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NOUVELLE DONNE, NOUVELLE RÉDACTION La «newsroom» du groupe Blick à Zurich dirige en continu articles et images vers les différentes déclinaisons du titre: le quotidien Blick, le site blick.ch, le gratuit Blick am Abend et l’hebdo SonntagsBlick.
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Presse
Comment les journaux s’inventent un futur

Par Luc Debraine, Christophe Schenk - Mis en ligne le 20.04.2011 à 14:04

Contrainte de faire migrer ses contenus sur internet, la presse doit vite trouver un système de paiement qui assure sa survie.

Donner, c’est donner. Après avoir offert gracieusement ses contenus pendant quinze ans sur internet, voilà la presse de papier empruntée. Elle est à nouveau contrainte, après une première tentative désastreuse vers 2005, de demander à ses lecteurs de passer à la caisse pour accéder à ses sites d’information en ligne.

«IL SE TROUVERA TOUJOURS DES GENS POUR PAYER L’INFORMATION.» Chris Anderson, auteur de Free

L’ennuyeux est que la culture de la gratuité de l’information s’est enracinée dans les terres numériques. Face à des tirages et recettes publicitaires en baisse, la presse imprimée n’a pas le choix: elle doit en 2011 convaincre que ses contenus ont une valeur, et que cette valeur à un coût.

La publicité, cette ingrate

Il y a quinze ans, les éditeurs pensaient rentabiliser leurs sites d’information avec de la publicité, des monceaux de publicité. Or celle-ci n’est pas venue, ou si peu. Plus précisément, la pub est partie ailleurs, dans les grandes lessiveuses de l’information des autres que sont les agrégateurs de contenus, comme Google.

En 2010 aux Etats-Unis, selon une projection du Pew Research Center, les revenus de la publicité en ligne ont dépassé pour la première fois les revenus de la publicité dans la presse de papier.

«Le problème pour le monde de l’information est que la plus grosse part de ces revenus en ligne ne lui revient pas mais va à d’autres acteurs, en particulier les agrégateurs», précise dans un récent rapport le Pew Research Center, spécialisé dans le journalisme.

Toujours selon le think tank de Washington, 2010 a été marquée par un autre changement fondamental aux Etats-Unis. Les Américains consomment désormais davantage d’information sur internet que dans les journaux.

En particulier sur les sites de ces mêmes journaux, à l’exemple du New York Times, premier du genre dans le monde en termes de fréquentation: 40 millions de visiteurs uniques par mois. Le problème ne se mesure donc pas en termes d’audience et d’intérêt du public pour l’information, mais bien de modèle économique.

Navigation à vue

A Paris, l’Institut Montaigne vient de le redire: le plus grand flou règne sur le futur modèle payant de la presse en ligne. A condition qu’il existe bien un modèle. Une étude récente de l’University of British Columbia suggère que 81% des Canadiens ne veulent pas payer pour de l’information, et que 90% trouveraient des solutions gratuites si les sites introduisaient des systèmes de paiement.

Est-ce à dire que la culture de l’information à l’œil a déjà gagné la partie? Dans la Silicon Valley, même le grand théoricien de la gratuité sur internet ne le croit pas:

«Il se trouvera toujours des gens pour payer l’information, toutefois pas dans les mêmes quantités qu’auparavant, confie par e-mail Chris Anderson, rédacteur en chef du magazine Wired et auteur de Free! Entrez dans l’économie du gratuit (Ed. Pearson).

Je suis partisan du modèle “Freemium” proposé par des sites de premier ordre comme ceux du Financial Times, du Wall Street Journal ou du New York Times. Cela dit, je doute fortement qu’un tel modèle fonctionne pour des journaux de moindre qualité.»

Le mélange du payant et du gratuit

Le modèle auquel Chris Anderson fait allusion est une alliance de gratuité et de payant. Certains rares sites de journaux, comme celui du Times en Grande-Bretagne, ont dressé une digue aussi payante qu’étanche pour protéger leurs contenus: l’internaute est contraint d’ouvrir son porte-monnaie s’il veut consulter ne serait-ce qu’un article.

Résultat, depuis l’introduction il y a un an de ce paywall, la fréquentation en ligne du Times a chuté de 90%. Mais la plupart des sites payants proposent une partie en accès libre pour le grand nombre et une autre à péage pour des clients «premium», lesquels ont un large accès à des articles, archives ou services.

