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Alinghi
Combat de coqs avant la guerre des multicoques

Par Christophe Schenk - Mis en ligne le 27.01.2010 à 11:11

COUPE DE L’AMERICA. Entre communication et intimidation, le duel opposant Oracle à Alinghi est lancé et tous les coups sont permis. Reportage à Valence.

A trois semaines de la Coupe de l’America, le port de Valence a des airs de ville fantôme, comme si le temps s’était arrêté. Sous une brume légère, quelques badauds arpentent la jetée, lançant parfois un regard vers un étrange alignement de bâtiments abandonnés. Cigisent les bases des participants de la dernière régate, il y a trois ans. Luna Rossa Prada, Emirates Team New Zealand, Shosholoza T-Systems, les noms des défis et de leurs sponsors sont les seuls vestiges de l’événement, avec les bouches d’égout, frappées de l’insigne de la 32e Coupe de l’America.

Et soudain un vaisseau fend l’eau, attirant le regard d’un couple d’amoureux et d’un cycliste qui pose le pied au sol. La voile est baissée, mais son immense mât suffit à impressionner, marqué du drapeau suisse et du logo de l’EPFL. A son bord, une dizaine d’hommes sont à la manœuvre. Parmi eux, Ernesto Bertarelli, bonnet de marin vissé sur le crâne. Même frigorifié, le détenteur du trophée salue la vingtaine de journalistes suisses venus à sa rencontre, avant de gagner son yacht amarré un peu plus loin.

Intox et intimidation. Une douche plus tard le revoilà, loquace et détendu face à cette presse qu’il a invitée à le rejoindre ici à Valence. Demain, ce sera journée portes ouvertes chez Alinghi, comme pour rappeler que la course aura bien lieu, sur la mer plutôt que devant les tribunaux.

Reste qu’Ernesto Bertarelli peine à cacher son agacement. Oracle a déposé un nouveau recours devant le Tribunal de New-York – accusant le Défi suisse d’avoir fait fabriquer ses voiles dans le Nevada – et même la police locale s’en mêle, pour mener la vie dure au milliardaire vaudois. «Lorsque nous avons été observer le bateau d’Oracle, raconte-t-il, leur équipe a appelé la police qui voulait nous arrêter et qui nous a poursuivis jusqu’à notre base!»

Le challenger américain a pourtant montré son trimaran aux journalistes internationaux ce même jour, présentant avec fierté son «aile», une imposante voile rigide de 65 mètres, au fonctionnement inspiré des ailes d’avion. Reste que, pour y assister, il fallait montrer patte blanche et laisser son numéro de passeport. Car la base d’Oracle se trouve dans le port commercial de Valence, zone franche. Ce qui explique les policiers aux trousses de Bertarelli, sans que l’on puisse tout à fait écarter l’hypothèse d’une manœuvre d’intimidation.

Fauteuils et petits fours. Car dans le duel entre les milliardaires Larry Ellison et Ernesto Bertarelli, tous les coups sont désormais permis. Après les tribunaux, c’est à la presse d’être témoin d’un conflit qui tarde à prendre la direction de la Méditerranée. Une guerre de la communication est lancée et plus d’une centaine de journalistes se pressent entre les bases suisse et américaine en ce mercredi matin de janvier. Dans le décor feutré du camp Alinghi – fauteuils, petits fours et ambiance lounge – Ernesto Bertarelli sillonne l’espace pour serrer les mains. Puis prend place devant deux écrans au centre de la pièce, aux côtés de son skipper Brad Butterworth. Une musique guerrière façon Rocky introduit la conférence de presse. «The time for celebration is coming. Let’s go racing!», lance Bertarelli. Avant de se lâcher.

«Oracle nous attaque sur l’origine de notre voile, mais nous pourrions aussi nous interroger sur celle de son bateau, continue-t-il. Son trimaran est inspiré de la tradition nautique française. Alors que notre catamaran est le fruit de l’héritage lémanique.» Visiblement poussé à bout, le Vaudois n’en peut plus de la tournure juridique qu’a prise cette 33e Coupe de l’America. Et promet d’offrir le champagne à son concurrent Larry Ellison, si celui-ci venait à remporter le trophée sur le tapis vert. «Je lui dirai bravo Larry, well done...», conclut-il, l’air sarcastique.

