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Votations
Chômage: Lutte des classes ou guerre des générations

Par Tasha Rumley, Renata Vujica - Mis en ligne le 08.09.2010 à 13:19

Le 26 septembre, les Suisses voteront sur la révision de l’assurance chômage pour assainir son déficit annuel de 1 milliard. En cas de «oui», les jeunes et les régions sinistrées par la crise devraient se serrer la ceinture.

Le vote tombe mal. Après deux ans de crise, un taux de chômage au-delà de 4% et la crainte d’une rechute, le Conseil fédéral demande aux Suisses de couper dans l’assurance chômage, le 26 septembre.

«LA PROLONGATION DES INDEMNITÉS POUR LES RÉGIONS EN CRISE PERMET DE TENIR JUSQU’À LA REPRISE.» Gisèle Ory, conseillère d’Etat, Neuchâtel

Le principe de la 4e révision de la loi sur l’assurance chômage (LACI) est simple: à parité, les prestations diminuent et les recettes augmentent, afin d’assainir les 7 milliards de francs de déficit.

La parité s’arrête là. Le durcissement des conditions se focalise sur certains.

Les jeunes d’abord: jusqu’à 30 ans, ils seraient obligés d’accepter un emploi, même sans rapport avec leur formation; les indemnités pour les moins de 25 ans seraient limitées à neuf mois; les juste diplômés n’auraient plus que quatre mois de chômage et devraient en attendre six pour les toucher.

Ce panel de mesures entend pousser la jeune génération à redoubler d’efforts pour décrocher un emploi. «On peut en attendre plus de flexibilité et de mobilité que d’un travailleur de 50 ans», opine Roger Piccand, chef du Service de l’emploi du canton de Vaud.

En revanche, ce durcissement cible la classe d’âge la plus touchée par le chômage (4,1% des 15-24 ans, contre 3,6% tous âges confondus).

Une difficulté à s’insérer sur le marché du travail qui alimente sans doute le cliché du diplômé oisif, peu pressé de travailler.

Cette image fait bondir Simon*. Depuis sept ans, ce spécialiste en gestion des eaux (licence et postgrade) effectue des allersretours entre chômage, stages, emplois temporaires et licenciements économiques.

Bien qu’il ait pénétré des prestigieuses enseignes – CERN, Confédération, cantons et bureaux d’ingénieurs –, Simon retourne sans cesse à la case départ. «Je me pose plein de questions. Ma profession est très pointue, j’hésite à abandonner.»

Chômeur en fin de droit, il s’est donné pour règle de ne jamais finir à l’aide sociale et bosse en remplacement dans les écoles.

Si le Secrétariat à l’économie (Seco) reconnaît que les jeunes sont souvent les premiers licenciés en cas de crise, il justifie ce tour de vis par leur rapidité à rebondir: 79% des cadets retrouvent un travail dans les six mois.

A ce titre, le délai d’attente de six mois pour toucher les indemnités imposé aux diplômés de moins de 25 ans qui n’ont pas cotisé mène à l’absurde.

S’ils mettent moins de six mois à trouver un emploi, mais doivent en attendre six pour toucher les indemnités, la révision les prive du filet juste quand ils en auraient besoin. «On leur retire le parapluie au moment de passer sous l’averse!» image Roger Piccand.

A cela, le directeur du Seco, Serge Gaillard, réplique laconiquement que, «pendant ce délai d’attente, les jeunes auront tout de même le droit à l’aide de l’ORP et aux stages professionnels».

Mais Laurence Aellen n’y croit pas: «Dès le moment où ils n’ont pas droit aux indemnités, ils ne s’inscriront pas non plus dans les officesrégionaux de placement. Donc ils n’auront pas droit aux autres mesures.»

Pour la cheffe du Service de l’emploi neuchâtelois, cette mesure exclut de fait les fraîchement diplômés du chômage.

Les dépenses de l’aide sociale. Un autre groupe est directement pointé par la révision de la LACI: les sans-emploi des cantons sinistrés par la crise, à l’instar de Neuchâtel et du Jura.

Région industrielle d’exportations, l’arc jurassien multiplie son nombre de chômeurs de longue durée. Car l’industrie est le secteur où la reprise se fait le plus attendre.

La suppression de la possibilité de prolonger les indemnisations de 120 jours, autre mesure phare de la révision, affecterait lourdement ces régions.

«La Confédération table sur le fait que les sans-emploi seraient incités à retrouver un travail rapidement. Mais notre taux de chômage actuel est conjoncturel, indépendant de la volonté des demandeurs d’emploi.

La prolongation des indemnisations leur permet de tenir en attendant que l’économie reparte», affirme Gisèle Ory, ministre de la Santé et des Affaires sociales du canton de Neuchâtel.

Si la révision passe la rampe du vote populaire, une grande partie des chômeurs de l’arc jurassien arrivant en fin de droit basculerait automatiquement à l’aide sociale. Ce qui discrédite l’un des buts affichés de la révision, à savoir l’encouragement à la réinsertion.

«Je suis préoccupé pour l’employabilité des personnes qui seront à l’aide sociale. Cette dernière est moins bien outillée en mesures de réinsertion que le chômage. Elle rend l’accès au travail difficile», argumente Philippe Receveur, ministre jurassien des Affaires sociales.