Certains ont adopté le système il y a quelques années, comme Le Monde. Or, la majorité s’y met aujourd’hui, avec malgré tout quelques irréductibles du «tout gratuit» comme El Pais et The Guardian.

Une solution plébiscitée aujourd’hui est celle du «compteur». En allant sur le site d’un journal, un lecteur a droit à un nombre limité d’articles gratuits. Au-delà, son ticket devient payant. C’est le principe adopté récemment par Le Temps en Suisse romande et le New York Times.

Pour ce dernier titre, le nombre de consultations offertes est fixé à 20 par mois. Le grand journal américain estime que 85% des internautes ne dépasseront pas ce quota. Pour les 15% restants, le journal propose une palette d’abonnements, selon que l’utilisateur opte pour le site web, les applications iPhone et/ou iPad, et ainsi de suite.

L’offre n’est pas bon marché: 455 dollars par année pour la totalité des services. Et elle est compliquée: même le rédacteur chargé de la présenter dans le New York Times s’est trompé sur l’un des innombrables tarifs en vigueur, obligeant le quotidien à publier un correctif…

Un mur payant pour protéger le papier

«Le mode de paiement du New York Times est absurde, critique à Paris Frédéric Filloux, responsable de la Monday Note, analyse hebdomadaire des médias. Il fait payer le maximum pour le service qui est le plus en phase avec l’époque: la lecture d’un journal sur différents supports à différents moments de la journée, du papier à l’ordinateur en passant par l’iPhone.

«LES POLITICIENS FONT PREUVE D’UNE COUPABLE INCONSCIENCE.» Valérie Boagno, présidente de Presse Suisse

Ce système évoque celui du fisc français, qui est cher, compliqué et conçu pour être contourné. Avec le New York Times, il suffit d’avoir plusieurs adresses e-mail ou d’utiliser des navigateurs différents pour avoir accès à autant d’articles que l’on veut.»

Frédéric Filloux reconnaît une qualité au mur payant du journal new-yorkais: «Il a un effet protecteur sur l’édition imprimée. Le tarif meilleur marché associe un accès au site en ligne à l’édition du week-end sur papier. C’est un indice.»

En effet, l’édition dominicale du célèbre quotidien, tirée à 1,4 million d’exemplaires, et abondamment lestée en publicité, est celle qui rapporte le plus à l’éditeur.

Valérie Boagno, directrice du Temps, observe le même phénomène: «L’introduction en janvier de notre système de paiement a fait baisser de 20% le nombre de visiteurs uniques du site. Pour l’instant, car nous sommes en phase d’expérimentation, cette baisse ne nous inquiète pas.

Cette introduction a stabilisé l’érosion des ventes en kiosque et des abonnements que nous enregistrions jusqu’alors. Comme le site n’est plus entièrement gratuit, des lecteurs se tournent à nouveau vers notre édition papier. Le mur payant a surtout généré de nouveaux abonnements “pur web”, synonymes de chiffre d’affaires supplémentaire.»

Régler l'ardoise (numérique)

Payer pour du journalisme dans l’univers numérique, c’est aussi entrer – de force – dans le magasin en ligne du géant Apple; iTunes vend un nombre croissant d’applications de journaux et de magazines pour iPhone et iPad.

Chez l’éditeur Ringier, L’illustré et L’Hebdo ont récemment lancé leurs applications payantes pour tablettes numériques. En Suisse alémanique, toujours chez Ringier, le Blick les a précédés de quelques longueurs avec des offres différenciées.

«Nous avons deux stratégies dans l’univers numérique, explique Marc Walder, patron de Ringier Suisse et Allemagne. L’une est un modèle d’affaires basé sur des transactions comme les petites annonces et l’e-commerce. L’autre concerne les médias.

Nous ne pensons pas gagner de l’argent dans le futur avec l’internet fixe. En revanche, le fait de payer pour du contenu journalistique sur l’internet mobile, par exemple grâce à des applications, est en constante augmentation. Nous sommes très contents du nombre de téléchargements des applications du Blick. Par rapport aux précédentes versions gratuites de ces applications, le taux de conversion vers le payant est de 22%. C’est remarquable.»

Notons que le Blick, pour s’adapter au nouvel écosystème journalistique, a modifié la structure même de ses rédactions. Depuis un an, une newsroom centralisée distribue en continu l’information vers le Blick, blick.ch, le gratuit Blick am Abend ou l’hebdomadaire Sonntags-Blick.

