Chez les notables, point de doute: la région franco-valdo-genevoise – forte de 800000 habitants – ne naîtra qu’à condition de maintenir un dialogue constructif entre tout le monde. Voilà pour la théorie. Les communaux d’Ambilly qui sont, à Genève, au centre d’une gigantesque opération immobilière – environ 1200 logements et 3000 habitants uniquement pour la première étape – représentent une occasion de passer aux travaux pratiques.
Or, si les Genevois et le promoteur français applaudissent à l’unisson à ce projet, le propriétaire renâcle. La commune savoyarde voisine d’Ambilly, qui possède 20 des 36 hectares de ces terres situées sur la commune de Thônex (GE) – et précisément ceux qui sont concernés par cette étape – a résilié une ancienne promesse de vente.
Ce document avait été signé par l’ex-maire d’Ambilly Jean-Michel Duret. Le nouveau, Guillaume Mathelier, dont la finesse tranche avec la suffisance de son prédécesseur, ne veut pas endosser cela: «Il n’est pas dans l’intérêt de la commune de vendre ces terrains, et de se défaire de cet héritage. Nous voulons négocier un droit de superficie.»
Et notre érudit de maire de plonger dans l’histoire pour rappeler que ces «communaux» représentaient au Moyen Age «des terres que les serfs mettaient en commun pour assurer leur subsistance». Aujourd’hui, c’est le droit de superficie qui peut le mieux «assurer la subsistance» d’une commune au maigre budget (5 millions d’euros).
De leur côté, les promoteurs – le franco-suisse Batima et le genevois C21 Comptoir d’Investissement ImmobilierSA – s’accrochent à cette promesse. Le dossier est donc bloqué, et l’ancien conseiller d’Etat genevois Philippe Joye a été nommé pour arbitrer l’affaire. Lourde tâche. D’un côté, Genève a un besoin urgent de logements et, lundi passé, une union sacrée s’est formée autour de ce projet, le conseiller d’Etat chargé de l’aménagement Robert Cramer et la conseillère administrative de Thônex – et candidate au Conseil d’Etat – Isabel Rochat étant venus cautionner cette opération; de l’autre côté, la commune d’Ambilly a logiquement voix au chapitre.
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Nommé Arbitre Philippe Joye, ou le retour de Babar L’ancien conseiller d’Etat genevois reprend du service. Philippe Joye va tenter l’impossible: essayer de concilier les promoteurs avec la commune d’Ambilly. Les protagonistes ont fait un bon choix: l’ancien magistrat allie connaissance de l’urbanisme – il est architecte – ainsi que des rouages politiques et administratifs du canton. Il a aussi une bonne écoute. Surnommé Babar, il a les épaules larges. Un autre ancien conseiller d’Etat va aussi suivre attentivement cette opération immobilière: Bernard Ziegler, appelé Nounours. Ce spécialiste du droit administratif défend les intérêts de la commune française d’Ambilly. Enfin, l’avocat Alain Bruno Lévy, ancien président de la Fondation de valorisation des actifs de la Banque cantonale de Genève, aujourd’hui en voie de liquidation, roule pour les promoteurs. La présence de ces poids lourds des milieux juridique et politique genevois sont à l’image de cet enjeu, qui dépasse les limites cantonales. •RR | Promesse sans prix. Guillaume Mathelier n’entend pas baisser la garde. D’autant plus que, en se penchant attentivement sur cette fameuse promesse de vente léguée par son prédécesseur, il a remarqué qu’elle ne comprenait même pas de prix! Pourquoi? Parce que, au moment de la signature, la procédure de déclassement genevoise n’était pas achevée. Ce n’est qu’à son issue que l’Etat de Genève fixe le prix de vente. Ce document est-il du 23carats? Les juristes trancheront.
Jean-Michel Duret, l’ex-maire battu au début de cette année par Guillaume Mathelier, a-t-il été trop vite en besogne? Ce Savoyard avait défrayé la chronique en novembre 2004, lorsque la police française avait fait irruption dans les bureaux de sa mairie pour y effectuer une perquisition. Jean-Michel Duret avait été mis en garde à vue, avant d’être relâché, puis de bénéficier d’un non-lieu. Les tenants et aboutissants de cette obscure affaire n’ont jamais été totalement éclaircis. A cette époque, le maire était impliqué sur territoire français dans l’opération immobilière «Ambilly Parc» notamment conduite par une société genevoise aujourd’hui faillie. Bref, Jean-Michel Duret était maire le jour et promoteur la nuit.
«Ambilly Parc» a ensuite été finalisé par le groupe Batima. Son représentant, Yves Aknin, tient aujourd’hui à séparer cette activité et celle, beaucoup plus importante, qui est projetée sur les communaux d’Ambilly. Ce promoteur parisien en profite pour faire valoir son pedigree helvétique: «Ma mère est Suissesse et j’ai le passeport suisse.» Yves Aknin ajoute avoir déjà dépensé trois millions de francs dans cette opération, avec le promoteur genevois Paul Epiney.
Le projet qu’ils défendent avec l’architecte Yannos Ioannides, coordinateur de l’opération, est au demeurant très séduisant. Il fait la part belle aux végétaux, et les bâtiments, de différentes hauteurs, semblent bien intégrés dans ce paysage mi-urbain mi-rural qui jouxte la clinique de Belle-Idée. Et, a insisté Robert Cramer, il s’agit de «la plus importante opération du canton depuis les années 60». Longtemps opposée à une opération qu’elle jugeait démesurée, Isabel Rochat a aussi donné sa bénédiction tout en signalant qu’elle se «montrera vigilante» tout au long des travaux.
Mais, avant de mener à bien ce projet, les promoteurs n’ont pas le choix: tôt ou tard, ils devront négocier avec Ambilly. Guillaume Mathelier se déclare déjà prêt à céder une partie des terrains contre le droit de superficie qu’il réclame. Au nom des bonnes relations entre Genève et la Haute-Savoie.
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