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Coco Chanel & Igor Stravinsky
Réalisateur : Jan Kounen
Acteurs : Anna Mouglalis, Mads Mikkelsen
Sortie: 30 décembre 2009
Distributeur : France

Ce feu qui brûlait Igor et Coco

«Coco Chanel & Igor Stravinsky» retrace la liaison passionnelle de la couturière et du compositeur.

L’histoire commence en 1913, avec un des plus grands scandales artistiques du XXe siècle, la première du Sacre du printemps au Théâtre des Champs-Elysées. La musique entre dans l’ère moderne, mais le public résiste, conspue, hurle. Des bagarres éclatent. Anéanti, Igor Stravinsky se retire dans sa loge. Dans le public, Coco Chanel est subjuguée par la puissance de cette œuvre qui bouleverse les règles de l’harmonie.

A cette révolution succède la Révolution d’Octobre. En 1920, fuyant la Russie, Stravinsky s’est réfugié à Paris où il vit, avec sa famille, dans un grand dénuement. Riche, adulée et inconsolable, car son grand amour vient de se tuer dans un accident d’automobile, Coco Chanel invite le compositeur, sa femme et ses enfants à s’installer dans sa villa de Garches.

Pour la couturière, sponsoriser Stravinsky, c’est posséder ses musiques, c’est s’approprier le feu de la création. Elle ne va pas se contenter de l’âme du compositeur: elle devient sa maîtresse, sous le regard douloureux de Catherine Stravinsky.

Coco Chanel & Igor Stravinsky articule brillamment l’histoire intime de deux monstres sacrés et l’Histoire du XXe siècle. Il s’agit moins d’une histoire d’amour que d’une métaphore de la création: il travaille sur le Sacre, elle élabore son parfum, le Chanel No 5. Il révolutionne la musique, elle révolutionne la mode et libère la femme.

Lorsque des mondains avinés ergotent sur les choses de l’amour, Stravinsky entre en fureur. Il frappe la table et part marteler sur son piano l’essence même de ce sentiment galvaudé par les médiocres. Mais la passion amoureuse qui les dévore est à la mesure de leur génie: excessive, intransigeante. Ils sont orgueilleux, leur liaison est sans issue. Igor a eu tort de dire: «Vous n’êtes pas une artiste, Coco, vous êtes une couturière.» Lorsqu’elle lui échappe, fou d’amour, il la supplie. Il promet: «Je ne vous décevrai pas.» Elle répond, glaciale, «C’est déjà fait»... En secret, elle financera ses projets. Aujourd’hui, les disques de Stravinsky se vendent moins que le Chanel No 5.

Art nouveau. Le cinéma français doit à Jan Kounen quelques-unes de ses pires horreurs, comme Dobermann ou l’ineffable Blueberry. Après le plaisant 99 F, le cinéaste donne enfin la pleine mesure de son talent. Coco Chanel & Igor Stravinsky est un film splendide, intelligent et chargé de tension érotique – la scène où Coco se dénude touche au sublime. La reconstitution des Ballets russes force l’admiration. Les moments de grâce ne manquent pas, comme l’accord du décor et de la musique, arabesques art nouveau en noir et blanc qui semblent émaner du piano et font frissonner Coco.

Et puis il y a les comédiens. Ils sont audelà de tout éloge. Elena Morozova joue avec douceur et dignité la femme du compositeur, malade et blessée. Mads Mikkelsen, qu’on a vu en nigaud illuminé dans Adam’s Apples et en méchant dans 007 Casino Royale, confère à Stravinsky une intériorité, une gravité très émouvantes. L’acteur danois fait passer en russe et en français beaucoup de finesse.

Enfin, âpre et sensuelle, hautaine et passionnée, Anna Mouglalis incarne une Coco Chanel fascinante, éclipsant sans effort la gentille Audrey Tautou dans Coco avant Chanel, d’Anne Fontaine. Le film de Kounen a aussi cet avantage de se concentrer sur un épisode précis et de se baser sur un scénario plus fantasmatique que biographique, tendant à l’allégorie plutôt qu’au biopic consensuel.

IL RÉVOLUTIONNE LA MUSIQUE, ELLE RÉVOLUTIONNE LA MODE.
Antoine Duplan


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