Des poids lourds de la presse, non des moindres, se lancent maintenant dans la presse payante conçue spécialement pour iPad. A Londres, Richard Branson a lancé en novembre The Project, un mensuel culturel qui tire parti des possibilités multimédias de l’ardoise d’Apple.

A New York, Rupert Murdoch a créé The Daily, un quotidien pour tablette sorti en février, payant (99 cents la semaine) depuis la fin mars. Pour l’instant, les abonnés ne se bousculent pas au portillon. Pourquoi?^

«LE FAIT DE PAYER POUR DU CONTENU SUR L’INTERNET MOBILE EST EN AUGMENTATION.» Marc Walder, patron de Ringier Suisse

Une étude de l’institut de recherche knowDigital montre que peu de lecteurs du Daily sont enclins à débourser régulièrement de l’argent, comme dans le cas d’un journal sur papier. Dans le nouveau monde numérique, c’est le consommateur qui décide où, quand et comment consommer de l’information, non plus l’éditeur.

La perte de pouvoir de ce même éditeur est accrue par les conditions imposées par Apple dans le cas des abonnements à journaux et magazines, via les applications. La société californienne ponctionne 30% sur ces transactions, et bouche la vue des éditeurs sur les données de leurs abonnés.

Des deux côtés de l’Atlantique, la colère grandit contre Apple. Le Financial Times est prêt à se passer d’iTunes si la firme à la pomme n’assouplit pas sa position.

L'ogre SSR et la publicité

Passer au modèle payant signifie donc de plus faibles audiences. Mais aussi des lecteurs plus motivés, éduqués et à bons revenus, autant de facteurs qui intéressent les annonceurs. Lesquels – rappelons-le – restent plus que jamais indispensables à l’économie de la presse, en Suisse comme ailleurs.

Les rentrées financières d’un quotidien romand dépendent en moyenne à 65% de la publicité. Faciliter la migration de cette manne vers leurs sites en ligne est à l’évidence une nécessité vitale pour les journaux et les magazines.

Or, en Suisse, un acteur médiatique majeur menace ce fragile édifice économique. A la recherche d’argent frais pour équilibrer son budget mammouthéen, la SSR aimerait obtenir de la Confédération la permission de mettre de la publicité sur ses sites d’information.

Les éditeurs sont outragés de cette possible concurrence, jugée déloyale. «La SSR touche déjà des milliards grâce à la redevance, s’indigne Marc Walder chez Ringier. Il serait inconcevable qu’elle puisse avoir de la publicité sur ses plateformes en ligne.»

Pour les éditeurs, l’offre internet ne fait pas partie du mandat de service public de base de la SSR, en particulier si cette offre gratuite propose de plus en plus d’articles, comme c’est désormais le cas.

Valérie Boagno, qui est aussi présidente de l’association faîtière romande Presse Suisse, dénonce le lobbying intensif de la SSR pour changer le cadre légal, voire peser sur les études fédérales en cours sur l’avenir des médias. «Mais le problème de fond reste que les milieux politiques ne prennent pas la mesure du danger qui menace les journaux, aujourd’hui très fragilisés.

Pour eux, la presse est présente depuis 250 ans en Suisse. Elle a toujours été là, elle sera toujours là. Des groupes de presse comme Ringier et Tamedia viennent de publier de bons résultats financiers, dès lors pourquoi s’inquiéter? Les politiciens font preuve ici d’une coupable inconscience.»

Gilles Marchand, directeur de la Radio Télévision Suisse, rappelle que la SSR fait preuve d’ouverture en proposant un partage de contenus, en particulier vidéo, avec les éditeurs de presse: «Je suis convaincu qu’à terme, nous trouverons une solution. C’est le public qui nous le demandera. Ce public est attaché à ses journaux tout en souhaitant chaque jour davantage avoir accès à des vidéos et à des sons de qualité fabriqués en Suisse romande.»

«Tous les développements en matière de médias ont passé par des phases de tensions entre les acteurs, poursuit Gilles Marchand. Souvenez-vous que, lorsque la radio s’est développée, les éditeurs lui ont interdit de proposer de l’information autre que les dépêches d’agence.

«TOUS LES DÉVELOPPEMENTS DE MÉDIAS CRÉENT DES TENSIONS.» Gilles Marchand, directeur de la RTS

Puis, lorsque est arrivée la TV, la pub lui était interdite. Là, c’est le marché qui finalement l’a réclamée. Je trouve juste que l’on mette au point des modalités qui n’affaiblissent pas un secteur qui fait face à des difficultés. Mais il est certain aussi que le développement de la presse ne passe pas par l’affaiblissement de l’audiovisuel.»

