Vendredi soir, gare de Berne, entourée de roses et de camarades, la cheffe du groupe socialiste aux Chambres, Ursula Wyss, rayonne d’espoir: «La campagne est complètement différente de celle d’il y a quatre ans. Les passants sont ouverts, ils nous parlent de leur vie, de leurs peurs, alors que l’agressivité était palpable en 2007.
On nous accusait de maltraiter Christoph Blocher ou bien de ne pas en faire assez contre ses affiches.» Le Vaudois Roger Nordmann fait le même constat. «Ce qui a frappé, cette année, c’était l’absence de Blochermania. D’ailleurs, on avait décidé de ne pas répondre aux provocations. Cela a permis de vrais échanges d’idées.»
Un président gagnant. Deux jours plus tard, soulagement: le Parti socialiste amortit sa chute à 18,7% (il avait 19,5% en 2007, 23,3% en 2003). Des grands partis, il est le seul à se maintenir et gagne trois sièges au Parlement. Mais ses gains, il les doit essentiellement aux Romands qui, depuis des années, reconstruisent la maison socialiste. Le Parti socialiste fait un triomphe à Fribourg, gagne un siège au National et devient le premier parti du canton, du jamais vu, digne des livres d’histoire.
Dans le canton de Vaud, la progression permet carrément à deux nouveaux socialistes de siéger à Berne. Le Valais gagne un siège et envoie le plus jeune parlementaire sous la Coupole. Les cantons qui gagnent soignent la relève. Le secrétaire général, Thomas Christen, explique comment le PS a tiré les enseignements de la défaite de 2007. D’abord, il a travaillé directement avec les cantons. Fini les campagnes orchestrées de Berne par une cellule spéciale. Il a unifié son image et son message avec, dans tout le pays, le même slogan, le même oui, la même ligne graphique.
Tout a commencé avec le choix du président, Christian Levrat, un Romand, issu d’un des rares cantons, avec Vaud, à progresser en 2007. Le choix s’est vite imposé, personne d’autre ne se sentant d’attaque à reprendre un parti à bout de souffle. Dès lors, les Romands ont imprimé leur marque, opérant un retour aux sources, ces domaines où la compétence des socialistes est reconnue dans la population: la politique sociale et économique, dont le virage industriel vers les cleantechs et la sortie du nucléaire.
Le goût des autres. Il y a aussi la proximité, le goût des autres: les Romands qui gagnent n’ont jamais perdu le contact avec la population. On joue au foot, comme Pierre-Yves Maillard, on est dans la fanfare, comme le jeune Valaisan Mathias Reynard, on écume les marchés, comme Géraldine Savary, on chasse, comme Stéphane Rossini, on fait des courses de VTT, comme Christian Levrat. D’ailleurs, à Soleure, le seul canton alémanique à gagner un siège, Roberto Zanetti est très populaire, comme l’était le chef syndicaliste des cheminots Ernst Leuenberger, que tout le monde appelait «Aschi».
Malgré tous ses efforts, le succès, durant plus de deux ans, ne suit pas. Le parti continue de perdre, canton après canton, même à Genève où les Verts le dépassent. La spirale négative prend fin l’an dernier seulement, dans un canton romand: le Jura. Gain d’un siège au gouvernement, percée au Parlement. Suivront des succès dans les villes de Lausanne et de Genève. Et une stabilisation ce printemps dans le canton de Zurich, l’élection dont on dit qu’elle a valeur de test pour les fédérales de l’automne. Un immense soulagement au PS, où Fukushima rendait nerveux, l’accident étant censé profiter aux Verts.
Et puis, dans la crise économique et financière qui secoue le monde occidental, le parti a retrouvé son autorité. Lui qui juge immoral un secret bancaire qui protège l’évasion fiscale a vu soudain sa thèse épousée par tous: la stratégie de l’argent propre s’est imposée.
Lui qui demandait de doubler les fonds propres des banques en avril 2008 déjà, peut s’enorgueillir d’être le précurseur de la régulation des banques. Dans la crise du franc fort, l’histoire a donné raison aux socialistes qui demandaient l’arrimage du franc à l’euro, lors d’une conférence de presse le 13 janvier.
Dimanche, les Romands ont permis au Parti socialiste suisse de relever la tête, mais le travail a seulement commencé dans le reste de la Suisse. Les Alémaniques vont-ils persévérer, retrouver un ancrage populaire? Ou seront-ils tentés de lorgner sur l’électorat, plus bobo, des Vert’libéraux? Suspense.
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