Une interview à 23h30, c'est peu commode. Mais quand il s'agit de Christophe, ça ne se refuse pas. Que ceux qui grimacent devant leur écran passent leur chemin. Je ne vais pas m'évertuer ici à tenter de vous convaincre de votre erreur. Il vous suffit d'écouter le nouvel album du Monsieur ou son précédent Comm' si la terre penchait.
Rendez-vous donc dans la chambre d'un palace parisien, à deux pas des Champs Elysées. Une jeune femme m'ouvre la porte. C'est elle qui accompagne Christophe pour ses interviews. Plus tard, j'apprendrais qu'elle a également co-signé plusieurs textes sur le nouvel album du "beau bizarre". Elle m'accueille, me propose une coupe de champagne, pendant que Christophe fini d'installer le Wi Fi sur son ordinateur portable:
- On va se tutoyer, me lance-t-elle. On a presque le même âge. - OK. - Tu es né en 1980. Et tu as écrit un livre aussi. - Deux en fait... Tu m'as cherché sur Google? - Non, j'avais acheté ton roman quand il était sorti. Mais je ne l'ai pas fini. Parce que quelqu'un m'a offert Demande à la poussière de John Fante. Et ça m'a détourné de ton livre.
Plus tard dans la soirée, je comprendrai que c'est Christophe qui lui a donné le John Fante. Le salaud! Mais voilà qu'il s'approche. On se sert la main. Il observe mon enregistreur, me demande conseil sur ce modèle. Il me demande d'où je viens, me parle de Lausanne, du studio du Flon, d'Erik Truffaz et ses musiciens, du café Romand. Puis l'interview commence:
- C’est un drôle d’horaire pour une interview, non? - Je ne crois pas. C’est un peu comme rencontrer un artiste après son concert. Car je ne suis pas en promotion, mais en représentation. La promo, c’est pour les gens qui font un métier, qui sont formatés. Moi je préfère faire des rencontres. Et les rencontres ont leur rythme propre. Dans un sens, c’est une forme de miracle à chaque fois. Après c’est plus chiant peut-être pour le mec qui doit venir à 4 heures du matin (rires). Mais ce sont mes horaires. Ce qui fait aussi que je vais rarement voir des concerts. Trop tôt... - On m’a pourtant dit que vous vouliez aller voir Lou Reed la semaine prochaine. - Ah oui, mais je n’ai pas encore les billets! Lui, c’est le Kid. Sinon, le dernier concert que j’ai vu, n’en parlons pas, c’était Dylan. Mais celui d’avant… à part quelques Français comme Ab Al Malik… enfin, c’était David Bowie. - Pourquoi ne pas parler de Dylan? - Parce que ça ne m’a pas intéressé. Du tout. - Si vous n’allez pas voir de concerts le soir, c’est parce que vous travaillez? - Non. Je compose tout le temps. Et pas tout le temps aussi. Enfin, quand je ne compose pas, j’ai d’autres passions qui nourrissent ma création. Comme pour tout créateur, ça se passe ailleurs. Je ne suis pas un faiseur de chansons. - Quels sont ces autres passions? - Il y avait les voitures. Mais on m’en a privé en me retirant mon permis de conduire. Comme ma collection de films en copies originales. Parce qu’on n’a pas le droit de les collectionner. Ils appartiennent aux distributeurs, qui les achèvent une fois qu’ils sont trop abîmés pour être diffusés dans les cinémas. J’avais trouvé un moyen de les récupérer. Mais un jour la police a tout confisqué. Alors maintenant je me contente de projeter des DVD sur mon mur. Ça ne vaut pas le 35 mm, son odeur, son faisceau lumineux… - Votre nouvel album commence avec la voix d’Isabelle Adjani et se termine par la liste des musiciens lue par Daniel Filipacchi, l’animateur de Salut les copains. Vous vouliez le construire comme un film? - C’est comme ça que je l’ai pensé, oui. Et j’ai l’impression que ceux qui l’ont écouté le ressentent ainsi. Donc j’ai réussi mon coup. Le projet aurait pu dévier vers autre chose, mais beaucoup de petits miracles m’ont fait rester dans la ligne. - Si Aimer ce que nous sommes est un film, quelle histoire raconte-t-il? - Difficile de le résumer ainsi, parce que j’y adopte plusieurs positions. C’est un film avec de la musique et des dialogues, mais pas d’images. L’inverse d’un film muet. Avec une construction purement instinctive, au jour le jour. Ou à la nuit à la nuit (rires). Certaines parties sont aussi plus bancales. Elles représentent des incidents esthétiques.
