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L’érotisme conquérant du zéro poil

Par Sabine Pirolt - Mis en ligne le 20.05.2009 à 06:00

Aïe! La tendance est à l’épilation totale des zones intimes, surtout chez les adolescentes. D’où vient cette mode récente, que dit-elle de nos mœurs influencées par la pornographie? Réponses de professionnelles de la beauté et de la santé romandes.

A 17 ans, Melinda est une jeune fille comme toutes les autres. La Fribourgeoise rêve de devenir célèbre, aime la mode et les bijoux. Surtout, elle s’épile entièrement, comme toutes les copines de son âge, à la cire ou au rasoir. Entièrement veut dire qu’elle n’a plus un poil ni sous les bras, ni sur les jambes, ni sur le sexe. Pour elle, c’est une évidence. Pourquoi cette chasse aux poils? «C’est plus propre et mieux pour tout, par rapport aux garçons et même pour aller chez le gynécologue.» A écouter les acteurs de deux professions qui mettent leur nez dans ce genre d’endroits, Melinda et ses copines ne sont pas des exceptions. Gynécologue à Gland, Steve Spuhler confirme cette tendance chez les jeunes filles. «Effectivement, il s’agit d’une pratique devenue fréquente.» Même constat des professionnelles de la beauté, à l’instar de Virginie Savère, secrétaire de l’Association suisse d’esthéticiennes propriétaires d’instituts de beauté et de relaxation. «Elles font le bikini complet de plus en plus jeunes et de plus en plus vieilles.» A Genève, Brigitte de l’institut Epil-et-Vous constate une «recrudescence de la demande zéro poil dans les zones intimes» depuis une année ou deux.

Rasoir ou cire orientale. Alors que l’épilation des jambes et des aisselles va de soi aujourd’hui, il n’en est pas encore de même pour l’épilation intime, même si elle progresse à grands coups de rasoir ou de cire orientale. A cet endroit, l’élimination des poils fait encore débat. Dans un livre qui vient de paraître, Du velu au lisse, histoire et esthétique de l’épilation intime, Jean Da Silva, professeur en arts plastiques à l’Université de la Sorbonne à Paris, relève pas moins de 210 rubriques regroupant quelque 30000 messages, sur un forum de discussion médicale très fréquenté. Avec toutes sortes de préoccupation: «Faut-il s’épiler le sexe?», «Epilation intégrale et doute», «Epilation et sport collectif», «Possible honte d’avoir rasé le pubis», «Epilation intégrale et plaisir». Jean Da Silva en est persuadé: «A partir du moment où l’on se pose la question de l’épilation intime, on porte un regard esthétique sur ses organes génitaux. Ce ne sont plus la religion, la morale ou la science qui sont amenées à dire la vérité du sexe, mais l’esthétique.»

Poils moches et sales. Plus prosaïquement, les clientes des esthéticiennes avancent l’argument de l’hygiène et parlent de la sensation d’être plus «nettes» lorsqu’elles soumettent leurs entrejambes à cette opération douloureuse. Virginie Savère: «Les femmes disent des poils: «C’est moche et c’est sale!» Sur ce dernier argument, elles ont tout faux, constate Josy Kaenzig, infirmière de formation qui pratique l’épilation au laser dans un cabinet médical biennois. «La nature a tout de même placé des poils à cet endroit pour une raison: c’est une barrière contre les infections.»
Steve Spuhler, lui, penche plutôt pour le raisonnement inverse: «L’épilation provoque des microfissurations des couches épidermiques superficielles, favorisant l’intrusion de bactéries naturellement présentes sur la peau ou sur les mains.»

