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«Combien vaut une vie?»

Par Julie Zaugg - Mis en ligne le 28.05.2009 à 06:00

Pharma. L’industrie est mise sous pression par la crise et sur le plan politique. L’analyse de Stefan Catsicas.

Avec ses cinq ans passés au sein d’une firme pharmaceutique (Glaxo), ses dix ans dans le giron académique (comme professeur de médecine et vice-président de l’EPFL) et ses cinq ans à la tête d’un réseau d’entreprises de biotechnologie (Tilocor), Stefan Catsicas a un regard transversal sur l’industrie des médicaments.

Aux Etats-Unis, Barack Obama a annoncé un plan ambitieux pour faire baisser le prix des médicaments. En Suisse, la pression s’accentue aussi. La pharma doit-elle contribuer à la maîtrise des coûts de la santé?
En Suisse, les initiatives qui touchent le monde de la santé manquent de vision. Faire des économies, c’est important, mais ce n’est pas un projet en soi. Nos politiciens doivent dire quel modèle ils proposent aux Suisses. Veut-on une des meilleures médecines du monde, ce qui a été la doctrine pendant des dizaines d’années, ou renonce-t-on à cette ambition, car cela coûte trop cher? A l’inverse, Barack Obama, qui part d’une situation très inégalitaire, a un projet. En faisant dépendre le remboursement des médicaments de leur efficacité, il crée une pression positive sur le système. Il y introduit une dose de compétition supplémentaire qui va pousser l’industrie pharmaceutique à chercher des médicaments encore plus innovants.
 
Toutes ces initiatives ont pour point commun de faire baisser le prix des médicaments. Sont-ils trop élevés?
Il y a des chiffres, réels, qui déterminent le prix d’un médicament arrivant sur le marché. Une réussite coûte 800 millions de dollars. Cela comprend le coût des essais qui ont échoué. Mais, derrière ce prix, se trouvent d’autres enjeux. Le Soliris d’Alexion, par exemple, destiné à une variante rare d’anémie, coûte 400 000 dollars par an et par patient. Ce prix se justifie-t-il par rapport à l’investissement consenti pour le produire? Probablement pas. La vraie question, c’est le prix qu’on est prêt à mettre pour sauver une vie. Cela dit, il existe sans doute une marge de manœuvre pour faire baisser les prix actuels des médicaments. Il faut notamment revoir notre approche face aux génériques. Pourquoi pas en négociant une diminution des prix en échange de l’octroi d’une protection – sous la forme d’un brevet – plus longue?
 
On dit que l’industrie pharmaceutique est en panne, qu’elle peine à produire de nouveaux blockbusters…
La pharma est face à un défi majeur: jusqu’ici, la tendance était de se doter d’infrastructures de production tellement lourdes que leur rentabilisation exigeait des médicaments aux retours énormes, de l’ordre du milliard de francs. Or, la médecine se tourne toujours plus vers les traitements personnalisés, où chacun reçoit la combinaison de substances qui lui convient le mieux. La grande pharma va devoir s’adapter à cette évolution, apprendre
à être rentable même avec des médicaments qui rapportent moins.
 
D’ici à 2015, Novartis perdra les brevets de quatre de ces cinq médicaments les plus vendus et Roche de son plus grand blockbuster, l’oncologique Mabthera. S’en remettront-ils?
Les pertes subies par ces firmes lorsqu’un de leurs brevets tombe sont liées à l’émergence d’un générique qui le concurrence. Le public doit comprendre que, pour avoir un générique, il faut d’abord qu’il y ait eu un original. Si on décourage l’innovation, en mettant trop la priorité sur les génériques, on va tuer cette capacité à prendre des risques. Mais les grands groupes pharmaceutiques n’ont pas attendu pour agir: ils sont en train de développer les génériques à l’interne, soit en rachetant des petits producteurs, soit en se dotant eux-mêmes de cette expertise. Novartis, par exemple, a acheté plusieurs fabricants de génériques.
 
Quel rôle joue l’exigence de sécurité toujours plus élevée – lors des études cliniques – sur le prix des médicaments?
Le développement de médicaments est probablement l’activité humaine la plus réglementée. Les fabricants s’exposent à un véritable parcours du combattant, long et coûteux. La solution, c’est de se doter d’outils technologiques qui rendent la démarche à la fois plus sûre et légère. Je fonde énormément d’espoir sur la biosimulation des effets d’un médicament. L’idée est de détecter très tôt, par des algorithmes informatiques, les éventuels problèmes que nous rencontrons aujourd’hui lors des phases cliniques.




Tags: actuels, médicaments, santé,

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