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Comment Texner veut purger le sport amateur

Mis en ligne le 06.09.2006 à 00:00

L'Hebdo; 2006-09-06

Comment Texner veut purger le sport amateur

Dopage Après l'affaire Paradis, l'équipe de VTT qui l'employait décide de payer pour que Swiss Olympic contrôle ses coéquipiers. Une première. Par Paul Ackermann.

Le 8 août à 20 h 30, Daniel Paradis, double vainqueur du Grand Raid et grand nom du VTT suisse, se défile au moment d'uriner dans le gobelet que lui tend Paul-André Dubosson, mandaté par Swiss Olympic. Refuser un test antidopage équivaut à un contrôle positif. Et un contrôle positif, en cette année de scandales, dans un milieu réputé relativement propre, c'en était trop pour Remo Sargenti, patron de l'équipe Texner-BMC-Acqiris pour laquelle roulait Paradis. Le boss a renvoyé son coureur sur-le-champ, «évidemment», a-t-on envie de dire. Mais, surtout, Remo Sargenti a décidé d'agir, «contrairement à tous ces patrons d'équipe qui se plaignent d'être floués malgré les règles strictes qu'ils imposent à leurs coureurs».

Sa réflexion débouche sur une décision appliquée dès aujourd'hui: l'équipe Texner va faire contrôler de façon inopinée ses propres coureurs, à ses frais. Des tests effectués par Swiss Olympic, le garant officiel et indépendant de la propreté du sport en Suisse. Une première dans le cyclisme, et un coup d'éclat particulièrement significatif dans un sport amateur.

«Le projet nous plaît tellement que nous participerons au financement», déclare Barbara Walter, coordinatrice des contrôles pour Swiss Olympic. C'est effectivement la première fois que l'organisme pourra contrôler hors compétition et régulièrement (au moins une fois par année) tous les membres d'une équipe amateur. Un traitement réservé jusqu'ici aux 700 sportifs individuels dits «d'élite» en Suisse. «Ce n'est pas simple, ajoute Barbara Walter. Les athlètes doivent nous communiquer leur planning afin que nous puissions savoir chaque jour où ils sont.» Et si un sportif passe trois semaines au Brésil? «Nous demanderons à l'instance brésilienne d'aller le contrôler», lance Paul-André Dubosson. Selon lui, les coureurs qui n'ont rien à se reprocher voient ces contrôles d'un bon oeil: «Ils se disent que plus il y a de contrôles, meilleurs sont les résultats des coureurs honnêtes.»

Le salaire de Paradis Ce traitement particulièrement strict est généralement réservé aux formations pros comme Phonak (et encore, le contrôle annuel n'est pas garanti...). Dans ces cas-là, ce ne sont pas les équipes qui paient, mais les comités olympiques et les Etats. Les contrôleurs de Swiss Olympic s'occupent par exemple des athlètes domiciliés en Suisse, quelle que soit leur nationalité. Ce sont donc eux qui ont débusqué Oscar Camenzind, mais pas Floyd Landis ni Tyler Hamilton.

Le système que Remo Sargenti met en place dans son équipe est donc particulièrement lourd. Il est également particulièrement cher: un test hors compétition coûte 310 francs, 810 francs si on contrôle l'EPO. Avec les frais de transport, de port et de matériel, le total approche le millier de francs. Ce qui explique que Swiss Olympic n'ait pas les moyens de financer un suivi sérieux des sportifs amateurs. La somme exacte que versera Texner BMC Acqiris n'est pas encore fixée, mais elle représente «plusieurs milliers de francs par année», selon Remo Sargenti, qui dirige également l'entreprise textile sponsor de l'équipe. Le patron explique que l'entier de l'ancien salaire de Paradis y passera, ainsi qu'une partie du budget de l'équipe.

Coureurs sous le choc Ce sacrifice financier, tout le monde n'est pas prêt à le faire. Thomas Knecht, responsable du team Scott Allianz, affirme en effet que «c'est une bonne démarche, peut-être même nécessaire», mais qu'elle ne se généralisera pas dans le sport amateur. «Avec un budget de moins de 200 000 francs par année, nous ne pouvons pas nous le permettre, dit-il. Pour l'instant, nous devons nous contenter de mettre les choses au clair avec les coureurs et de leur faire confiance. De toute façon, les cadres nationaux sont déjà beaucoup contrôlés.» Pour lui, Texner a connu un gros contretemps avec l'affaire Paradis et elle n'aurait rien fait s'il n'y avait pas eu ce scandale. Remo Sargenti confirme: «Je pensais depuis longtemps aux problèmes de dopage, qui m'agacent, mais cette affaire a été un élément déclencheur.»

Toujours est-il que «la réaction de Texner est exceptionnelle, comme le dit Barbara Walter. Pour nous, le fait qu'un sponsor se soucie à ce point de la propreté de son équipe doit servir d'exemple.» Remo Sargenti reconnaît espérer que son entreprise «à but commercial» profite de ce geste pour laver son nom après l'affaire Paradis. Mais il a surtout voulu réagir «de manière intelligente» en voyant ses «jeunes coureurs sous le choc». Il a voulu leur remonter le moral et leur redonner la fierté du maillot: «Il fallait les voir. Ils étaient réellement abattus: le VTT est un sport dont la philosophie est différente de celle du vélo sur route. Plus nature, plus propre.» |

Daniel Paradis Sous les couleurs de Texner, il a refusé un contrôle antidopage. «Un événement déclencheur», pour Remo Sargenti (en médaillon), le big boss de cette équipe.




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