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BIOTECH Fondée en 2001, la Beijing Sinovac Biotech Company a mis l’an passé sur le marché «le premier vaccin contre la grippe H1N1 approuvé dans le monde».
Peter Parks / AFP Photo

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Chine, future grande puissance biomédicale

Par Elisabeth Gordon - Mis en ligne le 10.11.2010 à 15:11

REPORTAGE. Après avoir longtemps copié les produits occidentaux, la Chine se tourne résolument vers l’innovation et consacre d’énormes moyens à développer le biomédical. Les entreprises occidentales du secteur ont du souci à se faire.

Avec ses bâtiments sans âme dispersés dans un immense parc, l’Université Tongji ressemble à bien des facultés occidentales. Mais il suffit, à l’heure du repas, de naviguer en car dans la foule de jeunes juchés sur de vieux vélos pour réaliser que nous sommes en Chine.

A Shanghai plus précisément, dans un établissement centenaire qui ne compte pas moins de 55 000 étudiants (sept fois plus que l’EPFL). Jusqu’ici spécialisée dans les sciences de l’ingénierie et l’architecture, l’institution s’est, depuis peu, lancée dans les sciences de la vie.

«Nous avons une vision, de l’ambition et des dirigeants déterminés», souligne Anyou Wang. Et le doyen de la coopération internationale de l’université d’enfoncer le clou: «Notre objectif, dans une première phase allant de 2008 à 2010, était de développer le secteur du biomédical. Pour la période 2010-2015, il est d’y exceller.»

Les propos d’Anyou Wang sont emblématiques. De Shanghai à Beijing, les chercheurs comme les chefs d’entreprise affichent une même détermination. Tournant résolument le dos aux traditionnelles pratiques de la copie, tous ont mis le cap sur la création et l’innovation.

Sous l’impulsion de leurs gouvernements respectifs, ils comptent hisser leur région – et leur pays – au rang de leader dans le secteur de la pharma, des biotechnologies et des technologies médicales. Non seulement pour répondre aux énormes besoins de la population, mais aussi pour partir à l’assaut des marchés étrangers. Et il est inutile de se voiler la face, la Chine dispose d’énormes moyens pour atteindre son objectif.

«Il faut venir en Chine pour constater la vitesse à laquelle le pays se développe. En quelques années, il est passé du milieu du XIXe au XXIe siècle», constate Jean-Marc Tissot, le président de Biopôle, un parc technologique dédié aux sciences de la vie situé à Epalinges, sur les hauts de Lausanne.

La société, qui a déjà établi de nombreux partenariats avec des établissements chinois (lire en page 17), a donc organisé, à l’intention des représentants de quelques petites et grandes entreprises suisses romandes du secteur, un voyage à Shanghai et à Beijing auquel L’Hebdo était convié.

Le centre médical de l’Asie. Un panneau lumineux affiche la vitesse qui atteint des pointes de 430 kilomètres à l’heure. Le Maglev, ce train à sustentation magnétique qui relie l’aéroport international shanghaien de Pudong à la station de Long Yang Road, parcourt quelque 30 kilomètres en un peu plus de sept minutes.

Un symbole de la vive allure à laquelle roule la Chine. Mais il ne s’agit là «que de la partie visible de l’iceberg», souligne Jean-Marc Tissot. Dans le domaine de la recherche et du développement (R&D), le pays a aussi enclenché la vitesse supérieure.

Il suffit de s’éloigner de vingt kilomètres du centre de la cité et du Shelter ou d’autres de ses bars branchés, pour s’en convaincre. A l’issue d’un trajet au travers d’une campagne encore relativement vide – mais pour combien de temps? – le visiteur pénètre dans la Shanghai International Medical Zone (SIMZ).

Ce parc technologique consacré, comme son nom l’indique, au secteur biomédical est l’un des plus réputés de la région. Bien qu’il ne soit pas le plus grand, il occupe malgré tout un terrain de 13,2 km2 – à titre de comparaison, celui du Biopôle est de 0,08 km2! Encore en développement, il accueille déjà 300 sociétés petites et grandes – dont la moitié sont étrangères, à l’instar de Siemens ou d’Eli Lilly – dans lesquelles travaillent environ 10 000 personnes.

Et ce n’est qu’un début. Lorsque le projet sera achevé, en 2015, son président, Huang Jun, estime que le parc pourrait abriter «environ mille sociétés» qui y établiront leurs centres de R&D ou leurs unités de production. Hébergeant en outre un centre hospitalier international, un centre international de réhabilitation, ainsi que des zones consacrées à l’enseignement, le SIMZ ne cache pas sa vocation de devenir le centre médical de l’Asie.

