Choix d'actifs: La boussole du risque
Budgets risques. Une nouvelle méthode de construction des portefeuilles alloue un budget maximal à chaque risque.
L’aversion au risque est une nouvelle donne de la psychologie des investisseurs avec laquelle les professionnels de la gestion de fortune vont devoir composer. Au point de mettre le risque au cœur de leur réflexion sur l’allocation d’actifs? Certains ont déjà franchi ce pas. A l’instar de François-Serge Lhabitant, professeur de finance et directeur de Kedge Capital, fonds gérant la fortune d’une famille. Il a exposé sa méthode lors d’une conférence institutionnelle organisée à Lausanne par Wegelin & Co., banquiers privés, à l’intention des caisses de pension de Suisse romande.
Son équipe de gérants procède à l’inverse des méthodes classiques de diversification des actifs, censées limiter les pertes en tenant compte à la fois des rendements historiques des différents placements et de leurs corrélations. Or, au plus fort de la crise des marchés financiers de 2008-2009, cette protection s’est avérée illusoire. Les hedge funds, présentés comme visant une performance absolue et ne réagissant pas de concert avec les actions ou obligations, ont chuté. Tout comme les matières premières ont dégringolé à la fin de 2008; d’autant plus fortement que leurs prix étaient montés en flèche les mois précédents, sur fond de fuite éperdue des épargnants vers des placements dits «refuges».
Définir d’abord le risque. Pour François-Serge Lhabitant, il convient de recenser d’abord les différents risques – de taux, de crédit, de marché, de liquidité, etc. –, puis d’attribuer un budget maximal à chacun d’eux. Ensuite seulement intervient le choix d’actifs: «Une fois défini un budget risque crédit, on recherche la manière la plus efficace de l’allouer en fonction du rendement recherché.»
Et d’oser affirmer que «la gestion classique d’allocation d’actifs ne permet pas de voir les risques». En soulignant: «Pour moi, l’analyse des risques ne doit pas être purement quantitative. Une analyse de risque qualitative de bon sens est aussi utile.» Comme celle qui l’a amené à être négatif sur les actions déjà en 2007, mais aussi «en 2008, 2009 et 2010». Il ne s’interdit pas, en revanche, d’utiliser un levier raisonnable – de 3 – sur des actifs liquides et peu volatils, comme les obligations d’Etats à trois mois.
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