Et la fonction érotique? Sale, pas sale, le poil de l’entrejambe? La question est presque secondaire. Si l’épilation intime relève d’une préoccupation esthétique, elle a également une fonction sexuelle. «Le poil étant devenu un empêcheur de jouir en rond, l’épilation devient décisive dans les pratiques bucco-génitales», remarque Jean Da Silva. Et de citer une jeune fille de 18 ans: «Vous ne risquez pas de vous retrouver avec des poils plein la bouche.»
Dans l’édition américaine du Cosmopolitan de janvier 2006, la belle Eva Longoria – Desperate Housewives – encourage toutes les femmes à essayer, au moins une fois, l’épilation intégrale qui «rend le sexe encore meilleur». C’est l’avis de Vincent, un Romand proche de la quarantaine, amateur de femmes. «L’épilation intégrale, je la demande. C’est beaucoup plus doux et sensuel à la langue. Pour moi, une chatte soignée, c’est très excitant. Il y a des hommes qui préfèrent la manucure, cela dépend des goûts. Une femme qui fait attention à son sexe, et donc l’épile, cela veut dire qu’elle est coquine, c’est donc intéressant. Les poils, c’est dégoûtant, ça pue!»

Influence de la pornographie. Cette dernière remarque fait bondir Catherine Solano, médecin et sexologue, auteur d’une dizaine d’ouvrages sur le corps et le plaisir. «C’est lamentable. Les poils ne sont pas sales et sentir mauvais n’a rien à voir avec le fait d’en avoir ou pas. On sent mauvais si on ne se lave pas. Au contraire, dans ces zones-là, les poils retiennent les bonnes odeurs.»
La jeune femme attribue la mode du «sexe à zéro» à l’influence de la pornographie. Elle qui répond à beaucoup de questions de lecteurs ou d’auditeurs francophones reçoit sans arrêt du courrier sur la question de l’épilation intégrale: «Certaines jeunes filles aimeraient savoir comment faire pour avoir un sexe aussi joli que celui des actrices pornos. Un jeune homme m’a demandé si c’était normal que sa copine ait des poils à cet endroit...»

Ados sans références. Comment explique-t-elle cela? «Ce sont les premières images qu’on voit qui calibrent les pulsions. S’il s’agit d’images pornographiques, les personnes sont calibrées sexes épilés.» Elle parle de pulsions pédophiles pour les amateurs de pubis sans poils: «C’est inconscient...» La doctoresse espère que la toison intime va reprend du poil de la bête. «C’est comme le piercing et les tatouages qui vont devenir des pratiques ringardes. Sur une peau jeune, c’est joli, mais lorsque les gens vieilissent...»
Celles qui ont décidé d’éradiquer définitivement – au laser, à la lampe flash ou à l’électricité – toute trace de toison à cet endroit-là risqueront bien de le regretter. Il n’y a pas que la peau du visage qui se détend: «Un jour, elles seront toutes contentes d’en avoir là», avertit Catherine Sauser, esthéticienne à Lausanne, qui se demande pourquoi les femmes s’infligent de telles tortures. «Un médecin, choqué, m’a dit que leurs maris regardent trop de films et de revues X. Est-ce leur goût personnel ou est-ce qu’elles entrent dans le jeu des hommes? Restons des femmes et ne ressemblons pas à des petites filles!»

Casta poilue. C’est à peu près en ces termes que l’ex-top-modèle Laetitia Casta – qui interprétait en 2006 au théâtre une mère de famille poilue sous les ais-selles – a dénoncé la phobie des poils: «C’est très érotique les poils, très glamour. Malheureusement, on a tendance à vouloir les femmes lisses, assez par faites et qui se rapprochent des enfants. Mais une femme doit ressembler à une femme», a t-elle dénoncé sur un plateau télévisé.
De fait, dans la pornographie la banalisation du lisse fait du velu une déviation de plus, explique Jean Da Silva. «Les productions qui mettent en scène des femmes avec toison font désormais genre à part à destination d’une clientèle à la fois nostalgique ou en quête de nouveauté.» Si l’on part du principe que les modes vont et viennent, les poils intimes risquent bien de reprendre du poil de la bête...
 
Du velu au lisse, histoire et esthétique de l’épilation intime. Jean Da Silva. Complexes, 144 p.




Tags: actuels, société, poils, épilation,

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