Chirac, agent de Gazprom?
L’ancien président français pourrait présider le consortium du gazoduc South Stream, comme Gerhard Schröder Nord Stream.
GAZ. La Russie est en passe de réussir un coup de maître. Alors que l’Union européenne tente d’assurer son indépendance gazière en planifiant la construction du pipeline Nabucco (lire L’Hebdo du 4 juin 2009), le géant de l’Est rallie un à un les poids lourds à son projet concurrent, les gazoducs Nord et South Stream. L’Allemagne d’abord, dont les compagnies possèdent 49% des parts du futur tube de la Baltique et qui voit son ancien chancelier Gerhard Schröder en présider le consortium. L’Italie, ensuite, où ENI détient également la moitié des parts du gazoduc de la mer Noire.
Le 26 novembre, ce sont les Français qui ont succombé au charme des sirènes russes. Vladimir Poutine a fait le déplacement à Paris en compagnie du président de Gazprom Alexey Miller et obtenu des compagnies EDF et GDF qu’elles entrent à hauteur de 10% dans les capitaux de South et de Nord Stream, respectivement.
Cela, c’est la version officielle. Dans les coulisses de la délégation russe, le correspondant de Kommersant a appris que Poutine désire placer Jacques Chirac à la tête du consortium de South Stream, ce qui en ferait l’alter ego de Gerhard Schröder. Les ex-présidents français et russe entretiennent d’excellents rapports, se donnent du «tu» et ont dîné ensemble le 28 novembre. On ignore si Vladimir Poutine a verbalisé sa proposition.
La reconversion des anciens chefs d’Etat de l’Ouest en agents de Gazprom s’explique tant par un génie stratégique que par une familiarité entre les trois hommes. En 2007, Gerhard Schröder et Jacques Chirac avaient passé des vacances dites privées dans la résidence de Vladimir Poutine, à Sotchi. Puis, en juin 2008, le jeune président Dmitri Medvedev avait décerné à l’ami français le «prix d’Etat» russe. Chirac acceptera-t-il ce rôle, connaissant les foudres que s’était ainsi attirées Gerhard Schröder? Peu importe. Seule certitude: Nabucco est mort dans l’œuf.
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