.» «Grüezi!» Des touristes viennent d’arriver. Il sourit et va prendre la commande.
L’intégration a été plus difficile pour d’autres. Un entrepreneur agraire de Suisse centrale établi depuis vingt ans à Ernen, témoigne: «Au début, c’était dur. C’est mal vu d’acheter du terrain ici quand on n’est pas du coin. Les gens ont peur ou sont jaloux. On a saboté plusieurs fois mes terres, on m’a empoigné par le col au village. Ici, il y a des clans familiaux rivaux depuis des générations.»
Et maintenant? «Les gens ont fini par m’accepter. Certains ne me saluent toujours pas quand je les croise. Je pense que je me serais plus vite intégré si j’avais été plus souvent boire l’apéro à la Stammtisch, mais ce n’est simplement pas mon truc.»
Malgré ce parcours difficile, il se sent maintenant accepté. Pourtant, lors de décisions importantes, «les Usserschwyzer n’ont pas leur mot à dire». Markus Hänni, bien qu’heureux à Ernen, acquiesce et soupire: «On ne sera jamais des indigènes.»
L’identité haut-valaisanne. En repoussant la majorité des Suisse à «l’extérieur», les Hauts-Valaisans se considèrent-ils comme plus Suisses que les autres? «Non. On se sent d’abord appartenir au village, puis au Valais, et enfin à la Suisse», répond Willy Clausen, dont le polo est tout de même orné de la croix helvétique.
Peter Bodenmann, ancien conseiller aux Etats valaisan et hôtelier à Brigue, explique: «Le Haut-Valais a subi une série de défaites, notamment celle du Sonderbund. En 1815, il est forcé de devenir membre de la Suisse. Les Hauts-Valaisans, catholiques et conservateurs, se sont repliés sur eux-mêmes, sur leur identité, contre les protestants.
J’imagine qu’il y a eu ensuite un renversement, et ils se sont affirmés seuls vrais Suisses en désignant les autres comme des Suisses de l’extérieur. Les perdants s’approprient la nation: regardez l’UD C.» A Ernen, pas besoin d’étiquette politique: les élus sont hors partis.
Et pendant ce temps...
Thomas : Genève - Avec la jeunesse dorée de la rive gauche
A Cologny, Thomas est allé questionner des jeunes de la rive gauche lors d’une soirée privée dans une villa. La conversation s’anime: «L’image qu’on a de nous ne représente pas la réalité» s’exclame Matthieu. «Bien sûr qu’on a de l’argent, mais on fréquente aussi d’autres milieux. Ici, par exemple, on est plusieurs à jouer au foot à Choulex.» L’agacement se fait sentir. «On connaît la valeur de l’argent.»
Manon : Vaud - Rencontre entre extraterrestres
A La Rippe ou à Moudon, Manon redécouvre son canton. «Comment pouvons-nous vivre dans une petite région et avoir des quotidiens si différents? La question s’est posée lors d’une rencontre entre «deux extraterrestres», pour reprendre les termes de Caroline Berlie, mon interlocutrice. Cherchant à rencontrer une jeune agricultrice, l’Association des paysannes vaudoises m’a transmis le numéro de cette jeune femme.»
Raphaël : Boltigen - Far West Bernois
Musique rock’n’roll, motards et voitures américaines, une coiffure à la façon Elvis, ou encore un festival nommé Run to the Hill pour célébrer «les instincts primitifs qui sommeillent au fond de nous». Raphaël ne pensait pas découvrir ça dans le village bernois de Boltigen. Un village, comme lui confie Chrigu, où «t’as les folkloriques, les death metal, les traîtres qui sont partis vivre ailleurs et le Memphis King’s Club.»
Caroline : En randonnée avec des Chinois
Caroline commence son tour de Suisse par deux jours de randonnée au-dessus de Kandersteg (BE), avec un groupe de doctorants chinois de Zurich. «A 14 h tapantes, nous sommes sur le chemin de randonnée, comme prévu sur la feuille de route où je comprends les horaires et les lieux indiqués au milieu de signes chinois. J’en profite pour discuter, avec chacun, de leurs perspectives, en essayant de ne pas m’essouffler en les suivant.»
Suivez nos blogueurs-voyageurs au quotidien www.hebdo.ch/blogtrotters
| Dossier 'Canton du Valais' | | |
Tags: Blogtrotters,
|