ÉCONOMIE & FINANCE
BON POUR LA TÊTE

ACTUALITÉ

ÉCONOMIE & FINANCE

SOCIÉTÉ

POLITIQUE

ÉCOLOGIE

RÉACTIONS

CULTURE

DOSSIERS

PERSONNALITÉS

ENTREPRISES

MIX & REMIX

GUIDES

FORMATION

INTERVIEWS

BLOGS

TV

IPAD

HOME > ÉCONOMIE & FINANCE >  Réduire la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer l'article

La chronique de Jacques Pilet
Colère contre les mandarins dorés

Par Jacques Pilet - Mis en ligne le 03.02.2010 à 14:54

Limiter les salaires gigantissimes? Il y a quelques mois beaucoup ricanaient. L’initiative lancée dans ce sens par l’entrepreneur Thomas Minder devait être balayée au nom de la liberté d’entreprise, clé de la prospérité. Mais aujourd’hui, c’est le grand émoi du côté des partis bourgeois. Selon les sondages, plus des deux tiers des Suisses approuveraient cette proposition.

Que cherche l’étonnant fabricant schaffhousois de dentifrice et de shampoing? Il veut que les actionnaires puissent se prononcer sur les traitements et bonis des managers. L’approche n’est pas franchement gauchiste. Minder rappelle volontiers qu’il agit là en libéral, garant des droits des propriétaires.

Pourquoi donc le peuple paraît-il si favorable à une telle mesure? Il y a bien sûr un réflexe émotionnel devant l’injustice et la démesure. Mais l’adhésion à cette idée va beaucoup plus loin.

Les citoyens restent attachés à ce que l’on pourrait appeler le vieux capitalisme. Les détenteurs de l’entreprise investissent, dirigent, produisent des biens et des services, mènent bien leurs affaires. Et c’est le succès de celles-ci qui les enrichit, crée de l’emploi, permet des augmentations de salaires.

Or ces règles du jeu ont été bouleversées par la financiarisation de l’économie. Ce qui rapporte le plus, ce n’est pas de créer de la richesse, c’est de spéculer avec elle. Et les jongleurs les plus doués s’attribuent des fortunes colossales sous la menace de passer à la concurrence.

Par ailleurs, les managers des grandes entreprises ont, eux aussi, gonflé leurs revenus au-delà de toute norme. Arguant de leur immense talent que le monde entier est censé convoiter. Alors même que certains, on ne les connaît que trop, conduisaient leurs affaires au désastre.

Le phénomène révèle un changement dans le système capitaliste. Il n’y a plus seulement des propriétairesactionnaires, des cadres et des employés. Il émerge une nouvelle caste de dirigeants qui se placent au-dessus des détenteurs du capital, qui ponctionnent au maximum leur entreprise, qui passent de l’une à l’autre au gré des offres mirobolantes qu’ils reçoivent. Ce sont les nouveaux mandarins. Puissants et richissimes. Grâce à leur fortune, ils se trouvent protégés de toute sanction après d’éventuelles erreurs. Quant à leur pactole, ils se gardent bien de l’investir dans de nouvelles activités – ils n’ont jamais rien créé – mais, après s’être construit de somptueuses demeures et avoir couvert de cadeaux une belle et jeune compagne, ils le recyclent dans les tourbillons prometteurs de la finance.

Les entrepreneurs, les vrais, et beaucoup d’actionnaires que les dividendes n’enrichissent guère, devaient, tôt ou tard, se rebeller. Ils le font aujourd’hui, portés par la colère des salariés et de l’opinion.

Les grands manitous ont-ils saisi l’ampleur du mécontentement? Pas sûr. En tout cas, les grands banquiers restent enfermés dans leur vision d’hier. Ainsi Oswald Grübel, patron d’UBS, ne cesse de se plaindre que «tout le monde lui parle de cette histoire de salaires». Il déclare, dans le Sonntag argovien, que la confiance des clients – qui continuent de retirer leurs fonds – reviendra à deux conditions: que les médias cessent de titrer sur des nouvelles négatives et que la banque revienne à de beaux bénéfices. Là, le banquier désigné comme le plus cynique fait preuve de naïveté. Les profits colossaux d’hier, on le sait maintenant, étaient dus à des aventures risquées et à des agissements illégaux. Le retour aux chiffres affriolants – et aux recettes d’hier? – ne rassurera personne. Mieux vaudrait affirmer haut et fort la rupture avec les méthodes du passé. Par des actes, pas seulement par des mots. En commençant par déposer une plainte civile contre les anciens dirigeants de la banque qui l’ont plongée, et la Suisse avec elle, dans le marasme.