Le papier, c'est l'avenir

Le web, le numérique, les tablettes, les smartphones… Certes. Et si l’avenir des journaux et des magazines reposait aussi sur le bon vieux papier? Ignacio Ramonet, l’ancien remuant directeur du Monde diplomatique, a beau prédire L’explosion du journalisme (c’est le titre de son dernier essai paru chez Galilée), il reste béat d’admiration devant le succès d’un hebdomadaire comme Die Zeit en Allemagne.

«Le tirage de cet hebdo dépasse désormais les 500 000 exemplaires, s’enthousiasme Ignacio Ramonet. Contre toutes les modes actuelles, Die Zeit publie des articles longs, documentés, sérieux, surtout fiables. Ce périodique donne du sens à son époque par ses propres voies journalistiques. Celles-ci s’avèrent originales et inattendues. Et elles échappent au flot d’actualités hystérisantes qui nous assomme tous les jours.»

Autre exemple spectaculaire, le quotidien nrc.next aux Pays-Bas. Lancé en 2006, le journal reprend pour moitié les articles du grand quotidien néerlandais NRC. Mais lui s’adresse à la tranche des 20-40 ans, celle qui ne lit plus les journaux.

Loin d’être orienté populaire, le tabloïd s’adresse aux milieux éduqués, intellectuels, avec une part importante d’analyses, d’opinions, d’approches fraîches de l’actualité, des phénomènes de société et de la culture.

A ce contenu rédactionnel s’ajoute une forme soignée, à la typographie et au graphisme constamment inventifs, qui n’hésite pas à agrandir chaque jour une seule photo sur deux pages. Tiré quotidiennement à 85 000 exemplaires, vendu un peu plus d’un euro, nrc. next fait désormais partie des quotidiens néerlandais les plus lus. Alors?


Données et tendances


Un quotidien pour tablettes

"The Daily", le nouveau journal de l'ère numérique

«Une nouvelle ère requiert un nouveau journalisme. Alors nous avons créé The Daily complètement à partir de zéro pour l’appareil le plus innovant à être apparu de mon vivant», a lancé Rupert Murdoch, 80 ans, lors de la présentation le 2 février dernier de son nouveau journal.

The Daily est en effet le premier quotidien à être créé spécifiquement pour les tablettes numériques, iPad en tête. Apple s’est d’ailleurs joint à la promotion initiale de The Daily: l’acheminement virtuel du journal est pris en charge par son magasin en ligne iTunes, via une application payante.

The Daily tire au maximum parti des possibilités d’une tablette numérique. Chaque sujet se voit attribuer selon sa nature une ou plusieurs formes: texte, photo, son, vidéo, infographie, animation interactive, information actualisée en temps réel ou réseau social. Chaque numéro peut avoir jusqu’à 100 pages, 100 étant aussi le nombre de journalistes à l’œuvre dans la rédaction de New York.

Jusqu’au 21 mars, The Daily était gratuit. L’application coûte désormais 99 cents par semaine, ou 39,99 dollars par an, soit un coût très bas. Le journal se passe en effet de papier, d’impression, de camion ou de poste.

Si l’application a été téléchargée une centaine de milliers de fois lors de la période de gratuité, le passage au payant est plus difficile qu’anticipé. Le projet a coûté 30 millions de dollars. Il lui faudrait 75 000 abonnés pour atteindre l’équilibre. Les responsables du Daily ont contesté le chiffre de 5000 abonnés avancé fin mars.

Mais le fait que le journal sera disponible bien plus vite que prévu hors des Etats-Unis, sans doute au début de l’été, n’est pas un bon signe. Des utilisateurs se sont aussi plaints des bugs répétitifs de l’application. Le problème le plus épineux est sans doute la qualité parfois contestable des contenus, plus proches d’un tabloïd ou d’un USA Today que d’un quotidien haut de gamme.

Et encore...

Sir Richard Branson, toujours à l’affût d’un nouveau filon pour son groupe Virgin, a lancé en novembre dernier son propre magazine culturel pour iPad, The Project. Multimédia, pimpant, grand public, le mensuel est décliné en trois versions nationales: GB, Etats-Unis, Canada. Chaque numéro coûte 3 fr. 30 sur iTunes.


