La conférence "Health Valley: le prochain atout lémanique"a réuni près de 200 personnes mercredi soir 3 mars dans les bâtiments de Merck Serono, à Genève (programme en PDF). Organisée sous l'égide du Forum des 100 et en collaboration avec l'association BioAlps, la conférence a permis de réaliser que le dynamisme du "cluster" romand des sciences de la vie n'est pas un effet statistique. Un chiffre est à l’origine de cet événement et du dossier qui fait, aujourd'hui, la couverture de L’Hebdo: au premier semestre 2009, les ventes de l’entreprise Medtronic, premier producteur mondial de pacemakers, constituaient près de 1% du total des exportations suisses. Les 20 000 emplois, 5000 chercheurs, 750 entreprises et 500 laboratoires de pointe offrent à la région un avenir et des atouts qui ne demandent qu'à être cultivés (voir le dossier dans L'Hebdo du 4 mars) Si bon nombre de sociétés étrangères ont été attirées dans la région par son dynamisme dans les sciences de la vie, ce nouveau miracle industriel reste trop peu connu des Suisses eux-mêmes, curieusement. Comme si les pièces du puzzle n’avaient pas encore été assemblées à ce jour, comme s’il manquait une image d’ensemble qui permette de comprendre cette formidable éclosion. C’était le but de la conférence. Conduits par Bruno Giussani, producteur du Forum, les orateurs ont exposé leurs expériences de chercheurs, cliniciens, professeurs, chefs d'entreprises ou investisseurs. Avec une constante: la force du réseau et la volonté des personnes. Un atout absolument nécessaire pour relever les défis que laisse entrevoir la médecine de demain qui devra s'adapter à la fois au vieillissement de la population et à ses conséquences - 80% des affectations seront des maladies chroniques en 2030 - et tirer profit de toutes les solutions proposées par la bioconvergence, comme l'a relevé en ouverture Benoît Dubuis, président de BioAlps (lire son interview). Tour à tour, Laurent Fay (directeur dép. Nutrition et Santé, Centre de recherche Nestlé), Thierry Mauvernay (vice-président, Debiopharm Group), François Curtin (CEO, GeNeuro), Denis Duboule (généticien, EPFL et Unige), Marisa Jaconi (biologiste, spécialiste des cellules souches, Unige), Philippe Morel (médecin-chef HUG, président FNTC), Suren Erkman (professeur d'écologie industrielle, Unil) et Stefan Catsicas (investisseur, président de Tilocor - lire son interview) ont peint un tableau aux couleurs insoupçonnées, témoingnant d'une volonté d'innovation et entrepreneuriale extraordinaire. Malgé cette concentration de savoir et cette excellence dans le savoir-faire, aucun des orateurs ne s'est laissé aller à l'autocongratulation. Dans ce domaine, porteur d'espoir pour les malades et de richesse pour l'économie, la concurrence est très forte. Le risque aussi: 1 molécule sur 10 000 devient médicament et le développement de l'un d'entre eux demande des investissements de 600 à 800 millions de francs. Pour relever ces défis, "la pharmacie doit se réinventer (...) et se rabibocher avec l'économie, a lancé Thierry Mauvernay. La santé a un prix et il faut savoir jusqu'où l'on est d'accord à payer. " Puis le vice-président de Debiopharm d'esquisser quelques pistes: travailler au redesign des molécules, explorer les médicaments plus personnalisés (diagnostique thérapeutique), lutter contre la contrefaçon et se pencher sur les besoins des pays émergents (85% de la population). Sans oublier, ici, de développer les conditions cadre adaptées aux cycles du secteur: "Il faut développer les aides publiques et privées sur 15 ans. Aujourd'hui, les start-up bénéficient de crédits d'impôt. Mais à quoi cela sert-il durant les phases de développement, périodes où elles ne font pas de bénéfices." Les exposés ont été suivi par les interventions sur le podium de Pierre-François Unger (conseiller d'Etat, Genève) et Géraldine Savary (conseillère aux Etats, Vaud). Les deux politiciens ont répondu aux questions d'Alain Jeannet (lire son éditorial), rédacteur en chef de L'Hebdo, et de l'assemblée. En débat: l'attitude et la lenteur des Chambres en matière de soutien à la recherche et les aberrations de la nouvelle loi, actuellement en préparation, sur les hautes écoles. Un manque de financement aussi? "Non", a répondu Denis Duboule. "La Suisse consacre plus de 3% de son PNB au financement de ce secteur, mieux que la plupart des pays européens. Il n'y a pas de sous-financement, le problème c'est la ventilation. Le fédéralisme représente souvent un obstacle insurmontable" dans la concentration du financement vers des centres d'excellence. Mais si les régions et les cantons se jalousent parfois, Pierre François Unger lui a rétorqué que cela peut aussi être le cas entre les instituts. Soucieux de ne pas rester sur une mauvaise note dans un secteur vecteur d'optimisme, le conseiller d'Etat genevois s'est empressé toutefois de revenir à l'essentiel: il peut certes y avoir des problèmes, mais il ne faut pas tout remettre en question. Le dynamisme des sciences de la vie dans la région reste avant tout un succès. Ce qu'à confirmé Philippe Lopes-Fernandes, vice président Business Development de Merck Serono. Si la multinationale allemande est restée à Genève après le rachat de Serono, c'est pour trois raisons: "le cadre de vie, l'environnement international et le réseau de compétences formé par les universités, les hôpitaux et les start-up. Une proximité qui facilite la cross-fertilisation." Un compte-rendu détaillé de la conférence sera publié dans L'Hebdo du 11 mars.Plusieurs orateurs nous ont autorisé à publier leur slides:Benoît Dubuis (PDF, 6.7 MB) Denis Duboule (PDF, 2.4 MB) Suren Erkman (PDF, 1.9 MB) Philippe Morel (PDF, 2.4 MB) François Curtin (PDF, 0.6 MB) Marisa Jaconi (PDF, 2.2 MB)
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