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PÔLE LÉMANIQUE De la SGS fondée en 1878 à Rouen (à gauche), au port de Hampton Roads en 2011 (image de droite), les matières premières échangées dans le monde s’organisent de plus en plus à partir de Genève.
Régis Colombo / diapo.ch

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Négoce
Comment Genève est devenue la capitale mondiale du trading

Par Clément Bürge - Mis en ligne le 02.03.2011 à 15:01

L’arc lémanique attire des sociétés de négoce de matières premières du monde entier. L’Hebdo raconte l’épopée secrète de ce secteur inconnu et les raisons d’un tel succès.

Incontournable. Telle est la place de Genève dans le négoce des matières premières. A lui seul, l’arc lémanique gère un tiers du trading de pétrole, des céréales, du riz, des oléagineux, ainsi que la moitié du négoce mondial de café et de sucre. En données absolues, les sociétés basées à Genève échangeraient plus de 700 millions de tonnes de pétrole par an. Ancienne reine du négoce, Londres en traite 520 millions, la rivale asiatique, Singapour, 440 millions.

«LES AUTORITÉS SUISSES ONT EU L’INTELLIGENCE D’ACCUEILLIR LES TRADERS AVEC DES CONDITIONS FISCALES FORT FAVORABLES.» Gérard Emler, ancien négociant

Une domination qui se renforce de jour en jour depuis que la ville s’est convertie en «trading hub» et attire, à la façon d’un aimant, toutes les entreprises du secteur, des négociants aux banques, en passant par les affréteurs et les assureurs. Un état de fait à nouveau confirmé par l’arrivée, le mois passé, du géant Rosneft, plus grand producteur russe de pétrole, permettant à Genève de piloter les trois quarts des exportations d’or noir de ce pays.

Selon les données les plus récentes, les quelque 500 sociétés actives dans le secteur du négoce à Genève, employant 8000 personnes, rapportent au canton près de 285 millions de francs grâce aux impôts sur le bénéfice des entreprises et plus de 10 millions grâce à la TVA. Et ce, sans que la plupart des marchandises qu’elles traitent ne passent jamais par la Suisse. Le secteur pèserait plus de 10% dans l’économie du canton.

Jusqu’à récemment, bien à l’ombre des institutions de la Genève internationale, moins controversé que le secteur bancaire et moins glamour que l’industrie horlogère, le négoce genevois passait inaperçu. Une surprise liée au recensement marginal de ces activités par les douanes, ainsi qu’à l’invétérée discrétion du milieu, qui ne s’ouvre que rarement aux médias.

A l’heure où cette place prend chaque jour une importance croissante, L’Hebdo raconte l’épopée secrète qui a permis à la cité du bout du lac de dompter cet univers, sans même posséder d’empire colonial ou d’accès à la mer.

Une tradition séculaire. «La tradition du négoce suisse se développe déjà au XIXe siècle et les sociétés helvétiques de négoce de cette époque faisaient partie des plus importantes de la planète», explique Sébastien Guex, professeur d’histoire à l’Université de Lausanne. Installée à Winterthur, l’entreprise Volkart Brothers est l’une de ces sociétés. Fondée en 1851, elle devient le troisième négociant mondial de coton, derrière deux firmes anglaises, et leader de l’exportation de café.

Autre titan: Union Trading Company. Fondée au milieu du XIXe siècle, cette entreprise bâloise avait, au départ, comme objectif de prêcher la parole de Dieu en terres africaines, avant de découvrir la rentabilité du négoce. En 1910, UTC est l’un des principaux exportateurs de cacao au monde. Avec des sociétés à New York, Calcutta ou Shanghai, la Suisse peut compter sur un réseau bien établi, qui profitera à l’émergence d’un savoir-faire durable dans le secteur du négoce.

La SGS déménage à Genève. En échappant à la dévastation du premier conflit mondial, la Suisse offre une séduisante vision de «business as usual», lui permettant d’attirer nombre d’entreprises. «C’est à ce moment que la Suisse est devenue l’une des principales places financières.

Alliée à la force du franc et à un fisc très arrangeant à l’égard des sociétés, cette chance a favorisé le commerce international, et a permis à l’arc lémanique de développer des activités de négoce, notamment au travers de ses banques privées», explique Sébastien Guex.

