Consommer moins pour être mieux soigné
Didier Burkhalter pourrait devenir le prochain ministre de la Santé. Un domaine qu’il connaît peu. Reste qu’il a participé à la réorganisation des hôpitaux neuchâtelois.
Un chantier urgent attend celui qui prendra la tête du Département fédéral de l’intérieur (DFI ): celui de la santé. Les primes d’assurance maladie pour 2010 seront publiées d’ici à quelques semaines, en hausse de 11 à 14%. La pression sera alors à son comble pour mieux maîtriser les coûts. Quelles recettes le conseiller fédéral Didier Burkhalter amènera-t-il à la table du Conseil fédéral? Le Neuchâtelois n’est pas un spécialiste de la santé, mais il y a beaucoup réfléchi dans les semaines avant son élection. «Notre offre de soins est très bonne, détaillait-il, une semaine avant son élection. Mais nous avons un problème de volume. Notre système pourrait coûter moins sans perdre en qualité.»
Le modèle du rival. Concrètement, il compte sur le nouveau financement hospitalier, une réforme majeure qu’il sera chargé de mettre en œuvre d’ici à 2012, pour diminuer la quantité de prestations consommées. Basé sur un système de forfaits, «il devrait limiter le nombre de réhospitalisations». Mais, «là où il y a la plus grande marge de manœuvre», c’est au niveau des réseaux de soins (managed care), sources d’économies importantes à travers une prise en charge intégrée du patient. «Il faut en faire la norme de notre système de santé», ditil, reprenant à son compte le «modèle dual» élaboré par la Commission de la santé du Conseil des Etats – dirigé par son ex-rival Urs Schwaller. Celui-ci prévoyait de généraliser le managed care. Les assurés auraient le choix d’y adhérer ou non, mais ceux qui veulent conserver le libre choix de leur médecin devraient payer plus, par exemple en s’acquittant d’une quote-part plus élevée. La commission avait finalement enterré ce projet en 2008. «Cette solution permet de préserver la qualité du système tout en aiguillant mieux le patient, sans trop grande déperdition de l’offre», souligne le radical, qui soutient le libre choix du médecin, selon les réponses qu’il donnait en 2007 au questionnaire Smartvote. Il prône enfin l’introduction de la carte santé, «qui permettra de mieux connaître le patient et d’éviter les doublons dans la prescription de médicaments». Il ne souhaite en revanche pas s’attaquer au prix de ces derniers. «On a déjà beaucoup fait dans le domaine. Le volume de consommation est plus déterminant pour la hausse des coûts de la santé que le prix.» Du côté des acteurs de la santé, on le connaît trop peu pour émettre un avis. Le président de l’association faîtière des hôpitaux H+, Bernhard Wegmüller, le voit comme «un homme de dossiers très perfectionniste». Le président de la Fédération des médecins suisses (FMH), Jacques de Haller, apprécie ses positions sur le managed care, mais pense qu’il doit encore les confronter à la pratique. «Il reste un peu théorique, ne parle que du gate-keeping par le médecin de famille. Or, dans le domaine des réseaux de soins, tout se jouera dans la mise en œuvre.»
Atout caché. Un flou qui lui vaut les critiques de Ruth Humbel (PDC/AG), membre de la Commission de la santé du National: «Il dit ce que les gens veulent entendre, promet de préserver le libre choix du médecin, ainsi que toutes les prestations. Or le système ne sera jamais assaini sans un certain degré de contrainte et de rationnement des soins.» Il y a un domaine où le Neuchâtelois est d’accord de couper: il s’oppose au remboursement des médecines complémentaires par l’assurance de base, dit son profil Smartvote. Mais Didier Burkhalter a un atout caché: en tant que membre de l’exécutif de la ville de Neuchâtel (1991 à 2005), il a mis en route – en collaboration avec sa collègue du Conseil d’Etat Monika Dusong – la difficile réforme hospitalière qui débouchera sur la création d’un hôpital cantonal unique sur 7 sites. Une pièce importante du nécessaire redimensionnement du réseau hospitalier suisse que tous les cantons doivent empoigner. A l’époque, le nouveau conseiller fédéral avait «accompagné la construction de l’Hôpital de Pourtalès, un gigantesque chantier qu’il a mené à terme malgré les oppositions», relève son successeur à la Municipalité Pascal Sandoz.
«Vista» cantonale. Il a ensuite dû gérer la fermeture de l’Hôpital des Cadolles et le transfert de son personnel à Pourtalès. «Il a fallu s’assurer que la mayonnaise prenne, qu’on ne se retrouve pas avec deux cultures d’entreprise différentes sous un même toit. Il y est parvenu.» Globalement, le municipal juge qu’il lui a fallu «une sacrée ouverture d’esprit, une certaine vision et du courage pour intégrer les Hôpitaux de la ville de Neuchâtel dans cet ensemble cantonal». L’ancien directeur des Hôpitaux de la ville Jean-Claude Rouèche garde aussi un souvenir ému de son ex-patron. Ce fut «un excellent chef, toujours orienté “solution” », disait-il récemment à L’Express. «Il a souvent débloqué des situations grâce à un climat de transparence et de confiance. Il essaie de trouver des solutions gagnant-gagnant et il sait convaincre avec des arguments plutôt que d’imposer ses vues.» Ce ne sera pas de trop pour mener la difficile réforme du système de santé suisse.
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