Ce sera «un paradis pour l’innovation et l’entreprenariat», selon son directeur, Raymond Li.

Tous les services possibles. Alors qu’à Shanghai, les firmes se consacrent essentiellement au medtech, à Beijing, elles se tournent plutôt vers la pharma classique et les biotechnologies. Il est vrai que l’industrie pharmaceutique de la capitale est florissante: entre 2003 et 2009, sa valeur brute à la production a fait un bond de 15,30% et des profits de 37,4%.

Bien que concurrentes à bien des égards, les deux mégalopoles ont cependant un point commun: on y retrouve le même gigantisme et la même volonté de mettre les bouchées doubles pour permettre la création et le développement de sociétés locales et attirer des firmes étrangères.

En témoigne le Beijing Pharma and Biotech Center (BPBC), un incubateur d’entreprises créé en 1996, qui fait tout pour «faciliter l’installation des compagnies à Beijing», comme le souligne Ning Ning, la responsable du transfert de technologies. La plateforme ne manque d’ailleurs pas de moyens, puisqu’elle dispose d’un budget pour cinq ans de 30 milliards de yuan (plus de 4 milliards de francs), en grande partie fourni par le gouvernement local.

Fondé beaucoup plus récemment – il a été inauguré en septembre dernier, toujours à l’instigation du gouvernement de la capitale – le Beijing Innovation & Commercialization Service Platform (BICSP) s’est lui aussi donné pour mission de promouvoir l’innovation et la création.

Dans les box disposés dans une de ses salles, les inventeurs peuvent exposer leur idée. Si cette dernière est considérée comme innovante, le BICSP offre «tous les services possibles, y compris dans les domaines commercial, marketing et financier, pour transformer le projet en produit commercialisable», précise le directeur général, Li Yunan.

Premier vaccin. Avec de tels soutiens, les développements sont menés tambour battant. La start-up de Beijing Sinovac Biotech Company en offre un bon exemple. Fondée en 2001, elle s’est déjà fait une bonne réputation dans le domaine des vaccins en mettant sur le marché, l’année dernière, «le premier vaccin contre la grippe H1N1 approuvé dans le monde», comme le souligne son directeur qui ne cache pas ses ambitions.

«J’AI ÉTÉ SÉDUITE PAR LA BEAUTÉ DU PAYSAGE SUISSE.» Qi Yi Qing, CEO de Kery Bio-Pharma (première société chinoise installée au Biopôle).

«Nous avions deux objectifs: mettre à la disposition des enfants chinois des vaccins de qualité internationale et fournir au monde des vaccins chinois.» Et lorsqu’il précise que «Nous avons atteint le premier d’entre eux et nous sommes en passe de parvenir au second», on ne peut s’empêcher de penser que les producteurs européens de vaccins ont du souci à se faire.

Période de transition. Il reste que, globalement, les laboratoires et entreprises chinoises du secteur biomédical n’ont pas encore atteint le niveau de leurs concurrents occidentaux. La preuve en est que 95% des médicaments (hors des produits issus de la médecine traditionnelle) fabriqués dans le pays sont des génériques, ce qui ne dénote pas de la part de l’industrie pharmaceutique un réel talent pour l’innovation.

Toutefois, signe que les choses bougent, les Chinois semblent vouloir en finir avec les contrefaçons dans le domaine des hautes technologies. «En 1997, quand je suis revenu en Chine après avoir travaillé aux Etats-Unis, on m’a demandé si je rapportais un produit à copier, explique Le Sun, le CEO de AbMax Biotechnology à Beijing.

En 2000, lorsque je me suis établi en Chine, on m’a demandé si j’avais un brevet qu’il était possible d’acheter. Les Chinois ne sont pas stupides. Ils ont compris qu’ils doivent protéger leurs inventions s’ils veulent attirer des investissements.»

Un commentaire que confirme André Roland, associé gérant de l’entreprise lausannoise portant son nom et qui est spécialisée dans la protection de la propriété intellectuelle. «Maintenant qu’elles se lancent dans l’innovation, elles comprennent mieux l’intérêt qu’il y a à ne pas être copiées. Le pays est actuellement dans une phase de transition; on y observe une réelle volonté politique de respecter le jeu.»

En revanche, au niveau du contrôle de la qualité, les laboratoires et entreprises chinois ont encore du chemin à faire pour respecter les standards internationaux, tant dans la R&D que dans la production. Ning Ning reconnaît que, dans ce domaine «nous avons encore un déficit. Mais, ajoute-t-elle, nous sommes en train de le combler.»