«La concentration des capitaux sur Genève a permis de financer des activités de négoce avec des taux d’intérêts jusqu’à 3% inférieurs à ceux pratiqués en Allemagne ou en France. Une différence énorme lorsque vous effectuez des opérations qui portent sur des centaines de millions», souligne l’historien.

Les premières maisons marchandes de grains, comme la société lausannoise André, s’établissent alors dans la région, une localisation qui leur offre l’avantage d’être proches de leur client principal établi à Vevey, Nestlé. Presque au même moment, deux accidents historiques permettent à la place de revêtir un statut international. La Société générale de surveillance (SGS), l’indispensable organe du contrôle des marchandises fondée à Rouen en 1878, y installe son siège en 1915.

«La société cherchait à se placer sur l’axe de négoce principal, Moscou-Brest. Elle voulait se rendre à Zurich, mais lors d’une escale, elle a décidé de rester à Genève», explique Jean-Luc de Buman, senior vice-président de l’actuel leader mondial de l’inspection. Autre phénomène: le tracé du mythique Orient-Express, qui relie Londres à Istanbul, est modifié, plaçant Lausanne sur son trajet. Une décision qui incite les marchands turcs à se réfugier dans la région à la chute de l’empire ottoman.

Cargill et Ned Cook s’installent. En 1946, la SGS réalise un coup de maître, en étant désignée pour surveiller l’application du plan Marshall, ce qui permet d’accroître l’aura de la ville de Genève en Europe. «C’est un des tournants de notre histoire», souligne Jean-Luc de Buman.

A nouveau épargnée par les grands tourments du XXe siècle, Genève, grâce à ses infrastructures intactes et la qualité de ses lignes de communication, présente des atouts non négligeables pour attirer les grands noms du négoce. Comme le précise Sébastien Guex, cette atmosphère favorable sera renforcée par le fait qu’«après le conflit, la Suisse va maintenir un système économique très libéral, sans contrôle des changes. Une décision qui favorise les échanges internationaux.»

Les sociétés ne se font pas attendre. Au début des années 50, le premier «major» du négoce de céréales, Cargill, établit à la rue Firmin-Massot son quartier européen, sous le nom de Tradax. «C’est d’abord leur président, Walter Gage, qui est arrivé avec une petite équipe de dix Américains, puis ils ont engagé des jeunes Européens.

Toute leur croissance internationale s’est faite depuis Genève», raconte Gérard Emler, un négociant français de 82 ans, créateur de la filiale internationale du céréalier Ned Cook, et qui connaît les moindres recoins de la place genevoise. «Mais ce major est venu dans le canton surtout grâce à l’intelligence des autorités suisses d’accueillir les traders. Les conditions fiscales accordées aux multinationales étaient fort favorables», explique-t-il.

Cargill aurait négocié avec le canton de Genève un arrangement fiscal sur la base de ses frais généraux. Peu de temps après, deux autres géants, les américains Continental et Ned Cook établissent leur quartier général européen dans la cité de Calvin.

Dans les années 60, ils sont rejoints par les cotonniers égyptiens, qui fuient la prise de pouvoir de Nasser. Si la plupart des experts estiment que ces derniers étaient surtout à la recherche de stabilité politique, Emmanuel Fragnière, professeur à la Haute Ecole de gestion de Genève mentionne d’autres facteurs, comme «la présence préalable d’une diaspora».

Le zèle genevois sera renforcé par l’attitude méprisante de la reine du négoce, Londres. «Le monde avait changé: l’empire britannique n’existait plus, la livre avait perdu son importance et le dollar était la monnaie de référence. Mais les Anglais ne faisaient plus d’efforts particuliers par rapport aux autres petites places, comme Genève», dit Gérard Emler.

L’école genevoise. Mais la place explose véritablement au lendemain du choc pétrolier de 1974-75. La clé de cette réussite tient à une découverte miraculeuse du «pape du négoce», Christian Weyer, ancien patron de la banque Paribas en Suisse. L’homme, qui a commencé sa carrière chez Tradax, invente le «crédit transactionnel», un nouveau type d’opération qui finance les traders, cargaison par cargaison.

