Simonetta Sommaruga, 50 ans, Parti socialiste, Berne
La Bernoise navigue en permanence sur la corde raide, entre convictions de gauche et positions plus centristes.
Ardente défenseur des consommateurs, elle prône bizarrement la fin du libre choix de son médecin, une position d’habitude défendue par les caisses maladie.
Ce n’est pas le seul domaine où la socialiste s’écarte de l’orthodoxie de son camp: elle souhaite remplacer les bourses d’études par des prêts aux étudiants, pense que la Confédération doit céder sa majorité dans Swisscom, s’oppose au maintien d’un réseau postal couvrant l’ensemble du territoire financé par l’Etat et ne veut pas toucher à la concurrence fiscale entre les cantons.
Sur les questions de société, elle se montre plus ouverte, soutenant l’adoption par les couples gays et la légalisation du cannabis.
Elle va même jusqu’à souhaiter une régularisation collective des sans-papiers. Elle fait aussi preuve d’une forte fibre écologique, se disant contre le nucléaire, pour une réduction des émissions de gaz à effet de serre de 30% d’ici à 2020 et contre l’extension des zones à bâtir pendant vingt ans.
L’armée ne récolte pas ses faveurs, puisqu’elle veut obliger les soldats à déposer leur arme à l’arsenal, abolir la justice militaire et couper dans le budget du Département de la défense.
Elle a en revanche mis de l’eau dans son vin sur la question de l’UE: si elle voulait entamer des négociations d’adhésion d’ici à cinq ans en 2007, elle se dit aujourd’hui «suffisamment réaliste pour savoir qu’elle ne peut être obtenue aujourd’hui» et appelle à ne pas perdre de vue les autres options, comme la voie de l’EEE pratiquée par la Norvège. De quoi rassurer la majorité de droite au Parlement…
Jacqueline Fehr, 47 ans, Parti socialiste, Zurich
La socialiste s’écarte très peu de la ligne de son parti. Adepte des avis tranchés, elle répond presque exclusivement par un «oui» ou un «non» francs, ne se servant que peu du «plutôt oui» ou du «plutôt non», contrairement aux autres candidats.
Sur les questions de société, elle va très loin dans son désir d’ouverture, soutenant l’adoption par les couples gays, la légalisation du cannabis et l’euthanasie active. Trois propositions qui n’ont guère de chances de trouver une majorité au sein de la population.
La Zurichoise ne casse un peu son profil très à gauche que sur les questions sécuritaires, où elle se montre plus sévère. Elle marque ainsi une hésitation lorsqu’il s’agit de se prononcer sur l’envoi des élèves difficiles dans des foyers d’éducation spécialisés gérés par l’Etat (elle répond «plutôt non»).
Elle réclame également un contrôle plus sévère du code de la route et n’est pas fermement opposée («plutôt non») à un renforcement des sanctions contre les dommages matériels causés dans l’espace public (vandalisme, graffitis).
Autre surprise, elle se montre protectionniste, en jugeant qu’il faut privilégier les produits et les fournisseurs suisses dans les commandes publiques, même si ceux-ci sont un peu plus chers. Ce qui ne l’empêche d’ailleurs pas de prôner la suppression des droits de douane à l’importation de produits agricoles en provenance des pays en développement.
Plus prévisible, elle soutient l’adhésion à l’UE, veut couper dans les budgets de l’armée, du trafic routier et de l’agriculture, tout en augmentant ceux de tous les autres postes.
Karin Keller-Sutter, 46 ans, Parti libéral-radical, Saint-Gall
Fidèle à sa réputation de dame de fer, Karin Keller-Sutter (qui a répondu au Smartvote avant les élections saint-galloises de mars 2008) veut durcir le droit des mineurs, punir plus lourdement le vandalisme, envoyer les élèves difficiles dans des maisons de redressement gérées par l’Etat et soutient la vidéosurveillance dans l’espace public.
Sur les questions de migration, elle se montre en revanche moins dure que prévu, jugeant normal que les requérants d’asile déboutés puissent recourir au Tribunal fédéral ou que les naturalisations par les urnes aient été abolies.
Autre tendance lourde, elle est très libérale sur le plan économique: elle prône la concurrence fiscale entre les cantons, les baisses d’impôts et l’introduction d’un impôt unique (flatrate tax). Elle s’oppose en outre à l’introduction d’un salaire minimum et juge que ce n’est pas le rôle de la Confédération de mettre des fonds à disposition pour créer des places d’apprentissage.
La Saint-Galloise, qui s’est notamment fait connaître pour ses combats contre la violence conjugale et les mariages forcés, ne brille pas par son féminisme, s’opposant à la généralisation d’un réseau de crèches couvrant l’ensemble du territoire et jugeant qu’il n’est pas nécessaire de vérifier si les entreprises recevant des mandats publics pratiquent l’égalité des salaires.
Autre contradiction, celle qui s’est battue pour la création d’une salle d’injection pour toxicomanes à Wil (SG), s’oppose à la légalisation du cannabis.
