Rébellion contre Marcel Ospel
Christian Luscher: «Les gens ont bien compris»
INTERVIEW. Pour le conseiller national Christian Luscher (PLR/GE), les Suisses soulignent l’importance de la responsabilité individuelle.
Trois quarts des Suisses souhaiteraient une plainte civile contre les ex-dirigeants d’UBS. Un tel score vous surprend-il?
Je crois que cela signifie surtout que les gens ont parfaitement compris. Ils savent, affaire Swissair à l’appui, que le droit pénal est peu efficace en la matière. Alors qu’une plainte au civil permet justement de toucher les responsables par là où ils ont péché: leur porte-monnaie. Et surtout, ce résultat souligne à quel point il est particulièrement maladroit, de la part de la direction actuelle d’UBS, de demander maintenant la décharge pour ces trois années. Cela alors que nous sommes en pleine discussion sur l’initiative Minder concernant les salaires des hauts cadres, et que beaucoup de gens vivent encore les conséquences de la crise financière…
Cela laisse imaginer qu’il s’agit de protéger les anciens dirigeants avant leur témoignage devant la Commission de gestion, voire la Commission d’enquête parlementaire (CEP). Qu’en pensez-vous?
C’est possible. Mais surtout, c’est le contraire du libéralisme. Précisément parce que l’on cherche à échapper à l’idée de responsabilité individuelle. Je le répète, ceux qui ont amené la banque au bord du gouffre dans leur seul intérêt personnel, devraient payer par là où ils ont fauté.
Un tel sondage peut-il mettre de la pression sur la banque avant le 14 avril?
Je ne suis pas certain qu’il puisse y avoir d’influence. Mais j’observe qu’UBS n’arrête pas de répéter à quel point elle est indispensable au fonctionnement économique du pays. Mais cela porte ensuite à conséquence: par exemple celle d’être, plus que d’autres entreprises, soumise à la critique du public ou du monde politique. Ce dernier aussi a évolué, comparativement au silence sur UBS qui prévalait encore il y a deux ans. Désormais, les députés, dans tous les camps, parlent de la banque avec nettement plus de distance.
Le résultat n’implique donc pas une pique populaire contre le secret bancaire?
Au contraire. Le secret bancaire est un outil auquel les Suisses sont attachés. Mais lorsque des individus utilisent cet outil à mauvais escient, ils doivent assumer. Si la décharge est quand même votée, cela sera cependant une autoroute vers la CEP, à laquelle je suis opposé notamment pour cela: ne pouvant plus rien du point de vue juridique contre les anciens dirigeants, on se retrouvera seulement avec une psychothérapie nationale à une année des élections fédérales. Et un tout petit enjeu politique: la présidence de cette fameuse CEP, qui excite déjà certains députés. Ils y voient une porte vers le Conseil fédéral…
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