«Grâce à ce système, des sociétés avec un capital minuscule pouvaient se permettre de réaliser des opérations de plusieurs millions de dollars», souligne Eric de Turckheim, fondateur de la société Trafigura. Née au sein de la Paribas, cette «école genevoise» s’étendra à d’autres institutions. «Cet outil de négoce «sur mesure», a permis le développement inconditionnel de la place.

«GRÂCE AU CRÉDIT TRANSACTIONNEL INVENTÉ À GENÈVE, DES SOCIÉTÉS AVEC UN CAPITAL MINUSCULE POUVAIENT SE PERMETTRE DE RÉALISER DES OPÉRATIONS DE PLUSIEURS MILLIONS DE DOLLARS.» Eric de Turckheim, fondateur de Trafigura

Aujourd’hui encore, même si les types de financement se sont diversifiés, Genève en reste la spécialiste», dit Eric de Turckheim. «Sans un expert comme Christian Weyer, rien n’aurait été possible, explique Gérard Emler. Il a permis l’expansion de la place genevoise avec le soutien des banques. La question fondamentale des matières premières, c’est la matière grise». Aujourd’hui, BNP-Paribas finance encore un milliard de dollars d’échanges de matières premières par jour.

Avec la libéralisation des prix de l’or noir, de nouvelles sociétés arrivent sur le marché, dont Glencore, basée à Zoug et fondée par le légendaire trader américain Marc Rich, longtemps poursuivi aux Etats-Unis pour violation d’embargo sur l’Iran et l’Afrique du Sud. Sourire aux lèvres, Gérard Emler explique que «toutes ces années, entre 1970 et 1990, étaient exceptionnelles.

Les volumes des échanges étaient colossaux, notamment à cause de l’URSS qui importait des quantités de matières premières en masse.» L’époque voit arriver, coup sur coup, la Mediterranean Shipping Company (MSC), seconde compagnie d’affrètement mondiale, ou encore Vitol, un des leaders mondiaux du négoce de pétrole. A la dislocation de l’URSS, l’interlocuteur unique que représentait l’Etat soviétique se transforme instantanément en une multitude d’agents, dont une grande partie s’installe à Genève.

«The place to be». En 2003-2004, un événement chamboule le marché mondial, et l’importance de Genève. La Chine va soudainement importer des minerais de fer en quantité astronomique, équivalant environ quatre fois la demande globale de l’année précédente. «Dès lors, nous avons assisté à une congestion des cargos, chargés de transporter ces minerais, dans les ports, raconte Emmanuel Fragnière.

Alors que durant un demi-siècle, le coût de l’affrètement était d’environ 10 000 dollars par jour, ce prix augmente subitement à 150 000 dollars. A partir de ce moment, la flagrante interconnexion entre tous les domaines du marchés a souligné l’importance de retrouver les mêmes acteurs sur une place unique, dans notre cas: Genève.»

«La place genevoise a alors acquis la taille nécessaire pour provoquer un effet boule de neige et est devenu the place to be pour tous les types d’acteurs: sociétés de négoce, d’affrètement, des banques et encore des services annexes comme l’inspection», souligne Geert Descheemaeker, secrétaire général de la Geneva Trading and Shipping Association (GTSA).

«L’avantage genevois est incomparable, admet Pierre Lorinet, directeur des finances de Trafigura. La proximité des fournisseurs de services, comme les banques, SGS ou MSC, nous permet de nous concerter de manière plus efficace et plus rapide.»

Les défis. Récemment, cette position de capitale mondiale a été encore renforcée par l’arrivée des géants russes Rosneft et Bashneft. Mais des menaces pèsent sur cette domination. En ligne de mire: les pressions de l’Union européenne sur la fiscalité des entreprises dans les cantons suisses.

Grâce au statut de «société auxiliaire», Genève limite le taux d’imposition sur le bénéfice de ces entreprises à 12% en moyenne (impôts fédéral, cantonal et communal cumulés), soit la moitié du taux ordinaire. «Nos activités se déroulent à l’étranger et ont peu à voir avec la Suisse, d’où ce système de taxation, se défend Geert Descheemaeker. Sans cela, nous prenons le risque que certaines sociétés délocalisent une partie de leurs activités vers Dubaï ou Singapour.»

