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Edito
Chute de confiance?

Par Alain Jeannet - Mis en ligne le 21.04.2010 à 10:08

Concurrence des gratuits, business models en folie, rédactions sous pression. Quand ils parlent de leur branche, les journalistes ont tendance, ces temps, à en évoquer les dimensions économiques. En revanche, ils dissertent peu sur la manière de pratiquer le métier.

Parce qu’ils doutent de l’intérêt du public pour la cuisine interne des médias, parce qu’ils craignent de jouer les donneurs de leçons ou de paraître nombrilistes, ils évitent systématiquement de s’interroger sur ce que sont le bon et le mauvais journalismes.

Plusieurs affaires récentes fournissent toutefois l’occasion de nourrir le débat. Que penser de la publication des photos de Hannibal Kadhafi, suite à son arrestation? Comment interpréter la plainte déposée contre la Tribune de Genève par l’avocat Charles Poncet, grand défenseur de la liberté de la presse, qui estime sa réputation atteinte par un article et une photo à la une du journal? Que dire de la rumeur autour du couple Bruni-Sarko? Et quid du journalisme d’imposture pratiqué dans l’émission Les infiltrés, sur France 2? Les médias auraient-ils perdu leurs repères? (Lire notre dossier.)

Se mêlent, aux questions classiques des interrogations plus récentes liées à l’irruption des nouveaux médias: les blogs, les réseaux sociaux, les wikis en tout genre... Ils permettent une libération de la parole, mais entraînent dans le même temps une confusion croissante sur ce qui fait le métier de journaliste: l’authentification et le recoupement des sources, la vérification et la hiérarchisation des informations, leur mise en contexte. Et la maîtrise de la langue (et de l’image), l’outil consubstantiel à l’art journalistique.

Comment expliquer la péjoration de l’image des médias? «S’il y a crise de confiance envers les journalistes, ce n’est pas parce qu’ils enquêtent trop: c’est aussi ou surtout à cause d’une certaine apathie de la profession, de son conformisme», insiste Jean-Philippe Ceppi, producteur à Temps présent et coorganisateur de la Conférence mondiale des journalistes d’investigation, qui se tient cette semaine à Genève (lire son interview).

Ce qui engendre ce désamour, ce n’est donc pas tant la critique, mais plutôt son absence et les connivences avec les pouvoirs. Ce qui mine la crédibilité des médias, ce n’est pas leur tendance, parfois trop poussée, à la simplification, mais le questionnement insuffisant de la parole des gouvernants et des experts, comme en témoigne l’affaire de la grippe (A)H1N1. Ce qui désoriente le public, c’est la crise de foi des journalistes eux-mêmes, qui semblent parfois douter de leur vocation.

Expliquer plus clairement ce qui fonde le métier, la beauté et la difficulté de l’exercer à l’ère de l’éruption numérique, son indispensabilité, voilà comment lutter contre la défiance ambiante. Et appliquer au travail des rédactions ce que nous exigeons des autres: un petit effort d’introspection et de transparence.

Ce qui explique la lassitude vis-à-vis des médias, ce n’est pas l’excès de critique, mais son absence.




Tags: Edito, Alain Jeannet, médias, presse, journalisme,

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Réaction de Némésis
le 25.04.2010 à 22:07
Ce qui explique "la péjoration de l'image des médias", le...
 
Réaction de Pollux
le 24.04.2010 à 01:25
Merci Monsieur Jeannet pour cet éditorial qui veut nous redonner...
 



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