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De par sa fonction de président de la Conférence des directeurs de la santé (CDS), le conseiller d’Etat vaudois est devenu une sorte de deuxième ministre de la Santé. Il prend garde à ne pas froisser les médecins. Surtout, il appelle tous les acteurs de la santé à prendre leurs responsabilités: «La grève des médecins traduit un vrai malaise. Il faut prévoir des mesures d’accompagnement en faveur des généralistes.»
Pourquoi? Parce que les derniers chiffres que vient de publier le bulletin de la FMH (Foederatio Medicorum Helveticorum) sont édifiants. Ils révèlent des écarts impressionnants entre les généralistes, dont le revenu moyen annuel se situe à 197000 francs, et les spécialistes travaillant en cabinet privé. A titre de comparaison, les neurochirurgiens empochent 411000 francs, les ophtalmologues 334000 francs et les anesthésistes 265000 francs (voir tableau ci-contre).
«Il est difficile de défendre des écarts pareils», commente Pierre-Yves Maillard. Au-jourd’hui, tout le monde a donc pris conscience qu’il fallait revaloriser le statut des généralistes à travers le système des points Tarmed. Pour augmenter leur revenu, le président de la CDS propose d’intervenir à trois niveaux: Berne y consacrerait une partie des 200 millions économisés sur les tarifs d’analyses; les cantons y affecteraient les sommes qu’ils ne dépenseront pas dans l’extension des services d’urgence dans les hôpitaux; enfin, la FMH modérerait les tarifs de certains spécialistes.
Sur ce dernier point, Pascal Couchepin est formel. L’Etat n’a pas à intervenir dans la question des revenus des médecins, car ceux-ci sont des indépendants. Le 19 mars dernier, il a cependant incité santésuisse à prendre l’initiative pour que les assureurs et la FMH corrigent un tant soit peu les disparités entre généralistes et spécialistes. A une condition: que cette démarche n’engendre pas de coûts supplémentaires.
Neutralité financière. C’est ici que le bât blesse. Le président de la FMH, Jacques de Haller, s’irrite de cette neutralité financière. «Les politiciens ont peur de voir la réalité en face. C’est une erreur de croire qu’on puisse réduire les inégalités de traitement actuelles de cette manière. Les spécialistes qui gagnent beaucoup ne sont que quelques centaines. Corriger leurs tarifs ne suffira jamais pour revaloriser le travail de plusieurs milliers de généralistes.»
Selon le membre de la direction de santésuisse Nello Castelli, l’une des pistes les plus simples consisterait à geler les revenus des spécialistes durant deux à trois ans, durant lesquels on n’augmenterait que les généralistes. Là aussi, Jacques de Haller trouve que c’est un peu court: «C’est une illusion de croire qu’on puisse faire cette opération sans augmenter l’enveloppe budgétaire. Pour les spécialistes, il faut simplement garder les règles actuelles d’adaptation, et se donner d’autre part les moyens de revaloriser la médecine de premier recours.»
Alors, complètement défensive, la FMH? «Non, nous ferons des propositions concrètes d’ici à un ou deux mois», promet encore Jacques de Haller. D’ici là, la politique aussi aura bougé. Appartenant à une famille de médecins, la Fribourgeoise Thérèse Meyer-Kaelin compte intervenir au sein de la Commission de la santé du Conseil national. Elle veut revaloriser le point Tarmed pour les généralistes, mais à plusieurs conditions: que les médecins ne fassent pas de bénéfice sur la vente de médicaments ou la pratique d’analyses de laboratoire, qu’ils assurent un service de garde régulier et qu’ils s’intègrent à un réseau de soins de santé.
Très émotionnel, le débat a tendance à déraper. En Suisse allemande, plusieurs politiciens et journalistes ont commencé à accuser les médecins «d’adopter une mentalité de paysans comptant trop sur l’Etat». Ainsi, Reto Wehrli (PDC/SZ) a choqué sa propre collègue de parti Thérèse Meyer en formulant ce reproche. C’est la crédibilité de toute la profession qui est en jeu.
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