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Patrimoine
Cocon pour collections

Par Mireille Descombes - Mis en ligne le 06.07.2011 à 14:17

Le Centre des collections du Musée national suisse se trouve dans un ancien arsenal à Affoltern am Albis. Visite guidée.

En arrivant à Affoltern am Albis, dans le canton de Zurich, le voyageur est un peu déçu. Cette paisible petite ville de quelque 11 000 habitants ne paie vraiment pas de mine.

CET ENTREPÔT GÉANT RÉUNIT QUELQUE 850 000 OBJETS ALLANT DE 4000 AVANT J.-C. À NOS JOURS.

Depuis 2007, elle abrite pourtant une authentique caverne d’Ali Baba: le Centre des collections du Musée national suisse installé dans un ancien arsenal élégamment transformé et recouvert de plaques d’acier non traité qui lui donnent un aspect à la fois primitif et résolument contemporain.

Cet entrepôt géant réunit quelque 850 000 objets allant de 4000 avant J.-C. à nos jours, et de la robe de baptême au véhicule militaire. A la pointe en matière de recherche, de gestion et de conservation, le centre reçoit régulièrement la visite de spécialistes venus du monde entier.

La Confédération aimant la complexité, l’unité administrative «Musée national suisse» regroupe en fait trois musées dont les expositions permanentes sont consacrées à l’histoire culturelle helvétique: le Musée national de Zurich, le Château de Prangins et le Forum de l’histoire suisse à Schwytz.

Jusqu’à la fin des années 90, ses collections étaient conservées dans sept lieux différents à Zurich ou dans les environs. Les ateliers de restauration étaient eux aussi dispersés. «Pour réparer une armoire possédant une serrure, il fallait par exemple l’amener chez le spécialiste du bois, puis chez celui du métal», se souvient Bernard A. Schüle, chef du Centre des objets chargé de toutes les tâches logistiques.

Aujourd’hui, spécialistes et collections logent sous le même toit. Ou plus précisément dans trois longs bâtiments aux affectations spécifiques et reliés entre eux par des couloirs, le tout parfaitement climatisé et maintenu à un niveau d’hygrométrie idéale (50% d’humidité relative).

Valaisan exilé à Zurich depuis de nombreuses années, ethnologue de profession, Bernard A. Schüle nous sert de guide dans cette grande maison qui est un peu la sienne et semble vivre en quasi-autarcie.

Prenez le troisième bâtiment baptisé Centre des objets et qui fait aussi office d’entrée. Outre une salle de séminaire, des bureaux pour accueillir des chercheurs externes et une cafétéria, il réunit le département logistique (cinq personnes qui déplacent, emballent, transportent les pièces), le service des prêts, le studio photo et un centre d’impression et d’expédition d’où partent notamment tous les cartons d’invitation du Musée national suisse.

L’embarras du choix. Les collections? Elles sont à l’autre bout, dans le bâtiment numéro 1 qui, sur trois étages et 10 000 m2, abrite les dépôts. Vêtements, orfèvrerie, meubles: on a l’embarras du choix.

Pour commencer, jetons donc un coup d’oeil aux armoires de diverses tailles et époques qui ont été placées côte à côte comme les pièces d’un puzzle afin d’utiliser au mieux l’espace.

Plus loin, on admirera des lambris et des plafonds démontés, des cloches, des hampes de drapeau. Et des hallebardes, mille hallebardes, sagement alignées dans un tiroir de rangement, à l’horizontale.

Chaque objet possède un numéro d’inventaire peint à l’encre de Chine sur la pièce elle-même. Il est ensuite équipé d’une étiquette avec son code-barres qui permet d’enregistrer électroniquement son emplacement exact et ses déplacements.

«Et voici notre galerie des ancêtres», annonce Bernard A. Schüle en tirant un panneau coulissant où sont accrochés d’austères portraits. Juste à côté, dorment les éléments démontés de la fresque géante réalisée par Hans Erni pour la Landi, l’Exposition nationale de 1939.

Enfin, au rayon des curiosités et parmi toute une collection de véhicules militaires, notre hôte nous désigne une drôle de cahute sur roues sprayée de blanc: «Un pigeonnier mobile sur lequel ont été effectués les premiers essais de camouflage!»

Le Musée national suisse n’est pas un musée d’art. Il collectionne selon d’autres critères. Il peut, par exemple, s’intéresser à un tableau non pour celui qui l’a fait, mais pour le personnage qu’il représente.

Il possède aussi un important ensemble d’objets contemporains où figurent notamment le tout premier natel, les baskets rouges à croix suisse de Micheline Calmy-Rey, une raquette de Roger Federer, une enseigne lumineuse de Swissair ou l’une des lampes qui ornaient le pavillon suisse de l’Exposition universelle de Shanghai.

De quoi donner des sueurs froides aux conservateurs restaurateurs chargés de maintenir ces objets en bonne santé et de leur assurer une vie aussi longue que possible.

Justement, dans l’un des ateliers de restauration, deux maquettes d’arteplages attendent d’être traitées. Ces fragiles et hétéroclites assemblages réalisés pour Expo.02 se sont dégradés. Pas sûr que tout puisse être sauvé.

A côté, dans le laboratoire de recherche, des scientifiques réalisent analyses et tests. Quinze jours suffisent, par exemple, pour faire vieillir de trente ans un petit échantillon de bois!

De quoi suggérer au visiteur qu’il est peut-être temps de quitter les lieux avant de se retrouver lui-même dûment «muséifié». Mais en se promettant de revenir bientôt pour découvrir d’autres richesses. Avec 850 000 objets, il y a de quoi faire!

Des visites guidées thématiques publiques sont organisées parle Centre des collections du Musée national suisse chaque troisième mercredi soir du mois. Et sur demande pour les groupes. Pour tout renseignement et pour s’inscrire: www.sammlungszentrum.ch




Tags: Musée national suisse, Centre des collections, Affoltern am Albis,

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