Beauté des paysages. Pour parvenir plus rapidement à rattraper son retard, la République populaire compte donc beaucoup sur l’Occident. Ses chefs d’entreprise attendent surtout de leurs partenaires étrangers qu’ils leurs apportent leur «expertise», qu’ils les «informent de l’état du développement» de leur secteur d’activité et, bien évidemment, qu’ils les aident à pénétrer les marchés internationaux.

Force de frappe. Autant dire que les visiteurs européens sont bien accueillis, et tout particulièrement ceux qui viennent de Suisse. Nos hôtes ne tarissent pas d’éloges sur ce pays. «La surface de Beijing et celle de la Suisse ont des formes analogues, précise Lei Ting, vice-président de la plateforme BICSP.» Sans compter que les montagnes et les lacs helvétiques ont séduit nombre de Chinois.

Lorsque, attablés devant un canard pékinois, on demande à Qi Yi Qing, CEO de Kery Bio-Pharma – première société chinoise installée au Biopôle – ce qui l’a frappée lors de ses voyages dans notre pays, elle dit avoir été séduite par «la beauté du paysage». Mais audelà de ces compliments qui ne semblent pas feints, c’est surtout leur réputation qui vaut aux entreprises biomédicales helvétiques d’être courtisées.

«De nombreux amis apportent beaucoup de lumière.» C’est par ce proverbe chinois que Lei Ting, le vice-président du BICSP accueille la délégation suisse, avant de préciser: «Notre plateforme peut offrir tous les services et tous les supports pour les échanges.» Le président du SIMZ, Huang Jun, tient le même discours, lorsqu’il nous prie de «faire passer ce message aux compagnies suisses: il suffit de nous dire ce que vous voulez et on le fera».

Tout est bon pour favoriser les transferts de technologies. Une volonté légitime du côté chinois, mais qui n’est pas sans présenter de risques pour les entreprises occidentales. La Chine possède en effet d’énormes ressources financières et humaines – elle dispose de nombreux jeunes diplômés que viennent renforcer les chercheurs partis à l’étranger puis revenus au pays.

Sans compter un soutien sans faille des gouvernements central et régionaux. Avec une telle force de frappe, elle devrait pouvoir rapidement rattraper, et même dépasser, ses concurrents occidentaux.

Dans ces conditions, venir installer des centres de recherche ou des usines en Chine, n’est-ce pas tisser la corde pour se pendre? Les dirigeants des entreprises suisses qui étaient du voyage ont conscience du risque et beaucoup ont fait le déplacement pour se faire une idée plus précise de la situation de la Chine dans leur domaine d’activité.

A l’instar de Riccardo Nisato, directeur du Manufacturing de Stemedica International, une petite entreprise installée au Biopôle et produisant des cellules souches adultes, qui est à la recherche «d’éventuels partenaires ou collaborations». Ou encore de Philippe Fehlbaum, directeur de la technologie chez Greatbatch Medical à Orvin (Jura Bernois), firme spécialisée dans le matériel orthopédique, qui dit être venu «en éclaireur».

Quant aux firmes qui ont déjà mis le pied en Chine, elles restent prudentes. Ferring, multinationale pharmaceutique dont le siège est à Saint-Prex (Vaud), a déjà implanté une unité de production à Beijing et envisage d’installer un centre de recherches dans la capitale.

Non parce que «les coûts sont plus bas qu’ailleurs», souligne Marianne Kock, la senior viceprésidente, mais parce que «c’est le seul moyen d’obtenir des instances de régulation chinoises les autorisations de mises sur le marché de nos produits». Pour éviter toute concurrence déloyale, la compagnie a toutefois préféré se passer de partenaires chinois.

Le directeur financier de Mymetics, Ronald Kempers, affiche la même circonspection. Même si la start-up du Biopôle qui fabrique des vaccins a confié à un institut de Beijing certaines études, «on ne fournit pas tout notre savoir-faire».

Alors, faut-il ou non avoir peur de la Chine? «Oui et non», répond Jean-Marc Tissot, en rappelant qu’il y a quelques années, «on pensait que les fabricants japonais de voitures allaient tuer l’industrie automobile occidentale, ce qui n’a pas été le cas». Le marché chinois est gigantesque «et l’on se doit de ne pas le négliger, dans l’intérêt économique de la Suisse».

C’est aussi l’avis de Mourad Nemra, le vice-président du parc technologique vaudois: «Il vaut mieux monter dans le wagon pour aller à la même vitesse que les Chinois que rester sur le quai en se disant qu’ils vont nous dépasser.»

Quoi qu’il en soit, devant cette montée en puissance de la République populaire, «les entreprises helvétiques sont condamnées à innover, constate André Roland, et à toujours avoir une longueur d’avance». Sous peine de perdre leur suprématie dans le secteur biomédical.


