Le peuple veut les meilleurs au Conseil fédéral et qu’importe s’ils viennent d’un canton déjà représenté au gouvernement. Il l’a affirmé il y a longtemps déjà. La clause cantonale a été abolie le 7 février 1999 à une très nette majorité: 75% des votants, et seulement deux cantons (Valais et Jura) opposés à cette réforme de bon sens dans un pays de quelques millions d’habitants à peine.
PEUT-ON TOLÉRER QUE LES DEUX GROS CANTONS DE L’ARC LÉMANIQUE N’AIENT PLUS AUCUN REPRÉSENTANT?
L’article 1754 de la Constitution fédérale stipule désormais que «les diverses régions et les communautés linguistiques doivent être équitablement représentées au Conseil fédéral». C’est assez pour garantir aux minorités latines au moins deux sièges, et c’est suffisamment souple pour que l’Assemblée fédérale choisisse sans états d’âme un deuxième Zurichois (Ueli Maurer en 2008 alors que Moritz Leuenberger était déjà au gouvernement) ou même deux Bernois le même jour (Simonetta Sommaruga et Johann Schneider-Ammann, il y a un an).
Mais si le verrou, qui avait valu à la politique fédérale quelques scènes croquignolesques comme le déménagement en un week-end de Ruth Dreifuss de Berne à Genève, a sauté, la préoccupation régionale n’est pas absente des raisonnements des parlementaires grands électeurs, et de l’argumentaire des candidats.
La Suisse romande peut-elle être représentée par un Neuchâtelois (Didier Burkhalter) et un Fribourgeois (Alain Berset ou Jean-François Rime) ou un Valaisan (Stéphane Rossini)? Peut-on tolérer que les deux gros cantons de l’arc lémanique (Genève et Vaud) n’aient plus aucun représentant alors qu’ils pèsent deux tiers de la Suisse romande? La clause régionale vaut-elle pour une sous-région de la région romande?
Quand elle doit choisir un Welsche, la majorité alémanique est assez réceptive à la sensibilité romande, soucieuse de ne pas froisser les susceptibilités – ce souci confédéral a ainsi été fatal à Urs Schwaller lors de la succession de Pascal Couchepin.
Mais peut-on vraiment argumenter qu’un Berset qui, par la pertinence de ses analyses économiques et sa capacité d’anticipation des problèmes à venir, a l’étoffe d’être un conseiller fédéral pour tous les Suisses, qu’il ne le serait pas vraiment, ou un peu moins, pour les Vaudois voire les Genevois? Provincialisme un peu spécieux.
D’un autre côté, on pourra reprocher au sénateur fribourgeois de n’avoir guère donné de gages aux Lémaniques sur son engagement à se faire le relais de leurs préoccupations spécifiques. De même, Christian Levrat surjoue souvent la posture de l’élu non lémanique donnant le sentiment que lorsqu’il regarde l’ouest du pays son horizon s’arrête à Bulle, comme si les succès électoraux à répétition des socialistes vaudois ne le transportaient guère.
Absents depuis 1998. Les Vaudois justement sont absents du Conseil fédéral depuis 1998, alors qu’ils en ont été un pilier de manière presque ininterrompue depuis 1848. Peut-on après l’échec des candidatures de Christiane Langenberger (en 1998) et de Pascal Broulis (en 2009) leur fermer encore la porte alors qu’ils disposent d’un excellent candidat, qui a déjà fait ses preuves dans un exécutif, en la personne de Pierre-Yves Maillard?
Pour remédier à son absence de relais au Conseil fédéral, le Gouvernement vaudois a développé une stratégie de présence dans les conférences intercantonales (Maillard préside par exemple celle de la santé, Broulis celle des gouvernements cantonaux). Le Parlement veut-il encourager le plus grand canton de Suisse romande à continuer à user de ces contre-pouvoirs, au risque d’affaiblir le rôle et l’influence du Conseil des Etats?
La préoccupation régionale devrait jouer aussi en faveur du Tessin, absent du Conseil fédéral depuis 1999. Le 14 décembre, si Eveline Widmer-Schlumpf est écartée au profit d’un Romand, et si Didier Burkhalter a été réélu, l’Assemblée fédérale aura peut-être de la peine à désigner un troisième Romand. La conseillère nationale Marina Carobbio se prêterat-elle à ce jeu de dominos ?
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