Le Nobel à Obama
Commandant en chef scruté
Par Matthieu Ruf - Mis en ligne le 16.12.2009 à 18:41
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LES FAITS
Dix jours après avoir annoncé l’envoi de 30 000 soldats supplémentaires en Afghanistan, Barack Obama a fait une visite éclair à Oslo pour recevoir son prix Nobel de la paix, le 10 décembre. Dans son discours, le président américain a d’emblée empoigné la «controverse considérable» déclenchée par cette attribution, en revenant de nombreuses fois sur son rôle de «commandant en chef de l’armée d’une nation engagée dans deux guerres». Accueillant la récompense avec humilité, il a rendu hommage à Martin Luther King, tout en soulignant que cet exemple pacifiste ne suffisait pas à un chef d’Etat: «Ne nous y trompons pas: le mal existe dans le monde. Un mouvement non violent n’aurait pas stoppé les armées d’Hitler. Des négociations ne peuvent convaincre les leaders d’al-Qaida de déposer les armes.»
LES COMMENTAIRES
Le Monde ironise: «Le prix Nobel de la paix ayant été fondé par Alfred Nobel, l’inventeur de la dynamite, peut-être n’y a-t-il pas lieu de s’étonner.» Libération souligne aussi le paradoxe de ce Nobel de la paix reçu par un homme se servant «de cette tribune pour prévenir le monde que les missions armées de l’Amérique ne sont pas près de s’achever». Et le quotidien de citer 1984: «L’un des slogans du Parti, dans le roman d’Orwell, était prémonitoire: «La guerre, c’est la paix.» Si la Süddeutsche Zeitung titre: «Un prix pour de beaux discours», elle reconnaît que «le président américain ne fuit pas la critique internationale, mais lui répond au contraire directement». Pour Asia Times, en dédiant «la moitié du discours à défendre l’usage de la force», Obama a fait écho «au réalisme longtemps favorisé par les politiciens républicains». The New York Times se félicite de ce que le président du comité, Thorbjorn Jagland, ait fait l’éloge du multilatéralisme d’Obama et de ses efforts contre la torture, le réchauffement climatique et la prolifération des armes: «C’est un grand soulagement d’entendre un président américain être décrit avec tant d’espoir et de respect.»
À SUIVRE
L’espoir, en effet, reste énorme à travers le monde. Quant au respect, Obama en a perdu, en Norvège, en déclinant la traditionnelle interview du lauréat, l’invitation à déjeuner chez le roi et le concert donné en son honneur, le soir même à Oslo.
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