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Comment font-ils pour tenir?

Par Marie Maurisse, Titus Plattner - Mis en ligne le 15.01.2009 à 06:00

SPORT. Face au stress dû à leur fonction, les chefs d’Etat sont contraints de se mettre au sport. Et de surveiller leur alimentation.

Etre élu à la Maison-Blanche force à faire le tri dans sa vie. Les moments où l’on peut se retirer, pour réfléchir à l’essentiel ou se ressourcer, se réduisent à quelques jours de vacances par année. Barack Obama le sait: il ne pourra presque plus regarder les matchs de basket à la télévision et il ne verra pratiquement plus ses amis. Mais s’il y a une chose que le nouveau président compte bien ne pas sacrifier, c’est le temps qu’il consacre au sport.
Depuis son élection, le nouveau président américain aurait même intensifié sa pratique du fitness. Pas un seul jour ne passerait sans qu’il ait sué pendant une heure et demie au moins. Cette hygiène de vie serait devenue une sorte de thérapie, un besoin toujours plus fort, au point que, selon le Washington Post, Barack Obama ressemble désormais davantage au vainqueur d’un concours de maillots de bain qu’à un président des Etats-Unis. Durant ses dernières vacances, à Hawaii, le monde entier a pu apprécier ses pectoraux d’athlète. Ce que l’on sait moins, c’est qu’il les sculpte au cours de quatre séances hebdomadaires de musculation. En dehors de cela, «il fait du sport tous les jours, comme une horloge», assure Marty Nesbitt, l’un de ses plus proches amis.

Faire le vide autour de soi. Le fitness lui permet d’évacuer son stress, de conserver une certaine routine dans des journées sans cesse chamboulées. Et surtout, lui offre un moment où il peut réfléchir sans être interrompu à tout bout de champ. Souvent, il s’isole complètement, les écouteurs de son iPod dans les oreilles.
Durant la campagne électorale, les membres de son staff ont ainsi dû réserver des dizaines de salles de fitness. Il est même arrivé que leur champion fasse venir par avion des amis de l’autre bout des Etats-Unis, juste pour une partie de basket-ball. Barack Obama est mordu de ce sport au point de songer à doter la Maison-Blanche d’un terrain de basket, assure son beau-frère.
Depuis son élection, rien n’a changé. Tous les matins, à 7 h 30 tapantes, Barack Obama se rend dans un immeuble de luxe de Regents Park où l’un de ses amis possède un fitness privé. Selon le Washington Post, le nouveau président y rejoindrait Reggie Love, un ancien joueur professionnel de basket de 26 ans, devenu homme à tout faire et coach personnel d’Obama.
Le futur président des Etats-Unis soulève des poids durant la moitié de la séance, l’autre moitié étant consacrée à l’entraînement cardiovasculaire (vélo d’appartement, tapis roulant et crosstrainer). Ensuite, il s’accorderait un snack composé d’une barre protéinée et d’un thé froid bio.
Dès le 20 janvier, Barack Obama pourra profiter de la salle de sports privée de la Maison-Blanche. Michelle, son épouse, a raconté à la presse américaine que lors de la visite des lieux en novembre, George W. Bush n’a pas manqué d’en vanter les équipements.
Mordu de sport, ce dernier a d’ailleurs fait installer un vélo d’appartement dans l’avion présidentiel Air Force One. George Bush l’a souvent dit: ce genre d’activités physiques l’a aidé à tenir face à la pression incroyable de la fonction.