L'info au quotidien sur le net

Mediapart, la qualité avant tout

A son lancement en 2008, les spécialistes ne donnaient pas cher de la peau de Mediapart. Un journal d’informations disponibles uniquement sur internet et qui avait en plus la prétention d’espérer se financer grâce à des abonnés payants plutôt que via la publicité (à la manière, par exemple, du modèle choisi par son concurrent Rue89, apparu à la même période).

Trois ans plus tard, Edwy Plenel et son équipe semblent pourtant avoir gagné leur pari, affichant près de 50 000 abonnés, couvrant 95% du budget de fonctionnement du site.

Mais la route fut longue et les lendemains ne sont pas assurés pour autant, puisque l’abonnement peut être renouvelé de mois en mois, notamment. Reste une foi inébranlable en la qualité de l’information, seul critère capable de garantir la fidélité du lectorat.

La réussite de Mediapart tient ainsi avant tout à son pari journalistique. A la peine après une année d’activité – repoussant son objectif d’équilibre à 2012 et augmentant son capital – le site s’est imposé suite au déclenchement de l’affaire Woerth-Bettencourt et aux nombreuses révélations qui ont suivi.

Rien qu’au mois de juin 2010, Mediapart a ainsi gagné 5000 abonnés supplémentaires. Et est parvenu à poursuivre cette progression par la suite.

Dernier projet en date, le lancement en mars 2011 de Frenchleaks, une plateforme bâtie sur le modèle de Wikileaks, dont le but est de mettre à disposition une base documentaire riche et d’intérêt.

Une manière de perpétuer le volet participatif de Mediapart – les abonnés peuvent tenir un blog sur le site – sans faire pour autant l’économie de l’ambition éditoriale. Les documents et informations publiés sur Frenchleaks ne le seront qu’après validation par les journalistes du site.

www.mediapart.fr

www.frenchleaks.fr

Et encore...

Apparu en même temps que Mediapart, Rue89 vient de lancer le site jaimelinfo.fr qui propose aux internautes de financer des projets journalistiques. Lancé en 2009, Slate.fr propose quant à lui un modèle plus magazine, gratuit et disponible sur le Net, mais détaché de l’actu ou de la course au scoop.


Un magazine personnalisé sur tablette

NewsMix, un journal à son image

De Twitter à Facebook, l’actualité passe toujours plus par les réseaux sociaux. A tel point que ces sites sont aujourd’hui utilisés comme des plateformes d’accès à l’information, au même titre que certains moteurs de recherche. Différence de taille toutefois, la dimension communautaire permet à l’internaute d’être aiguillé par ses contacts vers des informations susceptibles de l’intéresser.

Ce type de filtrage personnalisé de l’information a donné des idées à François Bochatay et Vincent Rithner. Le duo lausannois, créateur de l’application SoBees, présente aujourd’hui NewsMix. Une application qui permet d’agréger ses contenus internet tout en les filtrant selon ses intérêts. Le tout sur tablette.

En clair, une fois son profil créé, NewsMix permet de suivre les informations partagées par ses contacts sur les réseaux sociaux, mais aussi sur le Net, tout en proposant une sélection intelligente, grâce à des algorithmes, des logiciels d’analyse sémantique ou encore aux différents commentaires et autres «I like» que l’on laisse sur la Toile.

Adapté aux nouvelles interfaces développées par les tablettes, NewsMix répond également à l’évolution du Net. En gagnant en popularité, un site comme Twitter a perdu en clarté, rendant les recherches ciblées difficiles à cause du trop-plein d’information. Seul un filtre personnalisé permet de s’y retrouver. Et pourrait aussi offrir un accès plus ciblé aux médias traditionnels.

NewsMix songe ainsi à développer un kiosque en ligne, par lequel ses utilisateurs pourraient acquérir des articles ou des éditions de journaux ou de magazines selon leurs intérêts. En attendant, l’application vendue sur iTunes devrait être complétée dans les prochaines semaines par une version disponible sur internet, via un site gratuit développé grâce à la technologie HTML 5.

www.newsmix.me

En vente sur l’iTunes Store.

Et encore...

La Suisse semble un laboratoire idéal pour la personnalisation de l’information. Le site et l’application Paper.li – développés par une start-up romande – permettent ainsi également d’agréger les contenus Twitter. Sur le Net, les «social curators» se multiplient également, à l’image d’Utopic.me.