Un instant de silence. Se remémorer l'album. Son départ cotonneux, presque en terrains connus et soudain l'incident esthétique. Un titre. It Must Be A Sign. Comme un gouffre musical, un opéra post-moderne. De ceux qui séparent un grand musicien d'un simple musicien.
- C'est ce qu'on ressent à l'écoute de It Must Be A Sign, par exemple. - Vous aimez ce morceau? - Oui. La première fois, il m'a fait un choc, m'a donné des frissons incroyables, quand le chœur d'enfants entre à la fin... - Je suis content. Vraiment.
Il se tait un moment, puis commence à raconter cette chanson incroyable.
- Je ne devrais pas le dire, mais j'ai commencé à enregistrer mes voix pour cette chanson sur un Mini Disc. Après, j’étais chez mon frère en 2003. Je travaillais sur mon album. Et ma nièce – sa fille – qui avait 13 ans et qui était très branchée musique me disait toujours: "Tonton..." Enfin non, elle ne m’appelle pas tonton. Elle me dit Christophe. Et elle me disait "Christophe, tu peux me mettre la vieille dame". C’est en fait un extrait d’une interview de Denise Colomb. Après, il y a le chœur avec les petits Andalous. Mais c’est Denise Colomb qui a été le point de rencontre de tout le reste. Je voulais faire quelque chose autour de cette femme qui m’avait touchée. Et un jour en rentrant chez moi, je travaillais au piano, j’ai trouvé une mélodie et je me suis dit "ça y est, c’est là-dessus qu’elle va!" Et là, la chanson a pris sa dimension. Mais ça a pris du temps, des années. Et c’est pour ça que j’ai choisi d’appeler ça It Must Be A Sign. Parce que c’est très surréaliste. D’ailleurs, c’est la première fois que je chante un vrai texte en anglais. C’est tordu. C’est comme Phantom Of Paradise de Brian De Palma.
Silence. Rebondir. Vite. Ou non. Pas besoin. Le silence n'est pas gênant. On a le temps. C'est unique. Une nouvelle bouteille de champagne arrive. Marie-Pierre Chevalier - c'est le nom de la femme qui accompagne Christophe - me propose une piscine.
- Une piscine? - Comme dans l'interview pour Le Monde 2. Du champagne avec des glaçons. - Ah... - Comme ça on a l'impression de boire plus. Mais on est moins vite ivre. - C'est ce qu'il serve en boîte de nuit, complète Christophe.
Va pour une piscine. Mon champagne quitte sa flûte pour un plus grand verre. Et les glaçons sont livrés à la pelle en métal. Christophe, lui, en reste à la flûte:
- Même si j'aime bien le grand verre.
On trinque. On boit. Je redémarre.
- Sur Aimer ce que nous sommes, on passe de passages bancals à des titres plus accessibles. Comme Tonight, Tonight, par exemple. Un morceau qui peut évoquer le Christophe des années 80, mais qui rappellent aussi la chanson des Bugles, Video Killed The Radio Stars, en reprenant son "Wow Wowow" vers la fin. C'est une forme d'hommage? - En fait, c'est Debbie Ross, la choriste des Bugles qui chante sur ce titre. Elle est devenue photographe et je l'ai rencontrée comme ça, en lui achetant des photos de David Bowie. De fil en aiguille, je lui ai proposé de travailler sur l'album. Et c'est comme ça qu'on arrive à ça. Un petit miracle. Elle refait ce petit bout de Video Killed The Radio Stars, mais la citation n'était pas intentionnelle. Quant à Trevor Horn, le leader des Bugles, il fait partie des producteurs avec lesquels j'aurais aimé travailler pour ce disque.