Une opinion que ne partage pas Eric de Turckheim, convaincu par la force du hub: «Genève a atteint une telle dimension qu’une modification du régime fiscal ne changerait rien.» Une des stratégies envisagées par les négociants genevois, qui collaborent activement avec les autorités cantonales et fédérales, serait de s’inspirer de Neuchâtel, canton qui s’apprête à voter sur une modification du système d’imposition des entreprises, afin de ne plus faire de distinction entre sociétés suisses et multinationales.

Ce système permettrait d’instaurer un taux d’imposition uniforme d’environ 15% à tous les types de sociétés. Les autorités cantonales se disent attentives au problème. Au début de cette année, le responsable du Département genevois des finances, David Hiler, a lancé un groupe de travail réunissant banques, multinationales et pouvoirs publics. Celui-ci a pour but d’élaborer les prémisses d’un projet de loi réformant la fiscalité des personnes morales.

Mais la vitesse à laquelle s’installent les entreprises inquiète Geert Descheemaeker: «Cela commence à être ingérable. Nous manquons de personnel qualifié à Genève. Lorsqu’une société s’installe, elle doit soit importer ses employés, soit les chercher dans les autres compagnies.» Pour pallier ce problème, l’association a monté une batterie de formations dont un programme de master en «International Trading» à l’Université de Genève (voir encadré).

Autre problème: la saturation physique de Genève. Logements introuvables, manque de places dans les crèches, Nicolas Tamari, CEO de la société Sucafina, explique: «La ville ne peut pas continuer à accueillir plus de joueurs.» Une plaie déjà connue de l’arc lémanique qui mène Emmanuel Fragnière à dire que «Genève devrait savoir ce qu’elle veut. La ville a la chance d’attirer un secteur incroyable, mais devrait arrêter de faire n’importe quoi.

Au risque que l’on me traite d’hérétique, il faut que les autorités déclassent la moitié des terrains agricoles pour, enfin, créer les logements nécessaires, sans quoi nous allons assister à une crise sociale sans précédent.»


Le négoce dans la région lémanique en chiffres

8000 personnes Le nombre d’employés du secteur du négoce genevois. Il comprend tous les types d’activités confondues, du trader à l’affréteur, en passant par l’assureur.

500 sociétés ayant des activités connexes au négoce seraient établies dans l’arc lémanique. Un chiffre qui a explosé ces dernières années. En 2006, elles n’étaient que 200.

850 millions à 1 milliard C’est le montant global, en francs, que représentent les salaires du secteur. Ils seraient de 16% supérieurs aux salaires moyens genevois payés par les banques.

10% Le pourcentage du négoce dans l’économie genevoise. Le négoce suisse (essentiellement présent à Genève et Zoug) représente 2,5% du PIB du pays, soit plus que le tourisme.


GENÈVE: UN «TRADING HUB» QUI ATTIRE TOUTES LES ENTREPRISES DU SECTEUR


Glossaire

Négoce/trading: une activité vieille comme le monde. A l’origine, les sociétés de négoce s’occupent de déplacer des matières premières d’une région possédant un surplus de production vers une région en déficit. Aujourd’hui, ces sociétés sont de plus en plus amenées à gérer les risques financiers.

Traders: ce sont les «cerveaux» qui établissent les stratégies de vente et d’achat. Ceux-ci sont appuyés par de nombreux opérateurs, chargés de la logistique et des tâches administratives, nécessaires à l’acheminement des marchandises.

Affrètement/shipping: le secteur relatif au transport maritime des matières premières. La société MSC, basée à Genève, est le N°2 mondial du secteur.

Inspection: indispensable au négoce, il s’agit du contrôle, sur le lieu de production ou de livraison, des qualité et quantité des matières premières achetées. La SGS, basée à Genève, en est le leader mondial.


Geert Descheemaeker, Sam Shipping

"L'affrètement, c'est la gestion du risque"

Ex-président du Propeller Club et secrétaire général de la Geneva Trading and Shipping Association, Geert Descheemaeker, l’homme à la tête de SAM Shipping, est l’un des meilleurs connaisseurs de la place genevoise du négoce. Après avoir dirigé la filiale belge de la SGS et travaillé dans presque tous les secteurs du shipping, ce Belge d’origine a fondé sa propre compagnie d’affrètement.

