Pauvre République et canton de Genève. Le vote de dimanche sur la nouvelle Constitution a déjà été affublé de l’affreux opprobre de «Genferei» – une de ces histoires de particularisme qui suscitent l’incompréhension, polie ou amusée, des autres Confédérés. Tous les cantons qui se sont adonnés à la réécriture de leur Constitution ont fini par l’adopter. Mais à Genève, l’exercice de modernisation a terriblement déçu, et le manque d’enthousiasme pour le nouveau texte est patent. Rentrer dans le rang? Se résigner au manque d’ambition? Accepter le projet pour ne pas être la risée du pays? En démocratie, ce sont de bien piètres arguments. Surtout que, dès le départ, la Constituante genevoise a eu un goût de raté. La catastrophe a commencé avec l’élection des 80 constituants: 14 femmes à peine (dans un canton qui a donné deux présidentes de la Confédération à la Suisse, la performance fut jugée particulièrement consternante), une moyenne d’âge de 56 ans, un tiers de retraités. Une Assemblée constituante se doit de compter quelques vieux sages, mais dans ces proportions-là, le conservatisme, la pénurie de fougue, l’absence d’innovations fortes, dont on se plaint aujourd’hui, étaient programmés. Le pire défaut de la charte soumise au vote populaire ce 14 octobre, c’est qu’elle n’amène rien de neuf à la résolution de deux problèmes majeurs du canton, son organisation territoriale et la participation des étrangers à la vie citoyenne.
ON N’A PAS FINI DE GLOSER SUR LA FRACTURE ENTRE LA GENÈVE INTERNATIONALE ET LES INDIGÈNES.
Pour éviter les doublons canton-communes et rendre la gestion de toute la République plus efficiente, il a été question de diviser la ville de Genève, de créer des districts ou de fondre le tout en une seule grande entité. Au final, rien n’a été osé. Cette crispation sur les petits pouvoirs locaux et leurs prébendes électorales va de paire avec le renoncement à mieux intégrer les résidents étrangers (1 habitant sur deux). On n’a pas fini de gloser sur la fracture entre la Genève internationale et les indigènes. Au vu des taux de participation aux votations, le canton tiendra bientôt plus de l’oligarchie – le pouvoir confisqué par quelques-uns – que d’une République dynamique. Pour mener à bien les réformes qui s’imposent, Genève devra donc compter sur la qualité de ses dirigeants. Il faudra des ministres assez forts pour s’élever au-dessus des contingences électorales. C’est là que deux petites innovations de la Constituante deviennent intéressantes: l’introduction de l’élection au système majoritaire à deux tours du Conseil d’Etat, et l’allongement de la durée des législatures de quatre à cinq ans. Deux conditions nécessaires pour assurer plus de crédibilité dans l’action. Et conjurer l’accumulation des «Genferei». |