Il regarde vers son ordinateur, puis revient vers moi:
- J'ai justement fait un remix de Tonight, Tonight. Vous voulez l'écouter?
J'acquiesce. On se rapproche de l'ordinateur. Il lance le morceau dans iTunes, mais rien ne vient. Les enceintes. Il triture les fils. Rien encore. Débranche, rebranche, pendant que je tourne la molette du son. Et soudain ça sort. Nous nous rasseyons, écoutons cette version plus agressive que celle du disque, la rythmique martiale, les synthés plus sombres. "Une version à passer à la fermeture de la boîte de nuit", le taquine Marie-Pierre, "pour faire partir les gens". Une nouvelle coupe de champagne affine l'image de la boîte de nuit. Une piscine de plus, pendant que la chanson tourne. Cinq minutes en suspension. Puis reprise:
- A part Trevor Horn, il y a d'autres producteurs avec qui vous auriez voulu travailler? - Un moment j'ai pensé à Matmos. Et puis finalement, le groupe fonctionnait bien comme ça. C'est Christophe Van Huffel, le guitariste de Tanger. C'est lui mon groupe aujourd'hui. Comme Philippe Paradis sur Comm' si la terre penchait. Ou les Bahamas avec qui j'ai fait Samouraï. Christophe, c'est mon double. Enfin, je ne sais pas si c'est le bon mot. Mais on se comprend. Comme chez Cocteau, quand il y a un miroir sans tain. Je passe devant et Christophe apparaît derrière. - Christophe et Christophe. - Ou Chris et Tophe (rires). - S'il n'y a ni Matmos, ni Trevor Horn, on trouve beaucoup d'autres invités sur Aimer ce que nous sommes. Comment les avez-vous choisis? - J'avais envie de travailler avec plein de gens. Au final, certains sont là et d'autres pas. Ce sera pour une autre fois. Comme Alan Vega. C'est un regret qu'il ne soit pas sur cet album, mais c'est comme ça. Ou les Allemands Einstürzende Neubauten. Et pour ceux qui sont là, je savais exactement ce que je voulais qu'ils jouent. Par exemple, j'ai rencontré Patrick Müller lors de ma collaboration avec Erik Truffaz, pour l'album Arkahngelsk. C'est un copain. Et surtout c'est un killer au Fender Rhodes. J'aime aussi beaucoup la manière dont Murcoff traite l'electro: avec romantisme et simplicité. Je voulais sa couleur dans mon disque. Il est venu chez moi, a écouté ce que j'avais, puis a travaillé chez lui au Mexique. Et il m'a envoyé sa contribution par internet. C'est génial ce que permet le net. - Vous utilisez beaucoup internet? - Je ne suis pas un grand surfeur. Mais j'aime bien aller sur Dailymotion, regarder des trucs. Là je viens d’aller voir le site de Jeanne Mas. Il paraît qu’elle revient. Cette fille avait un talent fou dans les années 80. C’était une œuvre d’art. Elle était différente sur tous les plans. Par exemple, elle faisait ses habits elle-même. J’ai vraiment envie de la voir revenir. Elle a un truc. Comme Camille. Pour moi c’est un test avec les journalistes. S’ils aiment Camille. Elle, je l'aime et au-delà. - Il y a d'autres musiciens français que vous appréciez? - Il y a Bashung, bien sûr, mais pas la peine que je continue à le dire. Et Carla, dont le premier album était très blues. - Carla? - Carla Bruni. Je n’ai pas écouté son deuxième disque, en anglais. Mais la dernière fois que je l’ai rencontrée, nous avons parlé de nos albums à venir. Je n’ai pas encore entendu le sien, mais j’ai déjà lu quelques trucs. C’est un autre personnage aujourd’hui. Mais c’est d’abord une artiste et je n’ai aucun a priori. Je l’ai toujours aimée comme elle était. J’aime les gens comme ils sont. - Vous suivez aussi la nouvelle scène française? - Il y a Renan Luce, dont j’apprécie certains mots. Comme cette chanson où il chante "Elle choisira l'impact / Trente mètres plus bas". Et puis ma fille m’a parlé un jour d’un garçon qui avait repris Les mots bleus à la télévision. J’ai été voir, même si je ne regarde pas la TV d’habitude. C’était Julien Doré à La nouvelle star. On s’est rencontré ensuite. Le personnage m’a séduit et j’ai décidé de lui faire des synthés pour deux chansons. - Et parmi les artistes d'autres pays? - Ceux que je citais avant. Neubauten. Matmos. Et puis Thom Yorke, bien sûr. Lui je l'aime beaucoup. J'ai l'impression qu'on utilise les sonorités électroniques de la même manière. Et puis c'est le seul dont la voix joue dans des tonalités similaires à la mienne. - Christophe adore la chanson Harrowdown Hill.