«Notre flotte de dix vraquiers – des cargos spécialisés dans le transport de matières sèches – s’en va de par le monde pour livrer du blé, du charbon, du coton ou du fer», dit-il. Si un bureau partenaire, basé à Hong Kong, s’occupe des affaires techniques des cargos, l’équipe de six personnes à Genève se consacre à leur gestion: livrer la marchandise de la manière la plus efficace possible et, surtout, gérer les risques que représente chaque cargaison.

Comme l’explique le capitaine Sarp Sentuna, ancien commandant de navire et aujourd’hui chartering manager de SAM Shipping: «Nous devons prendre en compte tous les facteurs qui influent sur le prix du transport. Par exemple, si un ouragan détruit les récoltes de blé en Australie, nous savons que la demande de bateaux dans la région sera faible. Les prix vont donc chuter.

Nous cherchons à éviter ce genre de problème.» Le capitaine Sarp Sentuna pointe du doigt un nouveau phénomène, apparu il y a trois ans: «Nous devons aussi prendre en compte le risque d’attaques de pirates, particulièrement dans le golfe d’Aden, entre la Somalie et le Yémen. Cette année, trente-cinq navires ont déjà été saisis par les pirates.»


Surchauffe

La guerre des ressources humaines

Si des nouvelles sociétés rejoignent, chaque mois, le «hub» genevois, le phénomène n’est pas sans créer des tensions, notamment au niveau des ressources humaines. Le secteur requiert un personnel qualifié, pas toujours disponible dans le bassin lémanique.

Pour combler ce manque, la Geneva Trading and Shipping Association, fondée en 2006 pour soutenir et développer le secteur du négoce, a créé un master en «International Trading» en collaboration avec la Faculté des sciences économiques et sociales de l’Université de Genève.

Un programme sélectif de 24 modules de 24 heures sur trois semestres, période durant laquelle les étudiants travaillent à 80% dans une société active dans le secteur. «Les étudiants sont payés, et sont quasiment assurés d’avoir un emploi à la fin de leurs études. C’est une opportunité en or», explique Geert Descheemaeker, secrétaire général de la GTSA.


Nicolas Tamari, Sucafina

"Marchands de café, plutôt de traders"

Bureaux impeccables et employés vêtus de costumes trois pièces, chez Sucafina tout donne l’impression de se trouver dans une banque ou une multinationale, à un détail près: le spectaculaire laboratoire, servant à contrôler la qualité du café, qui rappelle la véritable vocation de cette maison de négoce.

«Mais nous nous considérons plutôt comme des marchands de café que comme des traders de matières premières», explique Nicolas Tamari, l’actuel directeur. Concrètement, l’activité de l’entreprise consiste à acheter des cerises de café aux paysans dans les pays de production, pour ensuite les transformer en grains et les vendre, au final, aux industries, comme Nestlé.

Mais Sucafina, c’est aussi une longue histoire de famille dont les origines remontent au début du siècle passé. «A l’origine, mon grand-père, qui vivait à Jaffa, en Palestine, exportait des oranges en échange d’autres produits agroalimentaires, comme le sucre ou le blé et les distribuait ensuite au Moyen-Orient», explique Nicolas Tamari. En 1948, à la partition de la Palestine, la famille est forcée de se réfugier au Liban et en Jordanie, avant d’arriver à Genève en 1977, à nouveau pour fuir la guerre.

Aujourd’hui, malgré le succès de sa société à travers le temps, Nicolas Tamari raconte que sa philosophie reste de «ne jamais rien prendre pour acquis, et toujours se remettre en question».

Quant à l’avenir de la place genevoise, il en a une idée très claire: «Malgré l’euphorie économique dans le bassin lémanique, je crains que Genève ne se convertisse, à l’image de Monaco, en un endroit pour les happy fews où seules les personnes les plus aisées pourront y vivre. Il est important de garder la mixité sociale, économique et culturelle.»





Tags: Négoce, trading, Genève, arc lémanique,

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Réaction de martine keller
le 06.03.2011 à 16:34
Merci de cet article fort clair et bien instructif. Beau...
 
Réaction de Jean-Francois Morf
le 03.03.2011 à 16:37
Genève fait doubler prix blé=Tunisie+Egypte+Libye etc



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