Au restaurant, lorsque vous souhaitez un supplément de frites ou de sauce aux morilles, il faut payer. Vous voulez une meilleure cadence dans les transports publics, vous aspirez à ne pas jouer aux sardines dans l’Intercity ou à rouler sur des autoroutes bien entretenues et sans bouchon? Il faudra passer à la caisse, a doctement expliqué la semaine dernière Doris Leuthard, la nouvelle cheffe du DETEC.
LE FREIN À L’ENDETTEMENT, OUTIL DE CASTRATION DES POLITIQUES.
Pour une fois, l’incomparable pragmatisme de la ministre PDC est un atout. En matière de financement des infrastructures, il contraste aimablement avec l’omertà irresponsable, alimentée ces dernières années par les obsessions comptables de Hans-Rudolf Merz et le manque de courage politique de Moritz Leuenberger.
Pour les finances publiques, mais que sont-elles si ce n’est le moyen de concrétiser l’action politique, c’est l’heure de vérité. La Suisse a peu de dettes (c’est formidable, surtout comparé à d’autres pays), mais les programmes d’assainissement de la Confédération et des cantons tout comme les baisses d’impôts frénétiques ont astiqué les budgets jusqu’à leur ôter toute marge de manœuvre.
Dans les caisses, il n’y a de l’argent que pour continuer à faire ce que l’on a fait l’année d’avant ou prévu d’investir, non sans avoir retourné trois fois sa pièce, de très longue date. Pour tout le reste, pour tout ce qui apparaît soudain urgent, utile, vital, il n’y a pas de sous. Le frein à l’endettement, cet outil de castration des politiques, déploie ainsi toute sa sombre splendeur.
Deux options restent donc ouvertes: augmenter les impôts ou augmenter les taxes, tarifs ou autres contributions des usagers. Qu’est-ce qui fera le moins mal à votre porte-monnaie? Etre un contribuable ou un usager?
Le débat sur la fiscalité suisse longtemps différé est devant nous. Le système craque de partout. Les cantons ne supportent plus les reports de charges de la Confédération, les villes veulent que leurs spécificités de poumons économiques soient reconnues, la péréquation entre régions dites riches et régions receveuses tourne à la foire d’empoigne. Et l’Union européenne fait pression sur la taxation des holdings.
Hans-Rudolf Merz n’a jamais songé à empoigner ce grand chantier, il a mis toute son énergie à concocter une TVA à taux unique, impossible à mettre en œuvre.
Heureusement, à la tête du Département fédéral des finances règne désormais Eveline Widmer-Schlumpf. Cette autre grande pragmatique a géré les finances grisonnes et saisira mieux que son prédécesseur l’agacement des cantons.
Avec une Doris Leuthard soucieuse de résultats, elle parviendra peut-être à dégager une perspective globale sur la fiscalité qui ne rende ni les contribuables schizophrènes, ni les usagers frustrés.
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