Du jogging à l’Elysée. Les présidents américains ne sont pas les seuls à avoir une discipline de fer. Parmi les chefs d’Etat, il est de bon ton de faire de l’exercice, de suer, et de surveiller les calories en trop. Désormais, mieux vaut être «fit» pour garder le pouvoir. Nicolas Sarkozy a donc fait appel à Julie Imperiali, la coach sportive de son épouse. Cette ancienne danseuse et championne d’aérobic a récemment livré ses secrets au magazine Elle. Plusieurs fois par semaine, elle entraîne le président et Carla Bruni-Sarkozy dans les jardins de l’Elysée. A l’endroit même où se dépensait Sumo, le chien de Jacques Chirac. Jamais un chef d’Etat français n’avait profité de cet espace pour faire du jogging.
Mais comme l’indique la «personal trainer» de 26 ans, Nicolas Sarkozy «a besoin de transpirer». Et chaque séance se termine par une demi-heure de stretching. Pour elle, le président français est un bon élève. «Depuis qu’on a commencé (…), il a réussi à transformer son corps. Il a appris à s’étirer, à alléger les tensions.» A cela s’ajoute un régime alimentaire dissocié – pâtes et légumes ou viande et légumes – qui permet au chef de l’Etat d’avoir une ligne impeccable. Dans les médias français, la condition physique de Nicolas Sarkozy a suscité la surprise. Au pays du foie gras et du champagne, le hobby du président ne va pas de soi. Pire, celui-ci ne boit pas une goutte d’alcool. A côté des grandes tablées mitterrandiennes et de la passion de Jacques Chirac pour les foires agricoles, la bière et la tête de veau, Nicolas Sarkozy fait figure d’ascète.

Résister au stress. Cela n’étonne pas Marc Comina, directeur romand de Farner Consulting AG, la plus grande agence suisse de relations publiques. «Faire de la politique, c’est très éprouvant, dit-il. Dans ce métier, il est très difficile d’échapper au stress. D’autant plus aujourd’hui, où la pression publique véhiculée en permanence par les médias est décuplée. Déplacements, décalages horaires… Dans les hautes fonctions exécutives, pour tenir le coup, il faut faire du sport.»
Gordon Brown, le premier ministre britannique, a engagé la jeune Millie Dobbie en août 2008 pour 50 livres sterling de l’heure. Avec elle, il court régulièrement dans les bois attenants à sa maison de vacances. En décembre dernier, le premier ministre espagnol a demandé au Père Noël «une paire de chaussures de sport pour aller courir et jouer au basket-ball.» Fumeur invétéré, Jose Luis Zapatero n’est pas vraiment un adepte du sport. Il n’utilise pas souvent le terrain de basket installé pour lui à Madrid, dans le palais de la Moncloa. Un préparateur physique proche du premier ministre précise que «ce sont les sports télévisés qui intéressent le plus Zapatero». Mais Cronica – supplément sportif du quotidien El Mundo – le dit: en 2009, il faudra s’y mettre.
Et, en la matière, à chacun sa méthode. En Russie, Vladimir Poutine tranche avec l’hygiène de vie des dirigeants historiques du Kremlin. L’homme ne boit pas, ne fume pas. Il est en outre un sportif accompli: depuis l’âge de 11 ans, il pratique la lutte russe, le tennis, le ski, et la natation. Il est aussi ceinture noire de judo, une compétence dont il s’est servi pour faire la promotion d’un DVD consacré à cet art martial. De son côté, le nouveau président russe Dimitri Medvedev a choisi une autre discipline, le yoga, pour pouvoir se détendre. «Pour prévenir les maux de tête, j’ai besoin de faire du sport plus intensivement qu’avant», a-t-il déclaré en avril 2007 dans une interview au magazine russe Itogi. Il maîtrise même le sirsasana, la «reine des postures», qui consiste à se tenir sur la tête, les pieds en l’air.

