Collectivités cherchent flics désespérément

Par Chantal Tauxe - Mis en ligne le 05.07.2012 à 16:17

 Qui veut devenir flic? Qui a envie de sacrifier ses week-ends et ses soirées en famille? De se faire insulter? D’être pris à partie par une foule ivre? De risquer d’être blessé? Qui est assez fou pour se sentir une double vocation de saint-bernard et de bouc émissaire, en gardant ses nerfs en toutes circonstances?

Qui rêve que ses enfants ou petits-enfants embrassent la carrière de gardiens de l’ordre public? Pour un commandant de police érigé en héros pour sa gestion de l’épouvantable drame du car belge à Sierre, combien de crachats sur des gendarmes dont personne ne s’est indigné?

A Genève et à Lausanne, l’engagement de dizaines de policiers supplémentaires pour faire face tant aux incivilités qu’aux cambrioleurs est devenu une priorité, une incantation magique. Mais les nouveaux convertis aux solides vertus de l’uniforme oublient qu’on ne recrute pas des flics au coin de la rue. On ne confie pas une arme au premier venu. Il faut d’abord susciter les vocations – et reconnaissons que le contexte sécuritaire présent décourage les meilleures volontés. Il faut ensuite les sélectionner – et peut-être que l’examen d’orthographe devrait moins compter que l’envie de servir la communauté. Il faut les former – et cela prend du temps. Et enfin, lorsqu’ils deviennent opérationnels, il faut respecter les flics, c’est-à-dire les soutenir et les défendre quand ils sont attaqués.

Deux aveuglements expliquent l’actuelle disette de personnel: celui de la gauche qui a trop longtemps méprisé la sécurité publique – ne voyant dans le flic qu’un auxiliaire d’une injustifiable répression; celui de la droite, obsédée par les coupes budgétaires, et qui n’a pas voulu considérer l’utilité supérieure de certaines tâches de l’Etat. La privatisation de la sécurité a fait office de leurre: une protection calibrée sur une personne ou une entreprise ne peut par définition garantir la quiétude de tous.

Une certaine lucidité est revenue dans les deux camps, mais on ne réparera pas vingt ans d’incurie d’un coup de baguette magique.

Il faut s’en rappeler au moment où Pierre Maudet prend la tête de la police genevoise. Son grade de capitaine et son expérience de conduite acquise à l’armée seront certes précieux. Mais, en aucun cas, une condition sine qua non de réussite. Il est particulièrement plouc de reprocher à Isabel Rochat de ne pas avoir eu de galons. Les policiers neuchâtelois ou saint-gallois, jadis chapeautés par Monika Dusong et Karin Keller-Sutter, leurs collègues vaudois, dirigés par Jacqueline de Quattro, peuvent en témoigner: l’autorité du ministre ne tient pas à son sexe. La politique de sécurité ne dépend pas de la qualité d’un homme ou d’une femme, mais de l’engagement du gouvernement, du Parlement, des partis et des partenaires du terrain.

Pierre Maudet a du talent, mais il ne réussira rien tout seul. Genève doit cesser de personnaliser le destin de sa police en focalisant tout hier sur Isabel Rochat, aujourd’hui sur Pierre Maudet. La sécurité publique est une œuvre et une responsabilité collectives.

 
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