L’opération de séduction se poursuit ensuite avec l’apparition des compagnons d’équipage d’Ernesto Bertarelli. Portecigarette au bec, Loïc Peyron disserte sur Alinghi 5 dans une posture de dandy marin. Plus sérieux, mais tout aussi disponible, Rolf Vrolijk, responsable du design d’Alinghi 5, emmène les journalistes faire le tour du propriétaire, contant par le menu les innovations technologiques de l’imposant catamaran.

Les regards sont tournés vers la mer, rien que la mer, obéissant au mot d’ordre du chef: «Let’s go racing!» En espérant que le public suivra. Ce dont ne doute pas Pierre-Yves Jorand, le sailing coach du team Alinghi, un brin crispé mais persuadé que l’engouement populaire reviendra lorsque les bateaux seront sur l’eau.

Bières et chaufferettes. Changement de décor au moment de rejoindre la base d’Oracle quelques heures plus tard pour l’autre visite portes ouvertes du jour. Exilé dans le port commercial à cause de son immense voile, le Défi américain accueille la presse sous une grande tente blanche, où l’on a installé des chaufferettes et monté une salle de conférence de fortune.

Aussi souriant que son ancien patron Ernesto Bertarelli, le skipper néo-zélandais Russell Coutts fait faire le tour du propriétaire. Mais explose littéralement à l’heure de la conférence de presse. Soudain, on oublie la course et on règle les comptes.

«Regardez les faits!» lance Coutts à ceux qui critiquent les multiples injonctions juridiques d’Oracle. «Devant la Cour nous avons gagné presque à chaque fois. A vous d’en tirer les conclusions.» Puis: «Ernesto Bertarelli est le defender qui a imposé les règles les plus bizarres dans l’histoire de la Coupe de l’America. Un peu comme si un footballeur décidait soudain, en plein match, qu’il a le droit de jouer avec les mains.» Enfin: «Son problème, c’est peut-être de ne pas avoir créé sa propre société, de ne pas être un selfmade man respecté comme Larry Ellison.» Les coups volent bas, à la vitesse grand V.

Reste que le légendaire marin semble un peu ennuyé lorsque les rares journalistes suisses présents l’interrogent sur le dernier litige en date, concernant la voile d’Alinghi 5 et non le règlement. Mais assurera plus tard, bière à la main, qu’il n’y a rien de personnel dans cette affaire, qu’il n’en veut pas à son ancien patron. Et d’appeler de ses vœux une issue favorable pour la course. Un retour à des règles plus saines qui permettraient de relancer la compétition pour le futur.

En attendant la course. Ce nouveau départ, la Coupe de l’America en aura bien besoin. Enlisée dans les tribunaux, la compétition énerve, n’intéresse plus comme hier. Même à Valence, on ne sait pas s’il faut s’en réjouir ou non. «Ici, les gens adorent cette course», observe Miquel Dominguez, en charge de la sécurité de la ville. «Mais avec tous ces rebondissements, ils ne comprennent plus ce qui se passe, ne savent plus quoi penser.»

Pourtant, la ville s’implique de son mieux. Elle s’est engagée à rendre possible la retransmission télévisée des courses et la maire Rita Barberá s’est déplacée en personne pour la mise à l’eau d’Oracle. Cet engagement suffira-t-il à faire renaître l’engouement pour la compétition? L’ultime campagne de communication de Bertarelli et Ellison aura permis de ramener les projecteurs vers le port de Valence. Et le début de la régate, le 8 février, pourrait parfaire l’opération. A moins que la Cour de New-York n’en décide autrement... et achève de faire d’un combat de coques un combat de coqs.

«SI ORACLE L’EMPORTE SUR LE TAPIS VERT JE PAIERAI LE CHAMPAGNE À LARRY ELLISON.»
Ernesto Bertarelli




Tags: Alinghi, Coupe de l'America, Oracle,

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Réaction de paquier
le 01.02.2010 à 09:24
Des promesses, des promesses..... La coupe ne devait-elle pas aller sur...
 
Réaction de zero8
le 28.01.2010 à 06:49
soyons honnete, ils nous cassent les bonbons. Le Ernesto a tue...
 



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