Un marché pour les médias de niche

Pitchfork, un leader culturel sur le Net

En 1995, Ryan Schreiber n’était qu’un disquaire un peu fou. En 2011, le voici parmi les nominés pour le titre de personnalité de l’année du magazine Time. En seize ans, le passionné de musique s’est mué en… passionné de musique. Mais a gagné en influence.

Pitchfork, le site web créé par Schreiber en 1995, est devenu LA référence parmi les publications musicales, supplantant les magazines traditionnels, et accueille aujourd’hui 1,5 million de visiteurs uniques par mois. Jusqu’à réussir à imposer un groupe en un seul article, tel Arcade Fire, d’abord défendu sur le site avant de devenir le phénomène que l’on sait.

Le tout sans jamais s’écarter de sa ligne éditoriale, entre mise en lumière d’une scène ignorée par les grands networks et exigence critique (la note maximale de 10 n’a été attribuée qu’à une dizaine d’albums sur les près de 20 000 chroniqués jusqu’ici).

Basé à Chicago, Pitchfork emploie une vingtaine de personnes et génère un chiffre d’affaires annuel oscillant entre 5 et 10 millions de dollars. Se concentrant sur un marché de niche – la musique – le site a toujours résisté à la tentation de se décliner en format papier.

Et se présente comme un magazine online complet et mis à jour quotidiennement, découpé en rubriques fixes, financé par la publicité ainsi que par quelques activités annexes. Pitchfork a ainsi développé un secteur entertainment, à la manière de nombreux grands groupes de presse.

Créé en 2005, son festival accueille chaque année plus de 20 000 spectateurs et se décline sous la forme de mandats de programmation dans différents festivals internationaux, tandis que sa chaîne de TV online, diffusée depuis 2008, est devenue un passage obligé pour les maisons de disques et les producteurs de cinéma, entre sessions filmées et documentaires streamés en avant-première.

www.pitchfork.com

Et encore...

Principal concurrent de Pitchfork, le site anglais Drowned in Sound est financé par l’agence SilentWay, qui manage Simply Red et Suede, notamment. Depuis quelques années, les médias traditionnels ont suivi l’impulsion, créant leurs sites spécialisés à la manière des Inrocks.com ou de Next.fr, lancé par Libération.


La foi dans le papier

"XXI", le reportage grand format

«Le meilleur du journalisme, le meilleur de l’édition». Dès son lancement en 2008, le trimestriel XXI affichait fièrement ses ambitions. Et s’offrait les services d’une équipe de renom, de l’illustrateur Placid à la mise en pages au journaliste d’investigation Dominique Lorentz pour les pages d’actualité, en passant par Quintin Leeds et Sara Deux pour la direction artistique.

Inspiré par des revues comme le New Yorker, Vanity Fair ou Atlantic Monthly, XXI se démarquait également par son refus des circuits habituels de distribution, préférant les rayonnages des librairies aux devantures des kiosques.

Trois ans plus tard, les fondateurs Patrick de Saint-Exupéry et Laurent Beccaria peuvent avoir le sourire. La revue tire à 50 000 exemplaires par édition, a trouvé son équilibre grâce aux lecteurs et aux abonnés, se passant de publicité, et peut se targuer d’avoir vu l’une de ses contributrices récompensée par le prix Albert Londres (Sophie Bouillon en 2009, pour le reportage «Bienvenue chez Mugabe»).

Mieux, XXI vient même de créer un nouveau titre, 6 mois, revue semestrielle consacrée au photojournalisme, dont le premier numéro est sorti en mars dernier, fort de 800 photographies sur 350 pages. Une manière de perpétuer le slogan imprimé sur la couverture de XXI: «L’information grand format».

A une époque où la presse va toujours plus vite et où la longueur des articles rétrécit comme peau de chagrin, le succès des «mooks» – contraction de magazine et book – rappelle que le lectorat n’est pas forcément totalement satisfait de l’évolution des médias traditionnels.

Et laisse augurer de nombreuses nouvelles pistes éditoriales, entre photographies et illustrations, journalisme narratif et reportages grand format, sujets originaux et enquêtes au long cours.

www.revue21.fr

www.6mois.fr

Et encore...

En France, le trimestriel Usbek & Rica marche sur les traces de XXI. Mais ne durera que 12 numéros. Aux Pays-Bas, le quotidien nrc-next, lancé en 2006, s’est imposé en visant un public jeune et éduqué. Enfin, il faut relever le succès étonnant de l’hebdomadaire satirique Vigousse en Suisse romande.




Tags: presse, journaux, médias, futur, internet,

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