|
Organisation secrète. Wikileaks est plus une idée géniale qu’une organisation à proprement parler. Il n’y a pas de quartier général, pas même une adresse, juste une case postale à l’Université de Melbourne. Hormis Assange et son collaborateur allemand Daniel Schmitt, personne n’apparaît à visage découvert. Pour le reste, il n’existe que le site, quelques adresses de courriel et un compte Twitter. Au cœur des opérations se trouvent des serveurs répartis tout autour du globe, là où les lois accordent aux informateurs une solide protection. Les coûts de base s’élèvent à 200 000 euros par an, financés par des dons.
Pour Julian Assange, Wikileaks est un projet parfaitement réfléchi. A son image: l’homme réfléchit longuement avant de répondre et entend qu’on écoute sa réponse jusqu’au bout. Il ne supporte pas d’être interrompu. L’idée de base, raconte-t-il, il l’a eue dans les années 90 déjà. En 1999, il a réservé la page leaks.org. La règle, dans les sociétés ouvertes, doit être que tout le monde puisse communiquer à propos de tout. L’expérience montre que là où on a la manie du secret règne souvent l’injustice, parce que le pouvoir en abuse.
Les puissants de ce monde ont du souci à se faire. Wikileaks est manifestement assis sur un gisement infini de matériel classifié. Mais qui décide de publier quoi et quand? «La source», affirme Julian Assange. A chaque envoi anonyme, Wikileaks demande pourquoi l’informateur pense que son matériel est politiquement ou éthiquement important. A la fin, une seule personne décide de publier ou non: «Moi. Et dans le doute, je publie toujours.»
Un choix qui mérite d’être souligné dans une entreprise qui ne publie pas même les noms de ses cinq collaborateurs fixes. Et pour un homme qui tente d’esquiver toutes les questions le concernant personnellement. Deux ou trois choses semblent cependant avérées.
Du hacking à Wikileaks. Assange est né en 1973 dans le Queensland australien, dans une famille d’artistes. Couple brisé, famille recomposée, puis redétruite, au point que Julian et sa mère prennent la fuite et vivent sous une fausse identité. Vie de nomade: Julian a fréquenté près de quarante écoles. A l’âge de la pierre de l’informatique, du temps de l’ordinateur Commodore 64, l’adolescent développe pour l’informatique une vraie passion. Plus tard, à Melbourne il devient un hacker renommé pour avoir réussi à pénétrer les serveurs de plusieurs entreprises et même de l’armée US. «Il se promenait dans les ordinateurs d’autrui comme Dieu le Père», remarquait un juge qui le condamna avec sursis. Des images TV du procès montrent un jeune homme en imper, longue queue de cheval châtain et lunettes de soleil. Le groupe de hackers s’appelait International Subversives.
Lorsqu’il fut jugé, Assange était déjà père d’un petit garçon. Mais, avec la mère dont il était séparé, s’engagea une longue et cruelle bataille pour la garde de l’enfant. Qui donna lieu à des nouveaux affrontements avec l’administration publique. Le site Wikileaks est-il la réaction d’un hacker blessé, d’un génie méconnu de l’informatique? Est-ce en raison de son histoire personnelle qu’Assange utilise le mot «ennemi» pour parler de l’Etat? Pour lui, ce sont bien là des questions de journalistes. Il les déteste autant que le tampon «Secret» sur des documents officiels. Wikileaks, remarque-t-il, est aussi un projet critique envers les médias. Il veut que l’utilisateur puisse se forger une opinion sur la base de documents originaux, sans filtre journalistique. Mais dans la vidéo Collateral Murder, le titre accrocheur enfreint déjà ce principe, ce qui a valu au site quelques critiques.
Reste que, il y a quelques jours, Julian Assange a donné, à Londres, un cours à des journalistes d’investigation enthousiastes. Et son compère Daniel Schmitt a fait de même à Hambourg. Et l’an dernier, ils se sont vu décerner le prix des médias d’Amnesty International.
Tags: Wikileaks, Julian Assange, Afghanistan, Pentagone, USA, Robert Gates,
|