C'est Marie-Pierre qui a parlé. Parce que son rôle n'est pas de servir le champagne. Elle écoute, intervient parfois. Elle est une autre double de Christophe peut-être. Ou dans son groupe. Elle sort son téléphone portable et lance le morceau. Christophe acquiesce.
- J'aime aussi beaucoup les remixes qui sont sortis. Vous aimez Thom Yorke? - Oui. Mon morceau préféré est And It Rained All Night.
Il réfléchit, mais ça ne lui dit rien. Je lui propose de l'écouter. Il dit oui et je sors mon iPod. A mon tour de me battre avec les enceintes. Il m'aide, trouve le faux contact dans la prise. Et le morceau démarre. Rassis sur nos fauteuils, il martelle la table de ses doigts.
- Je l'aime beaucoup aussi celui-là, oui. Cette rythmique. Je viens des percussions moi.
Le morceau tourne, la discussion se poursuit. Christophe parle des remixes tirés de The Eraser. Il aime l'electro. Ces artistes qu'il qualifie de passeurs. On parle de sa manière d'utiliser les synthétiseurs. Il ne veut pas dévoiler ses secrets:
- Si je devais prendre une image, je dirais que le son est homme. Christophe est un son. Le son qui sort de l’ordinateur. Je ne cherche pas à remplacer d’autres sons par le synthé. Je veux rentrer le son, la vibration que j’ai en moi dans l’instrument, puisque le synthétiseur n’a pas de limite. On est beaucoup à avoir notre manière de travailler, à s’influencer mutuellement. On se reconnaît entre nous et c’est tout. Et chacun a ses secrets. On ne les dévoile pas. Comme les grands cuisiniers. Ou un barman, qui sait quelle petite goutte ajouter à son cocktail. C’est flatteur quand un producteur anglais vous contacte pour savoir comment vous arrivez à créer tel ou tel son. Mais je ne dis rien.
Je lui parle du dernier Portishead et des synthés qu'on y entend, mais il ne l'a pas encore écouté. Je retourne au iPod et on écoute We Carry On. Il apprécie. Il va acheter l'album. On se rassied. Les verres se remplissent. En musique. Nouvelle reprise:
- Vous disiez avant ne jamais regarder la télévision. Mais cet été, on pourra entendre trois de vos nouvelles chansons en boucle sur France 2. Ce n'est pas un peu paradoxal? - Oui, c’est étrange. Mais c’est aussi le respect que je dois à ma maison de disques. La générosité fait partie du jeu. Quitte à faire de petites concessions. Et il y a aussi des gens que j’aime bien à la télévision, chez qui je vais s’ils m’invitent. Thierry Ardisson, parce que c’est un jongleur. Ou Guillaume Durand et Frédéric Taddeï, parce qu’ils s’occupent d’art. - On vous verra aussi au Champ-de-Mars pour le 14 juillet. - J’ai toujours adoré cette fête. Je garde un souvenir d’une année, 1978 je crois, près d’Aix-en-Provence. Aline était redevenue un tube cet été-là et je l’avais jouée avec un groupe sur une place de village. On sortait du disco et on avait une attitude très rock. - La période où vous aligniez les succès vous manque-t-elle? - Pas du tout. J’ai fait des tubes, mais j’aurais aussi pu ne jamais en faire. Maintenant, peut-être que grâce à ces tubes j’ai continué. Que sans eux j’aurais fait autre chose, comme le tour du monde en voilier. J’aurais bien aimé aussi. - Comme Antoine? - Oui, comme Antoine. Le salaud! Il a la belle vie lui. Et moi, à cause de mes tubes… Enfin, n’exagérons pas trop (rires).