Pharmacie

Recettes modernes pour la médecine traditionnelle

Surmonté d’une haute verrière, le hall a la forme d’une immense serre, bordée de chaque côté par des ateliers fabriquant des médicaments traditionnels. L’entreprise Tong Ren Tang est l’une des plus vieilles pharmacies chinoises. Créée il y a quelque quatre cents ans, elle a fourni des décoctions à huit générations d’empereurs.

Aujourd’hui, installée dans un bâtiment fonctionnel aux environs de Beijing, elle vend ses produits à la population chinoise et à celles d’Asie du sud-est. Si les procédés de fabrication ont été en partie automatisés et modernisés – le micro-onde a par exemple remplacé le feu pour sécher les graines – l’entreprise utilise toujours ses recettes ancestrales qu’elle protège jalousement pour transformer les plantes médicinales en granules ou en gélules.

Un quart des médicaments vendus en Chine sont issus de la médecine traditionnelle chinoise. Le pays n’a pas l’intention de renoncer à ce créneau dans lequel il a un quasi-monopole, mais il souhaite désormais allier la tradition et les biotechnologies pour développer «la médecine chinoise traditionnelle moderne».

C’est là l’une des propriétés affichées par l’Université Tongji, à Shanghai. Son Collège de médecine dispose d’une réserve naturelle de trente-trois hectares dans la province du Zhejiang, au sud de la grande métropole, où sont cultivées différentes plantes médicinales.

L’objectif de ses chercheurs est de décrypter l’ADN de ces végétaux, d’extraire de ces derniers les principes actifs et, comme on le fait avec les médicaments occidentaux, d’en tester les effets sur des animaux. Lei Xue, professeur de génétique, a ainsi confirmé que le ginseng n’avait pas usurpé sa réputation de plante de jouvence, puisque cette racine «allonge de 30% la durée de vie des mouches du vinaigre».

Quant au service de bioinformatique du collège, qui a un projet de collaboration avec Novartis Chine, il dispose d’une banque de données unique en son genre: quelque 10 000 substances issues de 1500 plantes, y sont répertoriées, de même que leur activité pharmaceutique. De quoi permettre l’élaboration d’une kyrielle de nouveaux médicaments.


Parc technologique

Biopôle sinophile

C’est un signe qui ne trompe pas. Lorsque le Biopôle a été inauguré, en juillet dernier, une délégation de la municipalité de Beijing a participé aux festivités. Régulièrement, d’ailleurs, des responsables de centres de recherche ou d’entreprises de la République populaire viennent visiter le parc technologique dédié aux sciences de la vie et situé à Epalinges, sur les hauts de Lausanne.

Bien que de petite taille et encore en développement, la structure a résolument tourné ses regards vers le géant asiatique. «Notre objectif est d’attirer des sociétés chinoises dans notre parc et d’aider les entreprises de la région lémanique à établir des contacts avec cette grande puissance émergente», souligne Jean-Marc Tissot, le président de Biopôle. «Nous souhaitons que chaque pays offre à l’autre une vitrine», ajoute son vice-président, Mourad Nemra.

Pour ce faire, le Biopôle bénéficie du réseau tissé de longue date par Mourad Nemra, qui a déjà fait «des dizaines de voyages» dans l’Empire du Milieu.

Et ce n’est sans doute pas un hasard s’il s’est assuré de la collaboration de Chinoises, Li Ya Ju et Xu Xiao Yan, toutes deux possédant une solide formation en sciences de la vie, et qui – l’une en France et l’autre à Shanghai – l’aident à établir les contacts. Même l’assistante du bureau d’Epalinges, Ting Marciacq, est d’origine chinoise; bien pratique pour accueillir les visiteurs venant de son pays.

Rien d’étonnant, dans ces conditions, à ce que le Biopôle collabore déjà avec des établissements situés dans les trois régions de Chine dont le développement est le plus avancé.

La société vaudoise a déjà signé des accords de partenariat avec des parcs technologiques comme la Shanghai International Medical Zone (SIMZ) et – ces derniers jours – avec celui de Bio Island à Canton, mais aussi avec l’université shanghaienne de Tongji ou encore avec la plateforme de transfert de technologies, le Beijing Pharma and Biotech Center (BPBC).

Elle a d’ailleurs aussi profité d’un accord cadre de coopération signé, il y a quelques jours, par une délégation vaudoise dans la province de Jiangsu, au nord de Shanghai, pour tisser des liens avec le parc technologique de Suzhou. Gageons que le Biopôle ne va pas en rester là.



Dossier 'Recherche médicale'



Tags: Chine, Biotech, biomédical, Université Tongji, Medtech, Biopôle,

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