Couchepin contre le duce
Mis en ligne le 13.09.2007 à 00:00
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L'Hebdo;
2007-09-13 grâce et disgrâce Couchepin contre le duce
D'abord ne pas caricaturer. Pascal Couchepin n'a pas dit «Blocher = Mussolini». Il a fustigé un climat: «Dire que ceux qui veulent la démission de Blocher veulent la destruction du pays en affirmant que sa non-réélection serait une catastrophe, voilà qui me rappelle le fascisme: si le Duce disparaît, tout s'écroule. C'est malsain, comme est malsaine l'idée qu'il y a des complots (). Personne, pas même le Duce, n'est indispensable au bien-être de la Suisse.» Plus historique que diffamatoire, la référence est-elle justifiée? Clairement oui, même si la comparaison doit s'assortir de nuances. La Suisse de ce début de millénaire n'a rien à voir avec l'Italie ou l'Allemagne des années 30. Sur le plan économique, la Suisse est prospère, elle n'est pas un pays déstabilisé par les conséquences de la guerre. Politiquement, la différence saute aux yeux: l'Italie et l'Allemagne étaient de jeunes Etats, sans solides traditions démocratiques. Fascistes et nazis avaient une volonté d'expansion territoriale, une ambition jamais affichée par l'UDC.
L'allusion devient pertinente si l'on considère la manière dont l'UDC a assis son emprise sur le pays. Comme Mussolini et Hitler, Blocher est arrivé au gouvernement suite à des succès électoraux, et surtout par le laisser-faire des autres partis, la faillite morale de certaines élites. Dans l'Italie et l'Allemagne de l'entre-deux-guerres, comme dans la Suisse de 2003, certains milieux ont fait le vil pari que le trublion nouveau venu resterait manipulable et servirait leurs intérêts économiques.
Autre parallèle, le culte du Führer ou du Duce. Pascal Couchepin a raison de dire que cette dévotion à un homme, et à un seul, est profondément malsaine. Le propre des démocraties est de ne pas avoir besoin d'un homme providentiel pour bien fonctionner. L'honneur des démocraties est d'encourager la critique, et de ne pas s'avachir dans la fascination unilatérale.
Le fascisme se caractérise par le mépris et le dénigrement des adversaires et de certains groupes sociaux. Sur ce point, les campagnes menées par l'UDC sont plus qu'inquiétantes.
Les historiens ont amplement démontré que la prise du pouvoir par les fascistes ne menait pas en ligne droite à Auschwitz. Certains tournants ont été manqués. Personne n'a eu le courage de dire «stop, pas comme cela», quand il était encore temps.
L'historien Georg Kreis donne raison à Pascal Couchepin «à condition qu'on l'explique précisément». Il doute que la Suisse soit aussi immunisée que l'on veut bien le dire contre le pouvoir personnel et ses dérives. Sur le plan local, le concept de l'homme fort omnipotent séduit souvent, constate-t-il. Blocher n'est-il pas devenu le chef du grand village suisse?
Il est urgent de dire «ça suffit!» |
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