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CONJURER LE RETOUR DES VIEUX DÉMONS

Mis en ligne le 26.03.2009 à 00:00

JURA. A un mois du rapport de l’Assemblée interjurassienne, la tension monte. Et si l’idée du canton à six communes n’allait pas assez loin? Et s’il fallait dépasser le débat sur la réunification?

L'Hebdo; 2009-03-26

CONJURER LE RETOUR DES VIEUX DÉMONS

MICHEL GUILLAUME

JURA.

A un mois du rapport de l’Assemblée interjurassienne, la tension monte. Et si l’idée du canton à six communes n’allait pas assez loin? Et s’il fallait dépasser le débat sur la réunification?

Le 4 mai prochain, l’Assemblée interjurassienne (AIJ), un organisme de 24 membres mis sur pied en 1994 pour résoudre la question jurassienne, doit rendre un rapport très attendu. Or, cette échéance rallume les passions. Le mouvement antiséparatiste Force démocratique vient de demander la tête du président de L’AIJ, Serge Sierro, accusé d’être «dictatorial et partial». «Ces allégations sont totalement infondées, même la délégation bernoise m’a apporté son soutien», rétorque Serge Sierro.

Une votation en 2015.

Le moment pourrait devenir historique. Trente-cinq ans après le premier plébiscite de 1974, L’AIJ achève ces jours-ci la première lecture de son rapport avec deux questions à la clé. Va-t-elle privilégier la piste d’un Jura à six communes? Va-t-elle proposer de fixer une échéance de votation d’ici à 2015?

Al’heure des choix, les vieux démons resurgissent dans la région, notamment du côté bernois. C’est le danger de l’exercice, inévitable il est vrai. «Il faut rester ouvert à toutes les variantes. Mais, si nous rallumons des tensions politiques, nous risquons de faire fuir des investisseurs potentiels loin de notre région», avertit le député UDF de Lamboing Marc Früh, qui a menacé de rédiger un rapport de minorité en opposition à celui de l’AIJ.

Le canton de Berne joue gros dans cette affaire jurassienne qui rien finit pas. Sans le Jura bernois, il ne pourrait plus guère se permettre le luxe de conserver son statut bilingue pour les quelque 20 000 Romands de Bienne. Déjà, on entend dire à Berne que la seule existence d’un rapport de minorité constituerait un échec pour l’AIJ.

C’est aller un peu vite en besogne. Dans l’ensemble, l’Assemblée interjurassienne peut se prévaloir d’un bilan positif. Mise sur pied en 1994, elle a d’abord calmé les esprits dans les deux camps, avant de faire naître un «réflexe interjurassien» généralisé dans tous les domaines. Elle a ensuite produit des études de qualité, dont le rapport du professeur Claude Jeanrenaud, de l’Université de Neuchâtel. Ce document a montré qu’une réunification apporterait des avantages globaux d’une centaine de millions pour le canton du Jura et d’une trentaine de millions pour le Jura bernois.

C’est dire que, en trente-cinq ans, les paramètres du débat jurassien ont complètement changé. «Ce n’est plus un problème identitaire, une guerre de drapeaux, une lutte entre Béliers et Sangliers. Mais une question de viabilité à long terme. Quand bien même cette région est économiquement efficace, elle n’est pas suffisamment reconnue», note le maire autonomiste de Moutier, Maxime Zuber.

Alors, vive le Jura réunifié à six communes? On en est encore loin, même en admettant que l’Assemblée interjurassienne privilégie cette variante. Cette piste représente ni plus ni moins une révolution institutionnelle. Même un militant jurassien de la première heure, comme le conseiller national Jean-Claude Rennwald, se montre très réservé: «J’ai la fâcheuse impression qu’on veut résoudre trois problèmes en même temps: la question jurassienne, la fusion des communes et un problème de viabilité économique. Je me demande si ce n’est pas la meilleure manière de faire capoter le projet.»

Le salut avec Neuchâtel.

C’est dans la salle des pas perdus du Conseil national que Jean-Claude Rennwald confie cela à L’Hebdo. Spontanément, son collègue socialiste Didier Berberat, conseiller communal de La Chaux-de-Fonds, se joint à la discussion en plaidant pour qu’on élargisse l’horizon. «C’est à l’étude d’un canton de l’arc jurassien avec Neuchâtel qu’il faut réfléchir, car un changement d’échelle s’impose désormais pour exister. Et c’est à Neuchâtel de lancer cette idée sans arrièrepensée.» Jean-Claude Rennwald acquiesce: «Il a raison.»

Cette piste de réflexion éviterait l’éternel retour des vieux démons.

RÉUNIFICATION

Un objectif mythique, soigneusement cultivé, qui occulte le débat sur la viabilité à long terme des régions concernées.

«VOULOIR RÉSOUDRE TROIS PROBLÈMES EN MÊME TEMPS, C’EST RISQUER DETOUT FAIRE CAPOTER.»

Jean-Claude Rennwald, conseiller national (PS/JU)





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