Cela a commencé par un coup de gueule de Peter Mandelson, commissaire européen au Commerce, au micro de la BBC: «J’espère que nous ne verrons pas en Europe les responsables politiques et les parlementaires reproduire le genre d’acte irresponsable et politiquement partial que nous avons vu à Washington.» Et cela a continué avec, notamment, Nicolas Sarkozy qui a réuni mardi matin à l’Elysée les principaux banquiers et assureurs français pour faire le point sur les conséquences du cyclone financier.
Paris va annoncer de nouvelles mesures avant la fin de la semaine. Et le chef de l’Etat de «rappeler aux établissements bancaires leur mission prioritaire de financement de l’économie». Encore faut-il qu’ils soient en mesure de le faire. Car les derniers jours de septembre ont vu certaines banques européennes s’enflammer les unes après les autres, à la faveur d’un méchant vent d’ouest.
Imitant l’oncle Sam et son neveu britannique dont le gouvernement vient de nationaliser la banque Bradford & Bingley, la «vieille Europe» équipe ses pouvoirs publics de puissantes lances à incendie. Le premier arrosage profite au groupe belgo-néerlandais Fortis, pilier de la bancassurance en pleine débâcle boursière. Les gouvernements du Benelux lui injectent 11,2 milliards d’euros et acquièrent 49% de son capital.
L’incendie à peine éteint, un autre illumine la banque franco-belge Dexia, renflouée à son tour par les pouvoirs publics belges, associés aux Gouvernements français et luxembourgeois. 6,4 milliards d’euros sont vaporisés. Dans la foulée, les deux dirigeants de la banque tirent leur révérence.
Luc Frieden, ministre luxembourgeois du Budget, se veut rassurant: «Nous avons sauvé Fortis et Dexia, mais au-delà, c’est l’ensemble du système financier qui est consolidé par cette action concertée des trois gouvernements.» A voir. Des fumerolles semblent en effet s’échapper de deux autres banques fortement implantées dans le Benelux: ING et KBC.
Du côté du grand frère allemand, cela sent aussi le grillé. Lundi, la banque Hypo Real Estate, menacée de faillite, obtient d’un consortium de banques allemandes suffisamment de liquidités pour continuer ses activités. Le Gouvernement allemand accorde une garantie de 35 milliards d’euros au secteur bancaire pour le sauvetage de cet établissement spécialisé dans le financement immobilier.
Il suffit enfin de prendre une bonne paire de jumelles pour apercevoir un autre incendie en terre islandaise. Le gouvernement de l’île annonce le rachat des trois quarts du capital de Glitnir, la troisième banque du pays. Maîtrisés in extremis, ces derniers incendies en annoncent sans doute d’autres. Le feu souterrain a lui aussi ses secrets bancaires.
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