Marie-Pierre s'excuse, me prévient qu'il me reste une vingtaine de minutes, avant l'arrivée d'un autre journaliste. Je lui dis que ça ne fait rien. Reprend une dernière piscine. Christophe me parle de Truffaz. Et de Sophie Hunger. Il aime sa voix. Je lui parle d'Evelinn Trouble, la choriste de Sophie Hunger qui chante aussi en solo. On écoute un morceau. Il aime bien sa voix.
Cinq minutes ont passé. Une ultime reprise:
- Il y a parfois eu de longs silences dans votre carrière. Est-ce à dire qu’il y a eu plusieurs périodes, plusieurs Christophe? - J’aime les nuances, c’est tout. Donc c’est un parcours à trous. Il y en a partout, comme dans un gruyère (rires). Après, je ne pense pas de cette manière. Je ne fais pas une carrière. Je respire tous les jours. Et quand je respire, c’est que je vis. Tout simplement. Je suis curieux et j’essaie d’aller vers l’inconnu. Mais il n'y a pas plusieurs Christophe. Ou peut-être dans le regard des autres. Mais ça, ça ne m'intéresse pas. Toutes mes chansons m’habitent encore. Le moment où j’ai composé Aline est lié à un endroit, un instant précis dans ma tête par rapport à ma famille. Et le prochain album sera lié à d’autres gens, d’autres lieux. - Et quand vous chantiez en italien? - Ce sont mes racines. Là d'où viennent mes parents. J'ai un rapport particulier avec ça. Je me rappelle quand j'étais enfant. On était des étrangers. J'aime bien revenir à cette langue, aujourd'hui encore. A une époque, j'ai eu pas mal de succès là-bas. Estate senza te s'est vendu à 2 millions d'exemplaires et j'ai beaucoup joué. Même à San Remo. - On parle en France du festival San Remo? - Non. Et la France en ce moment... ce n'est pas une période formidable. Enfin... Je ne vote pas, moi. - C'est un choix? - Non, pas un choix. C'est instinctif. Mais peut-être qu'un jour je m'y mettrai. On peut voter toute sa vie, non?
Marie-Pierre s'excuse à nouveau, annonce cinq minutes. Le temps d'une dernière question.
- Avez-vous tout de même l’impression d’être un personnage à part dans la musique française? - Non. J’ai juste le luxe de pouvoir fonctionner selon mes envies. Ou même pas. C’est juste un jeu. Il y a des coups gagnants, des coups perdants. Et parfois il faut savoir passer sur un coup.
Je vais me lever. Christophe me tend un coffret, la version limitée d'Aimer ce que nous sommes. A l'intérieur: le CD, un 45 tours de Mal comme et un petit carnet, reprenant les 64 polaroids qui composent la pochette. Il propose de me le dédicacer. J'accepte volontiers. Il griffonne encore quand l'autre journaliste frappe à la porte. "Pour Christophe, tout musicalement, Christophe"
Je le remercie, lui sert la main. Il me parle encore un peu de la Suisse, qu'il aime bien. Je l'écoute. Le remercie à nouveau. On se ressert la main pendant que le nouveau journaliste s'installe. Christophe me parle encore quand je quitte la chambre. De l'air en Suisse, si pur, qui lui fait du bien. Comme dans les Ardennes, lance-t-il à l'autre journaliste, venu de Belgique. C'est la dernière image. Le dernier mot.
Sur le trottoir, devant l'hôtel, je fume une dernière cigarette avec Marie-Pierre. Un jeune homme s'arrête, nous demande une clope. Elle lui en donne deux, avec une boîte d'allumettes. Il la glisse dans sa poche, demande "du vrai feu". Je lui prête mon briquet et le regarde allumer sa cigarette. Après, je m'en vais. Je rentre à mon hôtel. L'esprit brumeux de l'alcool et d'une rencontre. Il est deux heures du matin.
À ÉCOUTER Aimer ce que nous sommes. AZ/Universal.
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