Envoyée spéciale aux conventions
Depuis l’ère de la télévision reine, les conventions politiques américaines sont formatées dans les moindres détails pour le petit écran: l’heure des discours, les interludes musicaux, les vidéos biographiques des candidats, leurs speechs d’acceptation de leur nomination en tant que candidats officiels et, bien sûr, le final sous les ballons et les confettis. Certes à Denver, Barack Obama a fait sans ballon, ayant choisi pour sa dernière soirée un stade à ciel ouvert.
L’équipe de John McCain, de son côté, n’a pas pu prévoir l’arrivée de cet étrange gêneur, l’ouragan Gustav en Louisiane le jour prévu de l’ouverture de la convention, lundi soir. Malgré d’infinies précautions, McCain n’a pu complètement gommer en paroles les arrière-pensées des Américains sur le manque de réactivité coupable de l’administration Bush à la Nouvelle-Orléans après le passage de Katrina, voilà trois ans. Quoi qu’il en soit, voici les deux équipes constituées, après un marathon électoral de 20 mois.
15000 journalistes. Une course d’endurance également pour les 4200 délégués, les 15000 journalistes et les 50000 manifestants, supporters et bénévoles en tous genres. Statistiquement, rien que la campagne démocrate, c’est près de 3000 événements par jour aux Etats-Unis! Bénévoles, supporters, fans et journalistes bien sûr, ont dû faire des choix. Et s’organiser pour économiser leurs forces, car au terme des conventions, la campagne officielle ne fait que commencer.
Désormais, les tandems sont constitués et l’on connaît les colistiers. Le jeune Noir démocrate, Barack Obama (47 ans), à qui le camp conservateur reproche son inexpérience en affaires étrangères, a choisi un vieux renard, un Blanc, le sénateur Joe Biden (66 ans), pour combler ces lacunes et sans doute aussi pour contrebalancer sa couleur et son âge. Un calcul jugé intelligent par les supporters que nous avions rencontrés à la convention de Denver.
Côté républicain, le vieux McCain (il a fêté ses 72 ans!) a surpris les siens en choisissant comme «vice-président» une femme, Blanche, très jeune (44 ans), la gouverneure de l’Alaska Sarah Palin, illustre inconnue en poste depuis seulement 19 mois.
Auparavant, madame Palin avait été maire d’une cité-dortoir de 6715 âmes. Le New York Times rappelait, goguenard, qu’elle dirigeait un département de police de 25 agents et qu’elle avait augmenté les impôts locaux pour construire une patinoire. Mais «elle est au moins aussi qualifiée qu’Obama, et elle n’est que N° 2 de notre ticket», rétorque Ali Akbar, 23 ans, un blogueur proMcCain, reprenant la ligne de défense du camp républicain. Quoi qu’il en soit, malgré sa jeunesse, la moyenne d’âge du tandem républicain, 58 ans, dépasse encore celle du binôme démocrate, 56 ans.
Le choix de McCain, franc-tireur comme à son habitude, a surpris les cercles républicains mais il n’est pas innocent. Il réitère un aspect de son caractère qui avait tant séduit les indépendants lors de sa première tentative à la fonction suprême en l’an 2000. Conservatrice, Sarah Palin veut introduire l’enseignement du créationnisme dans les écoles publiques de son Etat et elle s’oppose fermement à l’avortement.
Mère de cinq enfants elle-même, dont un dernier-né en avril 2008, elle permet au candidat républicain de renouer avec la droite évangélique qui n’est guère emballée par l’ancien héros du Vietnam. Reste à savoir comment cet électorat digérera cette annonce, lundi à Minneapolis: la fille de Sarah Palin, 17 ans, est enceinte et hors mariage, même si elle dit vouloir garder son enfant…
Un sondage de CBS créditait en début de semaine Barack Obama de 48% des intentions de vote contre 40% pour John McCain. Mais rien n’est joué. Une fois de plus, l’Amérique est divisée et les lignes de fracture ne sont pas toujours où on les attend.
Nous avons rencontré à Denver des profils de supporters typiquement Wasp (White Anglo-Saxon Protestant), venus soutenir le candidat noir avec ferveur. A l’inverse, nous avons vu à Minneapolis des activistes républicains jeunes, de couleur, engagés en faveur du vieux Blanc conservateur. Une symétrie des forces s’est installée et la grande question, désormais, est de savoir qui, de Barack Obama ou de John McCain, parviendra à convaincre les indépendants, ces faiseurs de présidents, bon an, mal an.
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