Il n’y a guère que sur les affaires extérieures que la conseillère d’Etat montre un visage ouvert, soutenant une politique étrangère active ou l’envoi de soldats armés à l’étranger. En revanche, elle s’oppose à une adhésion à l’UE.
Johann Schneider-Ammann, 58 ans, Parti libéral-radical, Berne
Le Bernois est un vrai libéral de droite, ainsi qu’en témoignent ses positions économiques, en faveur d’un taux de TVA unique, de l’impôt dégressif, de la concurrence fiscale (qui favorise «l’innovation et l’efficience») ou contre l’introduction d’un salaire minimum.
Mais il possède également une facette plus conservatrice et protectionniste, qui l’amène à s’opposer aux importations parallèles de produits brevetés (sans doute réfléchit-il ici en patron d’une entreprise suisse), à exiger le maintien de l’arme de service à domicile («une tradition»), à réclamer que la Confédération conserve sa majorité dans Swisscom et qu’elle continue de financer une réseau postal étendu, «composante essentielle du service public».
Il peut se montrer très dur sur certains thèmes: il soutient la hausse de l’âge de la retraite à 67 ans pour les hommes et les femmes, des coupes dans le budget de l’AI et veut donner le droit aux autorités de surveiller préventivement les correspondances postale, téléphonique et électronique des citoyens.
La politique des migrations lui permet aussi d’exprimer cette sévérité: il refuse d’octroyer aux étrangers le droit de vote sur le plan communal et pense que les requérants d’asile déboutés ne devraient pas pouvoir recourir auprès du Tribunal fédéral, cette procédure étant trop «coûteuse».
L’écologie n’est pas non plus son fort, puisqu’il s’oppose aux péages routiers («encore un impôt»), à l’interdiction d’étendre les zones à bâtir et soutient le nucléaire, indispensable, selon lui, pour combler le «trou énergétique» qui s’annonce.
Il ne montre un début d’ouverture que sur les questions sécuritaires (pas de durcissement du droit pénal des mineurs) et de politique étrangère (pour l’envoi de militaires suisses armés en mission à l’étranger). L’adhésion à l’UE, en revanche, ne récolte pas ses faveurs, la Suisse n’étant «pas mûre» pour cela.
Jean-François Rime, 60 ans, UDC, Fribourg
Le Fribourgeois se soucie beaucoup des finances publiques: il veut économiser en supprimant le libre choix du médecin, en remplaçant les bourses d’études par des prêts et en réduisant la durée des allocations chômage de 400 à 300 jours. Le subventionnement des crèches et jardins d’enfants (par les communes) récolte en revanche son soutien.
L’entrepreneur défend également la liberté individuelle de fumer (contre une interdiction dans les lieux publics), d’ouvrir son commerce le dimanche (pour la libéralisation des horaires) et de garder une arme à la maison (contre le dépôt à l’arsenal).
Il s’éloigne en revanche de la ligne de son parti en voulant engager davantage de moyens pour l’intégration des étrangers, en refusant l’élection du Conseil fédéral par le peuple ou lorsqu’il soutient l’extension de la libre circulation à la Bulgarie et à la Roumanie.
Sur les questions de société, il se montre très conservateur, refusant l’imposition individuelle des couples mariés (au profit du splitting), l’adoption par les couples gays ou la légalisation du cannabis.
Il montre même une hésitation («plutôt oui») lorsqu’il doit se prononcer sur l’interruption de grossesse. Etonnamment, il est en faveur de l’euthanasie active.
Brigit Wyss, 50 ans, Verts, Soleure
La Soleuroise colle presque parfaitement aux positions classiques de la gauche. Elle ne s’en éloigne qu’en de rares instants, comme lorsqu’elle veut donner le droit aux assurés de choisir leur caisse de pension, ce qui favoriserait la concurrence entre les institutions du 2e pilier, ou lorsqu’elle approuve une aide financière de l’Etat aux écoles privées.
Elle hésite en outre à autoriser les importations parallèles de produits brevetés («plutôt oui») et veut renforcer les sanctions contre les actes de vandalisme.
Enfin, elle fait preuve d’une certaine fermeture face à l’extérieur, s’opposant à l’envoi de militaires armés à l’étranger et à la suppression des droits de douane à l’importation de produits agricoles depuis les pays en développement. Et si elle soutient l’adhésion à l’UE, elle précise que celle-ci ne doit pas se faire «à n’importe quel prix».
Smartvote
Cet outil de recommandation de vote a été développé par une équipe de chercheurs issus de plusieurs universités. Les candidats aux élections communales, cantonales ou fédérales répondent à une septantaine de questions, couvrant divers thèmes, tels que l’armée, l’économie, l’environnement ou la politique migratoire.
Cela permet de dresser leur profil politique – sous la forme d’un diagramme (Smartspider) – et de le comparer à la ligne de leur parti. www.smartvote.ch
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