Plus lucide, le président du Credit Suisse, Urs Rohner, reconnaît: «Nous avons perdu une grande partie de la confiance. Celui qui nie cette évidence est soit naïf, soit aveugle.»

Le pas suivant sera d’admettre, au-delà de la question de confiance, qu’un consensus est en train de se dessiner pour limiter le poids des géants de la finance dans la société. Et, plus largement, pour que la caste des mandarins dorés ne domine pas le monde.

Retrouvez cette chronique dans «L’air du large», le blog de Jacques Pilet, enrichie de références et d’informations complémentaires.

Ce qui rapporte le plus, ce n’est pas de créer de la richesse, c’est de spéculer avec elle.




Partager: Partager sur Facebook Partager sur Delicious Ajouter aux favoris Google Ajouter aux favoris Yahoo! Partager sur Twitter Partager sur Yahoo Buzz Partager sur Myspace   Aller en haut de page Haut de page




Inscrivez-vous à notre newsletter afin de recevoir en primeur le sommaire de la semaine ainsi que nos offres spéciales.


ÉCONOMIE & FINANCE
Economiesuisse ouvert à l'auto-déclaration fiscale
Une femme remplissant sa déclaration d'imp^ot sur internet (archives) Keystone
L'auto-déclaration fiscale gagne du terrain parmi les milieux économiques et bancaires. Economiesuisse est ouvert à l'idée que les clients étrangers...
ÉCONOMIE & FINANCE
Reprise de clients UBS par d'autres banques "incompréhensible"
Patrick Odier Keystone
Patrick Odier qualifie d'"incompréhensible" l'attitude de certaines banques qui ont repris, après l'affaire UBS, des clients de cette grande banque....
ÉCONOMIE & FINANCE
Le site de la CIA en panne, Anonymous revendique une attaque
Une personne portant un masque de Guy Fawkes, également porté par Anonymous (archives) Keystone
Le site internet de l'agence américaine du renseignement, la CIA, était en panne vendredi. Le groupe de pirates informatiques militants...
ÉCONOMIE & FINANCE
Aucun représentant de Wegelin à la première audition à New York
Logo de la banque Wegelin (archives) Keystone
Aucun représentant de la banque Wegelin n'est apparu vendredi devant le juge new-yorkais Jed Rakoff pour une première audition. La...
ÉCONOMIE & FINANCE
Les prix à la consommation en Suisse ont reculé en janvier
Un magasin (archives) Keystone
Les prix à la consommation en Suisse ont affiché un nouveau repli en janvier, en raison principalement des soldes d'hiver....


ÉCONOMIE & FINANCE
 Fiscalité: Et si un nouveau front fiscal s'ouvrait à l'OCDE?
Jeffrey Owens a un don: celui de jouer avec les nerfs des diplomates suisses. Ce 28 janvier, l’homme fort du...
ÉCONOMIE & FINANCE
 André Reuse: "Á capital égal, la baisse des rentes pourrait dépasser 15%"
Le Conseil fédéral et le Parlement ont accepté une nouvelle baisse du taux de conversion dans le 2e pilier: à...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Patrick Odier: "Nous n'en resterons pas aux belles paroles"
Vous venez de passer cinq jours au World Economic Forum, à Davos, où les banquiers étaient, une fois encore, la...
ÉCONOMIE & FINANCE
 La libre circulation n'aime pas la crise
Le nombre de nouveaux travailleurs étrangers a fortement chuté. En 2009, seuls 103 032 permis ont été délivrés aux résidents...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Décryptage: Écran de fumée
La France s’est engagée à ne pas solliciter l’entraide administrative de la Suisse sur la base des données contenues dans...
ÉCONOMIE & FINANCE
 Contre-temps: La Saint... quoi?
Les marques horlogères aiment à mettre en avant leur inventivité, leur audace, leur créativité ou encore l’innovation et la performance...