Excès d’un autre âge. Il est loin, le temps où le premier ministre britannique Winston Churchill se vantait de ses excès: «Les règles de vie que j’ai suivies me prescrivaient de fumer des cigares et de boire de l’alcool avant, après et parfois pendant les repas et même durant les intervalles qui les séparaient. Il s’agissait d’un rite absolument sacré.» Pour se détacher de la vie politique et échapper à la dépression, Winston Churchill consacrait également de longues journées à la peinture. Impossible d’imaginer qu’un chef d’Etat se coupe ainsi du monde aujourd’hui.
La mode n’est plus aux bons vivants comme l’ont été Helmut Kohl ou Jacques Chirac. Le chancelier allemand ne mangeait rien le matin, mais il se rattrapait le soir lors d’impressionnantes démonstrations de force à table. Bien qu’il tentât de suivre régulièrement une cure à base de lait, d’œuf et de douches froides, il était devenu de plus en plus gros durant son mandat. Quand à Jacques Chirac, la légende dit qu’il était capable de s’arrêter à tous les stands du Salon de l’agriculture en y avalant quelque chose. Ces images, avec le temps, étaient devenues une source de raillerie aux Guignols de l’info.
Aujourd’hui, pour séduire les électeurs, mieux vaudrait s’afficher en train de faire du sport. Sarkozy, Obama et les autres l’ont bien compris. Bill Clinton, qui adorait croquer un hamburger au Mc Donald’s du coin après son jogging matinal, se faisait toujours prendre en photo en plein effort, et jamais devant son petit déjeuner. A quand des photos de Hans-Rudolf Merz en train de courir au bord de l’Aar?

En Suisse, le tabou. Vis-à-vis du sport, les hommes politiques suisses semblent plus complexés que leurs homologues français ou américains. «Ici, il y a plus de pudeur par rapport à cela», note un coach sportif exerçant à Genève, qui exige la discrétion. Celui-ci a déjà entraîné un politicien, mais refuse de donner son nom. Le radical Felix Gutzwiller, conseiller aux Etats et directeur de l’Institut pour la médecine sociale et préventive de l’Université de Zurich, confie qu’il a déjà fait appel à un entraîneur personnel. Mais selon lui, rares sont ceux qui font de même. «Je pense qu’un tiers des politiciens suisses pratique régulièrement une activité physique. Les deux tiers restants ne le font pas assez. Ils mangent mal, boivent de l’alcool, et ne font presque pas de sport. C’est parce que la Suisse change moins vite que les autres pays.» Mais il jure que ça viendra.

Suisse. Les secrets «forme» des conseillers fédéraux: manger et faire du sport, le tout avec modération.
 
Doris Leuthard sur son vélo tout-terrain. C’était avant son élection, car les conseillers fédéraux hésitent encore à se mettre en scène en faisant du sport. En plus du vélo, la ministre de l’Economie pratique le ski et la course à pied. Elle ne suit aucun régime alimentaire particulier, mais il lui arrive d’oublier de manger. De Hans-Rudolf Merz, on sait qu’il a arrêté de fumer voilà quarante ans (Gitanes ou Gauloises, sans filtre) et que, depuis, il fait de la course à pied de manière intensive. Le ministre des Finances entre toujours dans son uniforme de lieutenant et pèse entre 64 et 66 kilos. Depuis son accident cardiaque, il mange davantage de poisson et son huissière lui prépare des salades à midi. Pascal Couchepin, lui, s’est taillé une réputation pour la vélocité de son pas lors de ses marches en montagne ou à l’île Saint-Pierre. Le soir, il avale un bircher et se couche tôt. Le Valaisan aurait par ailleurs développé une technique imparable pour faire semblant de boire lors des réceptions officielles.

La ministre de la Justice Eveline Widmer-Schlumpf marche elle aussi au pas de charge et pratique le ski et les courses à raquettes. Malgré les montagnes de chocolat qu’elle engloutit, sa nature fait qu’elle reste svelte. Un jour, dans le train entre Zurich et Coire, une femme lui aurait tendu un morceau de gâteau en déclarant qu’elle en avait davantage besoin qu’elle: même si elle n’avait pas faim, la Grisonne l’a mangé. Le nouveau conseiller fédéral Ueli Maurer part camper dans la forêt et pratique des exercices de respiration qui lui permettent de s’endormir à peu près n’importe où en cinq minutes. Il aime le vélo, la marche et se soigne aux médecines naturelles.
La ministre des Affaires étrangères Micheline Calmy-Rey est très discrète sur sa vie privée. Mais elle aurait un appétit de moineau. Tout comme Moritz Leuenberger qui ne mange que le soir. «Quand je dois dîner avec des invités, explique-t-il, je coupe simplement les aliments dans mon assiette et les déplace de droite à gauche...» Ce discret ballet avec le couteau et la fourchette est la seule activité sportive qu’on lui connaisse.





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