Lorsqu’elle a rencontré son mari, Christine Bühler a tout de suite mis les choses au point. «Je lui ai dit que je voulais avoir ma place, mes responsabilités et une certaine indépendance.»
Fille de paysans, Christine Bühler a grandi dans une ferme isolée en Haute-Argovie, entourée de quatre frères et sœurs, d’une tante et d’un oncle qui vivaient avec la famille. Petite, elle voit sa mère «coincée» entre tout ce petit monde.
Lorsqu’elle s’installe à Tavannes, elle veut donc son business. Résultat: elle a sa propre exploitation de volaille, soit plus de 11 000 poulets.
Son chemin jusqu’à la présidence de l’Union suisse des paysannes et des femmes rurales (USPF), elle l’a tracé paisiblement en s’engageant d’abord dans les associations de producteurs de volaille, puis en entrant au comité de l’Union des paysannes du canton de Berne en 2003 et en devenant, trois ans plus tard, présidente de la commission de la politique agricole et des relations publiques de l’organisation faîtière.
Nommée présidente en avril, elle voyage beaucoup à travers la Suisse, à l’écoute des membres des vingt-huit sections cantonales. «Après avoir élevé mes enfants et m’être beaucoup impliquée dans le travail à la ferme, je cherchais quelque chose qui me passionne. J’ai trouvé…»
Sa famille
JEAN-PIERRE BÜHLER
Elle a rencontré son mari lors d’une sortie en discothèque à Berne. Elle avait 20 ans, il en avait 23. Elle venait de Haute-Argovie, lui de Tavannes. «Nous nous complétons très bien. Il a un grand sens technique. Il lui suffit de regarder une machine pour savoir comment elle marche.»
SES FILLES
Doris, 30 ans, biologiste moléculaire à l’Office fédéral de l’agriculture (OFAG), Miriam, 28 ans, économiste qui travaille dans le controlling financier à Neuchâtel et Isabelle, 26 ans, qui a étudié l’économie politique et travaille dans la finance à Zurich. «Je ne suis pas déçue qu’aucune de nos filles ne reprenne la ferme. Aujourd’hui, on ne force plus personne, chacun choisit librement son métier.»
Sa fierté
SAIN ET SAVOUREUX
Sur www.agriculture.ch elle a lancé voici quatre ans «Sain et savoureux - notre savoir faire», un plan de menus hebdomadaires, traduit en français et en italien. Chaque mois, une section cantonale des femmes paysannes donne des idées de recettes avec des produits indigènes et de saison, des recettes équilibrées et approuvées par une diététicienne.
«Nous avons 80 000 visiteurs par mois. Le but est de promouvoir nos produits. Quant au savoir-faire des femmes paysannes en cuisine, il est reconnu.»
Ses pairs
ANNE ROY
Députée PDC au Grand Conseil, elle est également présidente des Paysannes jurassiennes. «C’est une personne qui s’engage, une paysanne fière de ses produits et une femme très sûre d’elle.»
Avec son mari ils produisent également du lait, du biogaz et de l’électricité. «Très engagée et dotée d’esprit d’ouverture, Christine Bühler est assez réaliste à l’égard des défis qui attendent le monde agricole de demain.»
BARBARA DÜRR
La présidente des Paysannes saint-galloises s’est lancée dans l’agrotourisme. «Comme elle a travaillé dans le tourisme, elle et son mari ont cherché un autre créneau que la production.» Avec douze autres femmes de la terre, elle a créé un service de catering (www.baeuerinnen-apero.ch) qui travaille avec des produits du terroir.
«Christine Bühler? Elle n’a pas d’opinions toutes faites et n’impose pas ses idées de présidente de l’USPF. Au contraire, elle est à l’écoute de celles qu’elle représente.»
Son pendant masculin
HANSJÖRG WALTER
Elle porte un regard sévère sur le conseiller national (UDC/TG), président de l’Union suisse des paysans (USP). «Il navigue entre ses mandats politiques et agricoles, il regarde toujours où il peut profiter et nous implique, nous les paysannes suisses, dès que cela sert l’USP. Les femmes sont en lutte avec les hommes de l’USP. Nous, nous ne sommes pas liées à l’UDC et nous essayons de laisser la politique de côté.»
Son exemple
PETER GFELLER
Elle dit du président des producteurs laitiers qu’il fait «un travail très précieux», et que c’est un homme très agréable qui cherche des compromis et est ouvert au dialogue. «C’est pourtant le mouton noir des producteurs eux-mêmes, qui lui reprochent de n’être pas assez ferme.»
Celles qui l'inspirent
RUTH STREIT
C’est l’ancienne présidente de l’Union suisse des paysannes et des femmes rurales (USPF), une Bernoise installée à Aubonne, qui a encouragé Christine Bühler à prendre sa succession après neuf années consacrées à la cause des paysannes.
Ancienne paysanne et vigneronne, celle qui l’a précédée est catégorique: «Christine est une pure. Son but n’est pas d’utiliser cette fonction pour satisfaire des ambitions politiques. Ses qualités? Elle a le sens des priorités et de grandes compétences sociales, les compétences les plus importantes pour ce mandat.»
ELISABETH TRUMMER
La conseillère municipale de Tavannes (UDC) lui a donné le goût de «s’engager au village», soit à la présidence de la paroisse et dans la commission sociale et celle des finances. C’est également elle qui s’occupe des comptes du domaine.
La comptable pense que la nouvelle présidente est «une femme qui a toujours eu une vision. Si elle s’est engagée à la tête de cette organisation, elle va s’investir corps et âme. Ce ne sont pas les cailloux sur le chemin qui vont l’en empêcher…»
AUGUSTA GILLABERT-RANDIN
Elle se reconnaît dans cette paysanne de Moudon – née en 1863 dans une famille de marchands – qui a réussi à améliorer la condition des femmes rurales en prônant, dans les années 20 déjà, l’importance de la formation.
«Elle a compris qu’un domaine agricole doit être mené par un professionnel. C’est autant valable pour l’agriculteur que pour son épouse. Elle était très engagée, elle a même écrit des articles dans la presse agricole, notamment sur la production porcine, ce qui était rare.»
EVELINE WIDMER - SCHLUMPF
«C’est une femme que j’admire. Elle a eu le courage de choisir un chemin difficile et elle continue d’avoir du succès. J’ai l’impression que rien n’est compliqué pour elle. Elle est très pragmatique et a la tête sur les épaules.»
Ceux avec qui elle négocie
MANFRED BÖTSCH
Elle a rencontré le directeur de l’Office fédéral de l’agriculture dans le cadre de son travail à la commission spécialisée pour la politique agricole de l’USPF. Elle a toujours été impressionnée par les talents d’orateur de cet ingénieur agronome et par son honnêteté.
«Il a toujours été à notre écoute. Il ne dit pas “on verra”, il dit ce qui est, c’està- dire si une chose est réalisable ou non. Ce n’est pas agréable sur le coup, mais au moins on sait où on en est.» Le haut fonctionnaire reconnaît à Christine Bühler une capacité d’écoute exceptionnelle.
«Cette faculté lui permet d’intervenir de manière très ciblée. S’ajoutant à sa compétence professionnelle et à son calme, elle est garante d’une grande efficience.»
CHRISTOPHE SCHATZMANN
Ils se sont connus chez Bell alors qu’elle était représentante des producteurs de volaille romands. «Il défendait la cause de Bell, moi celle des producteurs. Je me suis toujours battue pour que leurs marges soient réduites.
Nous ne recevons que quatre francs par poulet.» Si les discussions étaient vives, les deux négociateurs ont toujours fini par «se trouver».
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