Le basculement vers l’aide sociale provoquerait un autre dommage collatéral: le report des charges sur les cantons et les communes.

Car, contrairement à la caisse de chômage, financée par la Confédération, l’aide sociale est à leur charge. Le montant de ce transfert a été chiffré par le Seco à 98,5 millions de francs par an, soit 16% des économies totales.

Alertés, les cantons ont commandité leur propre étude, à l’Institut Infras. Qui, elle, évoque entre 26% et 45% des épargnes reportées sur l’étage communes et cantons (soit entre 137 et 236 millions de francs).

Ces chiffres alarment les cantons de l’arc jurassien. Selon les estimations du Département neuchâtelois de la santé et des affaires sociales, un «oui» dans les urnes augmenterait de 10 à 13% les dépenses cantonales de l’aide sociale dans le budget 2011.

Pour le Jura, la hausse pourrait atteindre jusqu’à 20%. «Ceci alors même que notre canton présente l’un des taux les moins élevés de bénéficiaires de l’aide sociale du pays», s’indigne Philippe Receveur.

Tous les cantons présentant un fort taux de chômeurs de longue ou de très longue durée ne redoutent pas l’impact d’un «oui», le 26 septembre.

A l’instar de Genève, où le Conseil d’Etat a déposé un projet de loi qui prévoit d’injecter 20 millions de francs supplémentaires pour les sans-emploi de très longue durée.

«Que le chômage coûte à la Confédération ou au canton, via l’aide sociale, n’est pas déterminant. Ce qui compte, c’est que les chômeurs soient réinsérés plus rapidement», estime Bernard Favre, secrétaire général adjoint du Département de la solidarité et de l’emploi.

Dans les cantons de l’arc jurassien, qui disposent de ressources limitées, consacrer tant de fonds aux mesures de réinsertion relève de l’impossible.

Des différences que la révision de la loi sur le chômage ne prend pas en considération. «Les effets collatéraux de cette révision sur les divers contextes cantonaux sont pris en compte de manière insuffisante», conclut Philippe Receveur.

Et les hauts salaires? Que l’assurance chômage nécessite d’être assainie n’est pas contesté. Le refinancement passera soit par la révision ou, en cas de «non» le 26 septembre, par la hausse des cotisations des travailleurs et des employeurs.

Le Conseil fédéral l’a fixée au maximum autorisé, à 0,5% (contre 0,2% selon la révision). «Ce choix de 0,5% est clairement politique, estime Anne Rubin, porte-parole d’Unia. C’est une menace aux citoyens: s’ils refusent la révision, la retenue sur leur salaire sera plus élevée.»

«AUGMENTER DE 0,5% LES COTISATIONS EN CAS DE “NON”, C’EST UNE MENACE AUX ÉLECTEURS.» Anne Rubin, porte-parole d’Unia

En effet, le Seco appuie sans détour sur ce point: «Avec un relèvement de taux si important, les personnes actives verraient leur pouvoir d’achat diminuer davantage qu’avec la révision.»

En réalité, les retenues supplémentaires oscilleraient entre 10 et 30 francs par mois (voir tableau). Mais cette rhétorique place les votants face à un choix fictif entre leur salaire et la solidarité envers les jeunes et les régions sinistrées par la crise.

D’autres solutions étaient possibles, martèle la gauche. L’Union syndicale suisse (USS) appelle à mettre fin au régime des hauts salaires, qui ne cotisent que sur les 126 000 premiers francs à l’assurance chômage.

La révision ajoutera certes 1% de contribution de solidarité, mais il reste hors de question d’introduire la cotisation sur l’entier du revenu. C’est pourtant ce qui se pratique pour l’AVS ou l’AI.

«La question du déplafonnement a été tout de suite évacuée au Conseil national, explique Jean-Claude Rennwald, parlementaire jurassien socialiste.

Payer sur l’entier du salaire, cela marche pour l’AVS, car la retraite attend tout le monde. En revanche, la droite bloque sur la LACI, car le chômage ne touche pas toutes les personnes…»

En 2009, le Seco n’estimait qu’à 320 millions le gain du déplafonnement. Sous la pression d’études réalisées par le KOF (institut de l’EPFZ) et par l’USS, il vient de ressortir sa calculette.

«Nous avons aussi calculé, et on gagnerait 550 millions avec le déplafonnement total, confirme Valentin Lagger, de la Direction du travail au Seco. Mais à cela, il faut retirer 170 millions qui seront de toute façon gagnés grâce au 1% de solidarité prévu par la nouvelle loi.» Des données qui arrivent tard dans la campagne.


Retenues salariales selons les divers moyens de refinancer le chômage

Cliquez sur le tableau pour l'agrandir




Tags: Chômage, votations, 26 septembre,

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Réaction de evo
le 10.09.2010 à 20:58
je ne pense pas qu'il s'agit de conflit de génération,...
 
Réaction de Hans
le 09.09.2010 à 20:37
Je regrette profondément qu'avec ce titre "Chômage: Lutte des classes...
 



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